Le colosse gothique d’Andalousie
La cathédrale de Séville détient un record que personne ne lui a repris : c’est la plus grande cathédrale gothique du monde. Troisième plus grande église après Saint-Pierre de Rome et Notre-Dame d’Aparecida au Brésil, elle écrase le visiteur par ses dimensions. 126 mètres de long, 83 mètres de large, 37 mètres sous voûte. Elle occupe l’emplacement de l’ancienne grande mosquée almohade, dont elle conserve le minaret transformé en clocher sous le nom de Giralda.
Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO avec l’Alcázar et les Archives des Indes, elle forme le coeur d’un ensemble monumental où civilisations musulmane et chrétienne se sont croisées. Séville porte les traces de cette rencontre dans chaque mur.
Une ambition démesurée
L’héritage musulman
Impossible de comprendre cette cathédrale sans revenir à la grande mosquée almohade, construite entre 1172 et 1198. Quand Ferdinand III de Castille reprit Séville en 1248, la mosquée fut convertie en église chrétienne. Elle servit de cathédrale pendant plus de 150 ans. Du bâtiment originel, deux éléments subsistent aujourd’hui : la Giralda et la Cour des Orangers.
Le projet cathédralice
En 1401, le chapitre cathédralice prit une décision folle. Les chanoines voulaient bâtir une cathédrale si grande que “ceux qui la verront achevée nous prendront pour des fous”. Ils ne plaisantaient pas. Les travaux débutèrent en 1402 sur l’emprise de l’ancienne mosquée, d’où le plan rectangulaire inhabituelpour un édifice gothique. La construction principale s’acheva en 1507, puis la Chapelle Royale en 1575. Au total, 173 ans de chantier.
La Giralda
Du minaret au clocher
La Giralda est l’ancien minaret de la mosquée almohade, érigé entre 1184 et 1198 par l’architecte Ahmad ibn Baso. Ses 104,5 mètres en faisaient l’une des plus hautes tours du monde à l’époque. Les chrétiens ajoutèrent un couronnement Renaissance en 1568, surmonté d’une girouette en bronze représentant la Foi, le Giraldillo, qui donna son nom à la tour. Cette cohabitation entre Islam et Chrétienté n’est pas une curiosité. Elle résume toute l’histoire de Séville.
L’ascension par les rampes
Pas d’escalier dans la Giralda, mais 35 rampes successives. Assez larges pour qu’un muezzin puisse y monter à cheval. L’ascension est douce, progressive. La lumière change à chaque tournant. Au sommet, la plaine du Guadalquivir s’étend jusqu’à l’horizon, les toits ocre de Séville scintillent sous le soleil andalou. On comprend pourquoi les Almohades avaient choisi cet emplacement.
L’intérieur monumental
La nef centrale
L’intérieur impressionne par ses dimensions. La nef centrale, soutenue par des piliers massifs, s’élève à 42 mètres. On se sent petit. Cinq nefs, de nombreuses chapelles latérales, un trésor artistique considérable accumulé sur six siècles de donations et de commandes.
Le retable majeur
Le retable de la Chapelle Majeure est le plus grand du monde chrétien. 20 mètres de large, 28 mètres de haut, 45 panneaux sculptés et dorés, réalisés entre 1482 et 1564. Plus d’un millier de figures sculptées en bois polychrome composent cette oeuvre. Quatre générations d’artisans y travaillèrent.
Le tombeau de Christophe Colomb
Le tombeau de Christophe Colomb attire beaucoup de visiteurs. Le sculpteur Arturo Mélida le réalisa en 1891. Quatre figures allégoriques portent le cercueil du navigateur : Castille, León, Aragon et Navarre, les quatre royaumes d’Espagne. En 2006, des analyses ADN ont confirmé que les restes conservés ici sont bien ceux de Colomb, ce qui a mis fin à une controverse vieille de plus d’un siècle avec Saint-Domingue.
La Cour des Orangers
La Cour des Orangers, ancien patio d’ablutions de la mosquée, compte 66 orangers alignés en rangs serrés. La fontaine centrale, de style wisigothique, et les arcs en fer à cheval de l’entrée rappellent l’héritage islamique. Au printemps, l’odeur des fleurs d’oranger envahit cet espace, entre l’agitation de la ville et le recueillement de la cathédrale. On s’y arrête naturellement. On ralentit le pas.
Les chapelles et les trésors
Plus de 80 chapelles et autels se répartissent dans la cathédrale. La Sacristie Majeure abrite des peintures de Murillo, Zurbarán et Goya. La Salle Capitulaire, de plan elliptique, possède une Immaculée Conception de Murillo qui justifie à elle seule le déplacement. Le trésor conserve la Custodia de Juan de Arfe, un ostensoir en argent de 3,90 mètres de haut et 475 kilos, promené dans les rues de Séville lors de la procession de la Fête-Dieu.
FAQ
La cathédrale de Séville est-elle vraiment la plus grande cathédrale gothique du monde ?
Oui. Sa surface intérieure atteint 11 520 mètres carrés, ce qui la place loin devant toutes les cathédrales gothiques françaises et anglaises. En surface totale, annexes comprises, elle est la troisième plus grande église du monde.
Les restes de Christophe Colomb sont-ils réellement à Séville ?
La question a opposé Séville et Saint-Domingue pendant plus d’un siècle. En 2006, des analyses ADN ont confirmé que les ossements conservés à Séville sont bien ceux de Colomb, même si la quantité de restes est très faible. Une partie pourrait aussi se trouver à Saint-Domingue. Les deux villes auraient alors raison.
Peut-on monter au sommet de la Giralda ?
Oui, c’est inclus dans le billet d’entrée de la cathédrale. La montée s’effectue par 35 rampes douces, sans escalier, ce qui la rend accessible aux familles avec enfants. Au sommet, à environ 70 mètres, une terrasse ouvre un panorama complet sur Séville. Comptez 15 minutes pour la montée.
Quelle est la meilleure période pour visiter la cathédrale de Séville ?
Évitez l’été. Les températures dépassent régulièrement 40 °C en juillet et août, et les files d’attente sont longues. Le printemps (mars-mai) et l’automne (octobre-novembre) offrent un climat agréable et une affluence modérée. La Semaine sainte attire des foules considérables avec ses processions, mais c’est une expérience à part.




