Le siège primatial de l’Église d’Angleterre
La cathédrale de Canterbury est le siège de l’archevêque de Canterbury, primat de toute l’Angleterre et chef spirituel de la Communion anglicane, soit environ 85 millions de fidèles dans le monde. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988, avec l’église Saint-Martin et l’abbaye Saint-Augustin, elle compte parmi les sites chrétiens les plus anciens de Grande-Bretagne.
Mais Canterbury, c’est avant tout une histoire de sang. Celui de Thomas Becket, archevêque assassiné le 29 décembre 1170 par quatre chevaliers du roi Henri II. Ce meurtre transforma la cathédrale en l’un des plus grands centres de pèlerinage d’Europe médiévale. Geoffrey Chaucer l’immortalisa deux siècles plus tard dans ses Contes de Canterbury.
L’histoire de la cathédrale
Les origines augustiniennes
Le christianisme fut réintroduit en Angleterre en 597. Le moine Augustin, envoyé par le pape Grégoire le Grand, débarqua dans le Kent et convertit le roi Ethelbert. Augustin établit son siège épiscopal à Canterbury dans une ancienne église romaine. Il devint le premier archevêque de Canterbury et inaugura une lignée ininterrompue qui compte aujourd’hui plus de 105 successeurs.
La construction normande
Après la conquête de 1066, l’archevêque Lanfranc fit reconstruire la cathédrale dans le style roman normand à partir de 1070. Son successeur Anselme agrandit considérablement le chœur et la crypte, créant l’un des plus vastes ensembles romans d’Angleterre. La crypte de Canterbury date de cette époque. C’est la plus grande crypte romane de Grande-Bretagne, et l’on y descend comme dans une église souterraine à part entière.
L’assassinat de Thomas Becket
Le 29 décembre 1170, quatre chevaliers pénétrèrent dans la cathédrale et tuèrent l’archevêque Thomas Becket dans le transept nord. L’acte, commis à quelques pas de l’autel, provoqua une onde de choc dans toute la chrétienté. Le pape canonisa Becket en 1173. Son tombeau attira immédiatement des foules considérables. Pendant plus de trois siècles, Canterbury resta l’un des pèlerinages les plus fréquentés d’Europe.
La reconstruction gothique
Un incendie dévastateur ravagea le chœur roman en 1174. Guillaume de Sens, un architecte français, fut chargé de la reconstruction dans le style gothique. Guillaume l’Anglais prit le relais après la chute accidentelle du Français depuis un échafaudage. Ce nouveau chœur introduisit le gothique français en Angleterre. Il abrita le somptueux tombeau de Thomas Becket, que Henri VIII fit détruire en 1538 lors de la dissolution des monastères.
L’architecture de la cathédrale
La Bell Harry Tower
La tour centrale, appelée Bell Harry Tower, fut érigée entre 1494 et 1498 dans le style gothique perpendiculaire. Haute de 72 mètres, elle domine le paysage du Kent. Sa voûte en éventail intérieure, d’une complexité géométrique stupéfiante, est l’un des plus beaux exemples de l’architecture gothique tardive anglaise. La lumière y filtre en motifs changeants selon l’heure du jour.
Les vitraux médiévaux
Canterbury conserve l’une des plus importantes collections de vitraux médiévaux d’Europe. Les plus anciens remontent au XIIe siècle. Les bleus et les rouges ont gardé une intensité que les siècles n’ont pas ternie. Dans le déambulatoire, les vitraux des « Miracles de Becket » narrent les guérisons miraculeuses attribuées au saint. Ces panneaux sont aussi un document historique précieux sur la vie quotidienne au Moyen Âge : on y voit des paysans, des artisans, des malades dans leurs lits.
La crypte romane
La crypte est l’une des parties les plus anciennes de la cathédrale. On y trouve des chapiteaux romans sculptés avec une expressivité saisissante : animaux fantastiques, scènes bibliques, motifs végétaux. L’air y est frais et humide. La lumière, rare. C’est dans cette crypte que les huguenots français, réfugiés en Angleterre après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, célébrèrent leur culte. Un office en français s’y tient encore aujourd’hui, plus de trois cents ans après.
Le pèlerinage de Canterbury
Les Contes de Chaucer
Geoffrey Chaucer immortalisa le pèlerinage dans ses Contes de Canterbury, écrits à la fin du XIVe siècle. Le récit met en scène 29 pèlerins partis de l’auberge du Tabard à Southwark, dans la banlieue de Londres. Chacun raconte une histoire en chemin. Chaucer en profite pour dresser un portrait mordant de la société médiévale anglaise : le moine gourmand, la femme de Bath qui a enterré cinq maris, le vendeur d’indulgences véreux. Le texte n’a rien perdu de sa verve.
Le pèlerinage moderne
Le Pilgrims’ Way, ancien chemin reliant Winchester à Canterbury sur environ 200 kilomètres, est redevenu un itinéraire de randonnée populaire. Des milliers de marcheurs l’empruntent chaque année, certains dans un esprit de pèlerinage, d’autres simplement pour le plaisir de traverser la campagne du Kent et du Surrey. Les pubs et les hébergements jalonnent le parcours, et l’on peut boucler l’itinéraire en dix à douze jours de marche.
Le cloître et les bâtiments monastiques
Le grand cloître gothique, reconstruit entre 1397 et 1414, porte plus de 800 écussons héraldiques sur ses voûtes, un catalogue de pierre de la noblesse médiévale anglaise. La salle capitulaire, la salle des hôtes et les ruines du dortoir des moines rappellent la vie bénédictine qui anima Canterbury pendant près de mille ans. Henri VIII y mit fin en 1540, lors de la dissolution des monastères.
FAQ
Où exactement Thomas Becket a-t-il été assassiné ?
Le meurtre eut lieu dans le transept nord-ouest, dans un espace aujourd’hui appelé « le Martyre ». Une plaque au sol et une simple croix marquent l’emplacement exact. L’atmosphère y est souvent silencieuse, même quand le reste de la cathédrale bruisse de visiteurs. Le tombeau de Becket se trouvait dans la chapelle de la Trinité, à l’est. Henri VIII le fit détruire en 1538, mais une bougie brûle en permanence à l’emplacement.
Peut-on emprunter le chemin de pèlerinage de Canterbury aujourd’hui ?
Oui. Le Pilgrims’ Way traverse le Kent et le Surrey sur environ 200 kilomètres, de Winchester à Canterbury. Il est praticable toute l’année et se parcourt en dix à douze jours. Le North Downs Way suit en partie le même tracé. On trouve des hébergements et des pubs tout au long du parcours, ce qui rend la logistique simple.
Quelle est la relation entre Canterbury et la Communion anglicane ?
Canterbury est le siège spirituel de la Communion anglicane, fédération d’Églises protestantes issues de la Réforme anglaise du XVIe siècle. L’archevêque de Canterbury est considéré comme le « primus inter pares » (premier parmi les égaux) des évêques anglicans du monde entier. La Conférence de Lambeth, qui réunit les évêques anglicans tous les dix ans, est convoquée par l’archevêque de Canterbury.
La cathédrale de Canterbury est-elle encore un lieu de culte actif ?
Oui, et c’est ce qui la distingue d’un simple musée. Des offices anglicans s’y tiennent quotidiennement, et les grandes fêtes liturgiques (Noël, Pâques, la Pentecôte) y sont célébrées avec une solennité particulière. L’Evensong (office du soir chanté) par le chœur de la cathédrale, l’un des plus anciens chœurs d’Angleterre, mérite le déplacement. Il a lieu en semaine à 17h30.




