La destination ultime des pèlerins
La cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle est le point final d’un des plus grands pèlerinages de l’histoire chrétienne. Depuis plus de mille ans, des millions de marcheurs venus de toute l’Europe convergent vers ce sanctuaire de Galice. Ici reposent, selon la tradition, les restes de l’apôtre Jacques le Majeur, frère de Jean et l’un des premiers disciples du Christ.
On n’arrive pas à Compostelle par hasard. On y arrive épuisé, soulagé, souvent en larmes. La cathédrale accueille ces émotions-là depuis le IXe siècle.
Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle superpose les styles roman, gothique et baroque, neuf siècles de chantiers lisibles dans les murs. Mais c’est la charge spirituelle du lieu qui le distingue de tout autre monument. Chaque pierre porte le poids de millions de pas.
L’histoire du sanctuaire
La découverte du tombeau
Vers 820, l’ermite Pelayo aurait été guidé par une étoile miraculeuse vers un champ. Ce “Campus Stellae” (champ de l’étoile) donna son nom à Compostelle. On y trouva un corps, identifié comme celui de l’apôtre Jacques. Le roi des Asturies Alphonse II se rendit sur les lieux sans tarder et fit construire une première chapelle, modeste, en pierre et en terre.
L’église romane
Le chantier de la cathédrale actuelle démarra en 1075, sous le règne d’Alphonse VI de Castille et l’épiscopat de Diego Peláez. Les maîtres d’œuvre Bernard l’Ancien puis Étienne suivirent le plan des grandes églises de pèlerinage : déambulatoire et chapelles rayonnantes pour faire circuler les fidèles autour des reliques. L’essentiel de la construction romane fut achevé vers 1211. Cent trente-six ans de travaux.
Les transformations baroques
Au XVIIe et XVIIIe siècle, la cathédrale changea de visage. Fernando de Casas Novoa reconstruisit la façade occidentale (dite de l’Obradoiro) entre 1738 et 1750, masquant l’ancien portail roman sous un écran baroque spectaculaire, tout en mouvement et en verticalité. Les tours, le cloître et de nombreuses chapelles furent transformés durant la même période.
Le Portique de la Gloire
Un chef-d’oeuvre roman sans égal
Le maître Mateo sculpta le Portique de la Gloire entre 1168 et 1188. Ce triple portail contient plus de 200 figures d’une expressivité saisissante pour l’époque. Personne, au XIIe siècle, ne faisait aussi bien.
Le tympan central montre le Christ en Majesté entouré des quatre évangélistes. Sur l’archivolte, les 24 vieillards de l’Apocalypse jouent de divers instruments de musique, chacun dans une posture différente. Le pilier central, dit “pilier des prophètes”, porte la statue de l’apôtre Jacques. Pendant des siècles, les pèlerins posaient leur main dans les empreintes creusées dans le marbre au pied du pilier. Ce geste est désormais interdit. Le marbre était déjà profondément marqué par ces millions de contacts.
Le botafumeiro
Le botafumeiro est probablement l’objet liturgique le plus spectaculaire au monde. Un encensoir géant de laiton argenté, 53 kilos, 1,60 mètre de haut. Suspendu à une corde de 65 mètres fixée à la croisée du transept, il est actionné par huit hommes, les “tiraboleiros”. Lancé d’un bout à l’autre du transept, il atteint 68 km/h et monte à 21 mètres. L’odeur d’encens envahit alors tout l’édifice.
À l’origine, il purifiait l’air vicié par la foule des pèlerins, entassés après des semaines de marche sans se laver. Aujourd’hui, il oscille lors de certaines messes solennelles. Le voir en mouvement reste l’une des expériences les plus saisissantes que puisse offrir une cathédrale.
Le rituel des pèlerins
L’accolade au saint
Le rituel du pèlerin arrivant à Compostelle suit un ordre précis. D’abord, contempler la cathédrale depuis la place de l’Obradoiro (souvent les larmes aux yeux). Puis entrer dans la basilique et descendre dans la crypte, où une urne en argent contient les reliques de l’apôtre. Enfin, monter derrière l’autel majeur pour donner l’accolade à la statue de saint Jacques. Ce geste intime scelle la fin du pèlerinage.
La messe du pèlerin
Chaque jour à midi, une messe est célébrée spécialement pour les pèlerins. On y lit les noms et nationalités de ceux qui ont obtenu la Compostela, le certificat attestant un parcours d’au moins 100 kilomètres à pied ou 200 à vélo. Quand résonnent les noms de marcheurs venus du Japon, du Brésil ou de Corée du Sud, le silence dans la nef change de nature.
La place de l’Obradoiro
La place de l’Obradoiro forme l’un des plus beaux ensembles urbains d’Espagne. Quatre bâtiments la bordent : la cathédrale, l’Hostal des Rois Catholiques (aujourd’hui un parador de luxe), le palais de Rajoy et le collège San Jerónimo. Roman, gothique, Renaissance, baroque, tout s’y côtoie. C’est ici que les pèlerins s’effondrent, posent leur sac à dos et contemplent la façade en silence. Certains rient, d’autres pleurent. Tous savent qu’ils sont arrivés.
FAQ
Combien de temps dure le pèlerinage depuis la France ?
Cela dépend du point de départ. Le Camino Francés, le plus populaire, part de Saint-Jean-Pied-de-Port et couvre environ 780 kilomètres en 30 à 35 jours de marche. La Via Podiensis, au départ du Puy-en-Velay, fait environ 1 500 km (comptez 60 jours). La Via Turonensis, depuis Paris, atteint 1 600 km et demande environ 65 jours.
Peut-on voir le botafumeiro à chaque visite ?
Non. Le botafumeiro n’est pas utilisé quotidiennement. Il oscille lors de certaines fêtes liturgiques et peut être activé sur demande spéciale moyennant une contribution financière. Les occasions les plus probables : la fête de saint Jacques (25 juillet), l’Épiphanie, Pâques et certaines solennités. Consultez le site officiel de la cathédrale pour connaître le calendrier des cérémonies.
Le tombeau de l’apôtre Jacques est-il authentique ?
Les historiens ne sont pas d’accord. Les ossements actuels furent retrouvés en 1879 lors de fouilles sous l’autel, après avoir été cachés pendant des siècles par crainte des raids de Francis Drake. Le pape Léon XIII les déclara authentiques en 1884. Que l’on y croie ou non, la cathédrale reste le symbole d’une tradition de pèlerinage millénaire, et cette tradition-là ne dépend pas de l’authenticité matérielle des ossements.
Quelle est la meilleure période pour faire le Camino ?
Mai, juin et septembre offrent le meilleur compromis entre météo clémente et affluence raisonnable. Juillet et août sont très chauds en Meseta castillane (jusqu’à 40 °C) et les hébergements affichent souvent complet. L’hiver est déconseillé sur les tronçons de montagne, notamment le col de Roncevaux et le passage du Monte do Gozo avant Santiago.