La plus grande église du monde
On ne s’y prépare jamais vraiment. On croit savoir ce qui nous attend, on a vu les photos, les documentaires, les cartes postales. Et puis on arrive sur la place Saint-Pierre, et l’échelle de ce qui se dresse devant nous rend tout le reste dérisoire. La basilique Saint-Pierre de Rome occupe 21 000 mètres carrés et peut accueillir plus de 60 000 fidèles. Sa coupole culmine à 136,6 mètres au-dessus du sol romain.
Mais les chiffres ne disent pas l’essentiel. Ce qui frappe, c’est le poids spirituel du lieu. L’édifice s’élève sur le site où, selon la tradition, l’apôtre Pierre fut martyrisé et enseveli sous le règne de Néron, vers l’an 64. Depuis le Vatican, cette basilique reste le point d’ancrage de la chrétienté catholique, un monument qui condense plus de cinq siècles d’art, de politique et de foi.
Cent vingt ans de chantier
La décision de Jules II
En 1506, le pape Jules II prit une décision qui choqua beaucoup de ses contemporains : raser l’ancienne basilique constantinienne du IVe siècle pour bâtir un monument à la mesure de ses ambitions. L’architecte Donato Bramante dessina un plan en croix grecque coiffé d’une immense coupole. Il mourut en 1514 sans avoir vu le chantier dépasser les fondations.
Les plus grands architectes de la Renaissance
Raphaël prit la relève, puis Antonio da Sangallo le Jeune. Aucun ne parvint à imposer durablement sa vision. C’est Michel-Ange qui, à 71 ans, reprit le projet en 1547 et lui donna sa forme définitive. Il dessina la coupole qui domine aujourd’hui Rome, plus grande que celle de Brunelleschi à Florence. Michel-Ange mourut en 1564 sans la voir achevée, mais ses plans furent fidèlement suivis par Giacomo della Porta et Domenico Fontana.
Carlo Maderno allongea la nef et conçut la façade monumentale entre 1607 et 1614, transformant le plan en croix latine. Le Bernin, enfin, apporta la touche baroque : la colonnade de la place, le baldaquin de bronze au-dessus de l’autel papal et la Cathedra Petri dans l’abside. Le chantier s’acheva en 1626, cent vingt ans après la pose de la première pierre.
Ce qu’il faut voir à l’intérieur
La Pietà de Michel-Ange
On la découvre à droite en entrant, derrière sa vitre blindée. Michel-Ange la sculpta à 24 ans. Le marbre de Carrare atteint ici une douceur presque irréelle : les plis du voile de la Vierge, la main ouverte qui soutient le corps du Christ, le visage d’une jeunesse qui a fait débat pendant cinq siècles. C’est la seule œuvre que Michel-Ange ait jamais signée, après avoir appris que certains l’attribuaient à un autre sculpteur.
Le baldaquin du Bernin
Au centre de la basilique, impossible de manquer cette structure de bronze de 29 mètres de haut. Le Bernin la réalisa entre 1624 et 1633 avec le bronze prélevé sur le portique du Panthéon, ce qui fit dire aux Romains : « Ce que les barbares n’ont pas fait, les Barberini l’ont fait. » Les quatre colonnes torsadées marquent l’emplacement exact de la tombe de saint Pierre.
La coupole
L’ascension se fait à pied (551 marches) ou en partie en ascenseur. Le passage entre les deux parois de la coupole, qui se rétrécit progressivement, n’est pas fait pour les claustrophobes. Mais la récompense est là : les mosaïques monumentales vues de près, puis, depuis la terrasse extérieure, tout Rome à vos pieds, la place Saint-Pierre et sa colonnade elliptique en contrebas, le Tibre au loin.
La place Saint-Pierre
Le Bernin réalisa cette place entre 1656 et 1667. L’ellipse est bordée par 284 colonnes doriques disposées sur quatre rangées. Au centre, un obélisque égyptien de 25 mètres, ramené de l’ancien cirque de Néron. Le Bernin concevait sa colonnade comme deux bras ouverts accueillant les pèlerins du monde entier. L’effet fonctionne toujours : quand on se tient au centre de la place, les quatre rangées de colonnes s’alignent parfaitement en une seule.
Les grottes vaticanes
Sous la basilique, les grottes abritent les tombeaux de nombreux papes, dont celui de Jean-Paul II. Plus bas encore, la nécropole romaine découverte au XXe siècle révèle un ancien cimetière païen. C’est là que furent identifiés les restes attribués à l’apôtre Pierre, dans un simple tombeau marqué d’inscriptions chrétiennes primitives. La visite de la nécropole nécessite une réservation spécifique auprès de la Fabrique de Saint-Pierre.
Conseils pratiques pour la visite
L’accès à la basilique est gratuit, mais la file d’attente peut dépasser une heure en haute saison. Pour l’éviter, arrivez à 7 h à l’ouverture ou optez pour une visite guidée avec accès prioritaire. Le code vestimentaire est strict : épaules couvertes et genoux cachés, sans exception. L’accès au dôme coûte entre 8 et 10 euros selon que l’on prend l’ascenseur ou non.
Les audiences papales ont lieu chaque mercredi matin sur la place. L’Angélus est récité par le pape chaque dimanche à midi depuis la fenêtre de ses appartements. Ces deux rendez-vous sont gratuits.
FAQ
Quelle est la meilleure période pour visiter la basilique Saint-Pierre ?
De novembre à mars, les files d’attente sont nettement plus courtes. En été, arrivez dès 7 h du matin. Évitez les mercredis matins : les audiences papales ferment temporairement l’accès à la basilique et saturent le quartier.
Faut-il réserver à l’avance pour visiter la basilique ?
L’entrée est libre et gratuite, sans réservation. Des visites guidées payantes avec accès prioritaire permettent d’éviter la file et d’obtenir des explications détaillées. Pour le dôme, aucune réservation n’est requise.
Quelle est la différence entre la basilique Saint-Pierre et la cathédrale de Rome ?
Saint-Pierre n’est pas la cathédrale de Rome. Ce titre revient à la basilique Saint-Jean-de-Latran, siège épiscopal officiel du pape. Saint-Pierre est une basilique majeure, la plus importante du catholicisme, mais elle reste un lieu de pèlerinage et de cérémonies pontificales, pas une cathédrale au sens canonique.
Peut-on visiter la tombe de saint Pierre sous la basilique ?
Oui, mais il faut distinguer deux niveaux. Les grottes vaticanes, accessibles gratuitement depuis la basilique, abritent les tombeaux des papes. La nécropole, située encore plus bas, contient le tombeau attribué à saint Pierre. Sa visite nécessite une réservation préalable auprès de la Fabrique de Saint-Pierre, souvent plusieurs semaines à l’avance.




