Le monument gothique le plus visité d’Allemagne
La cathédrale de Cologne, le Kölner Dom, attire plus de six millions de visiteurs par an. C’est le monument le plus fréquenté d’Allemagne. On comprend pourquoi dès qu’on sort de la gare centrale : les deux flèches jumelles de 157 mètres, les plus hautes du monde gothique, surgissent au-dessus des toits et écrasent tout ce qui les entoure. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996, cette cathédrale est le fruit d’un chantier qui s’étala sur 632 ans, de 1248 à 1880.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bombardements alliés rasèrent 90 % de la vieille ville. La cathédrale, elle, resta debout. Quatorze bombes la touchèrent sans l’abattre. Quand les soldats américains entrèrent dans Cologne en mars 1945, les flèches noircies dominaient encore un champ de ruines.
L’histoire de la construction
Les reliques des Rois Mages
Tout commença par des ossements. En 1164, l’archevêque Rainald von Dassel rapporta de Milan les restes présumés des trois Rois Mages (Gaspard, Melchior et Balthazar), offerts par l’empereur Frédéric Barberousse. Du jour au lendemain, Cologne devint l’un des plus grands centres de pèlerinage d’Europe, rivalisant avec Rome et Compostelle.
Le chantier médiéval
Il fallait un écrin digne de ces reliques. Le 15 août 1248, l’archevêque Konrad von Hochstaden posa la première pierre d’une cathédrale neuve sur le site d’un ancien sanctuaire carolingien. Le plan, d’une ambition démesurée, s’inspirait des grandes cathédrales françaises, Amiens et Beauvais surtout. Le chœur fut consacré en 1322, mais les travaux ralentirent au cours du XVe siècle. L’argent manquait. L’enthousiasme aussi.
Trois siècles d’abandon
Vers 1520, le chantier s’arrêta net. Pendant plus de trois cents ans, une grue de bois resta plantée au sommet de la tour sud inachevée. Elle devint un symbole familier de la ville, presque un personnage. La nef, couverte d’un toit provisoire, donnait à la cathédrale un air de bâtiment en travaux perpétuels.
L’achèvement au XIXe siècle
La redécouverte des plans médiévaux originaux en 1814 relança tout. Le mouvement romantique allemand transforma l’achèvement de la cathédrale en cause nationale. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV posa la pierre de reprise en 1842. Les structures en fer et les techniques industrielles modernes accélérèrent les travaux. Le 15 octobre 1880, en présence de l’empereur Guillaume Ier, la cathédrale fut enfin terminée. Six cent trente-deux ans après la pose de la première pierre.
La châsse des Rois Mages
Le trésor le plus précieux de la cathédrale est la châsse des Rois Mages, le plus grand reliquaire d’Europe. Nicolas de Verdun, orfèvre, la réalisa entre 1181 et 1230. Ce coffre de bois recouvert d’or, d’argent, de pierres précieuses et d’émaux mesure 1,10 mètre de haut, 1,53 mètre de long et 1,10 mètre de large. Plus de mille pierres précieuses et des centaines de figures en relief (prophètes, apôtres, scènes bibliques) ornent ses faces. On reste longtemps devant, à détailler les personnages minuscules.
L’architecture intérieure
Les dimensions
L’intérieur saisit par ses proportions. 144 mètres de long. 45 mètres de large. 43 mètres sous voûte, parmi les hauteurs les plus élevées du monde gothique. Les piliers de la nef montent d’un seul jet vers les ogives, sans interruption, et l’effet de verticalité coupe le souffle. La lumière tombe des vitraux en faisceaux colorés qui bougent sur la pierre grise au fil des heures.
Les vitraux
La cathédrale abrite un ensemble de vitraux couvrant 10 000 mètres carrés. Les plus anciens, dans le chœur, remontent au XIVe siècle. Le plus célèbre est le « Bayernfenster » (vitrail bavarois), offert par le roi Louis Ier de Bavière en 1848. En 2007, l’artiste contemporain Gerhard Richter créa un vitrail abstrait composé de 11 263 carrés de verre coloré. L’œuvre déclencha une polémique féroce : le cardinal Meisner la qualifia de « décoration de mosquée ». Elle est pourtant devenue l’un des éléments les plus photographiés de l’édifice.
Le retable des Rois Mages
Le retable de Stephan Lochner, peint vers 1442, est l’un des chefs-d’œuvre de la peinture gothique allemande. Au centre, l’Adoration des Mages. À gauche, sainte Ursule et sa suite. À droite, saint Géréon et ses compagnons. Les couleurs ont gardé un éclat qui surprend après presque six siècles. La finesse des visages et des étoffes donne à ce triptyque une présence singulière.
La cathédrale pendant la guerre
Lors des bombardements de 1943-1945, quatorze bombes aériennes frappèrent la cathédrale. La structure principale tint bon grâce à la solidité de sa construction gothique. Les vitraux les plus précieux avaient été démontés et mis en sûreté avant les raids. Tout autour, la vieille ville n’était plus que décombres. Les réparations durèrent des décennies, et certains travaux ne s’achevèrent que dans les années 1990. Aujourd’hui encore, l’entretien permanent de la cathédrale mobilise une équipe de tailleurs de pierre à plein temps.
FAQ
Les flèches de la cathédrale de Cologne sont-elles les plus hautes du monde ?
Les flèches de 157 mètres sont les plus hautes de toutes les cathédrales gothiques. Lors de l’achèvement en 1880, elles furent brièvement les plus hautes structures du monde, avant d’être dépassées par le Washington Monument en 1884. Seule la cathédrale d’Ulm (161,5 mètres, achevée en 1890) possède une flèche plus haute, mais Cologne conserve le record des plus hautes flèches jumelles.
Peut-on monter dans les tours de la cathédrale de Cologne ?
Oui, la tour sud est ouverte aux visiteurs contre un droit d’entrée. L’ascension compte 533 marches, et il n’y a pas d’ascenseur. À mi-hauteur, on peut admirer les cloches, dont la Petersglocke (cloche de Saint-Pierre), la plus grosse cloche à volée du monde avec ses 24 tonnes. Au sommet, le panorama s’ouvre sur Cologne, le Rhin et, par temps clair, les contreforts de l’Eifel.
Comment la cathédrale a-t-elle survécu aux bombardements de 1945 ?
Quatorze bombes la touchèrent sans la détruire, alors que 90 % de la vieille ville disparut sous les décombres. La solidité de la construction gothique explique en partie cette résistance. Les pilotes alliés utilisaient aussi la cathédrale comme point de repère et évitaient de la viser directement. Les habitants avaient renforcé l’intérieur et mis les vitraux à l’abri. Les réparations se poursuivirent néanmoins jusqu’aux années 1990.
Quel est le meilleur moment pour visiter la cathédrale de Cologne ?
Tôt le matin, juste après l’ouverture à 6 heures. La cathédrale est alors presque vide, et la lumière rasante du soleil traverse les vitraux du chœur. Les jours de semaine hors vacances scolaires offrent aussi des conditions de visite bien plus agréables que les week-ends, où la foule peut être dense.




