Cathédrale de Tolède : chef-d'œuvre gothique espagnol

Style architectural
Gothique
Construction
1226-1493
Hauteur
92m (tour)
Distinction
UNESCO

Informations pratiques

Horaires
Lun-sam 10h-18h30, dim 14h-18h30
Tarifs
Payant
Durée de visite
1h30-2h
Depuis la France
Vol Paris-Madrid puis train 30min
Tolède Espagne gothique El Greco Transparente
Cathédrale de Tolède
rene boulay• CC BY-SA 3.0

La primatiale d’Espagne

On entre dans la cathédrale Sainte-Marie de Tolède par une porte latérale, et le choc est immédiat. Cinq nefs s’ouvrent dans la pénombre, portées par 88 piliers massifs. La lumière filtre à travers 750 vitraux dont les plus anciens remontent au XIVe siècle. L’air sent la cire et la pierre froide.

Siège de l’archidiocèse primat d’Espagne, cette cathédrale occupe le sommet de la hiérarchie ecclésiastique du pays depuis le Moyen Âge. Construite entre 1226 et 1493 sur l’emplacement d’une ancienne grande mosquée, elle-même édifiée sur un temple wisigothique, elle condense à elle seule l’histoire tourmentée de la péninsule Ibérique. L’UNESCO l’a inscrite au patrimoine mondial dans le cadre du centre historique de Tolède.

Une cathédrale née de la Reconquista

L’héritage de la Convivencia

Tolède, ancienne capitale wisigothique puis centre d’Al-Andalus, fut reprise par les chrétiens en 1085 sous le roi Alphonse VI de Castille. La grande mosquée servit d’abord d’église. Mais au XIIIe siècle, le roi Ferdinand III et l’archevêque Rodrigo Jiménez de Rada jugèrent l’édifice indigne de la dignité primatiale. La première pierre fut posée en 1226 et le chantier ne s’acheva qu’en 1493, avec l’achèvement du cloître.

Un plan français sur le sol castillan

Le maître Martin, architecte initial, connaissait bien les grands chantiers français. Le plan à cinq nefs avec double déambulatoire rappelle directement Notre-Dame de Paris et la cathédrale de Bourges. Mais les artisans mudéjars, ces musulmans restés en terre chrétienne, ont progressivement imprimé leur marque. Les plafonds en bois sculpté, les arcs multilobés du cloître bas et les motifs géométriques en stuc donnent à l’ensemble un caractère qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Europe.

Des siècles d’enrichissements

Du XIVe au XVIIIe siècle, chaque génération a laissé sa trace. Cloître gothique, sacristie Renaissance, Transparente baroque, retable flamboyant : les styles se superposent sans se contredire. La cathédrale abrite des œuvres du Greco, de Velázquez, de Goya, du Caravage, du Titien et de Van Dyck. On passe d’un siècle à l’autre en franchissant une simple porte.

Le Transparente, prodige du baroque

Un tourbillon de marbre et de lumière

Le Transparente de Narciso Tomé, réalisé entre 1729 et 1732, est probablement la création la plus audacieuse du baroque espagnol. Situé derrière le maître-autel, cet ensemble monumental mêle marbres polychromes, bronzes dorés et stucs dans une composition vertigineuse. Des anges aux visages extatiques, des nuées de chérubins et des scènes de la vie de la Vierge se déploient sur toute la hauteur du mur.

Le puits de lumière

Le génie de Tomé réside dans son système d’éclairage. Il fit percer un oculus dans la voûte gothique au-dessus de l’ensemble sculptural. Un faisceau de lumière naturelle descend sur le tabernacle, fait irradier les figures dorées et crée l’illusion d’une percée céleste. L’effet est théâtral, voulu comme tel. On reste planté là, le nez en l’air, à suivre le trajet de la lumière du soleil sur les surfaces dorées.

Le retable de la chapelle majeure

Le retable gothique flamboyant de la chapelle majeure est l’un des plus grands d’Espagne. Réalisé entre 1497 et 1504, il déploie cinq registres de scènes sculptées et polychromées retraçant la vie du Christ, de la Nativité à la Résurrection. Les personnages, grandeur nature, sont peints et dorés avec une minutie qui stupéfie encore. La grille de clôture en fer forgé qui protège la chapelle mériterait à elle seule un détour.

El Greco dans sa cathédrale

Le Déshabillage du Christ

La sacristie abrite l’un des tableaux les plus saisissants d’El Greco : Le Déshabillage du Christ (El Expolio), peint en 1579. Les bourreaux arrachent la tunique rouge du Christ avant la crucifixion. Ce rouge intense envahit la toile, le regard du Christ traverse le spectateur, et la compression des figures dans l’espace crée une tension presque insoutenable. Le tableau fit scandale à l’époque. Les commanditaires reprochèrent au peintre d’avoir placé des têtes plus hautes que celle du Christ.

D’autres trésors picturaux

La cathédrale conserve plusieurs autres œuvres d’El Greco, dont un Apostolado (série des douze apôtres) et un Saint Pierre en larmes. La sacristie, transformée en galerie, présente aussi des peintures du Titien, du Caravage, de Van Dyck, de Goya et de Velázquez. C’est un musée qui s’ignore.

La Custodia d’Arfe

Le trésor de la cathédrale recèle une pièce extraordinaire : la Custodia d’Arfe, un ostensoir en or et en argent de 3 mètres de haut, pesant 200 kilos. Enrique de Arfe l’a réalisé entre 1517 et 1524. Plus de 260 statuettes et 5 600 éléments décoratifs ornent cet objet d’une prodigalité sans équivalent. Chaque année lors de la Fête-Dieu, la Custodia est portée en procession dans les rues de Tolède. C’est l’une des cérémonies les plus anciennes et les plus spectaculaires d’Espagne.

Le chœur et ses stalles sculptées

Le chœur occupe le centre de la nef, comme dans toutes les grandes cathédrales espagnoles. Les stalles basses, œuvre de Rodrigo Alemán (1489-1495), racontent la conquête de Grenade avec un réalisme militaire cru. On y distingue les villes assiégées, les combats, les redditions. Les stalles hautes, d’Alonso Berruguete et Philippe Vigarny (1539-1543), déploient des scènes bibliques dans un style Renaissance d’une virtuosité éblouissante. Le contraste entre les deux registres résume à lui seul l’évolution de l’art espagnol en un demi-siècle.

La salle capitulaire

La salle capitulaire, décorée de fresques de Juan de Borgoña représentant la vie de la Vierge, est coiffée d’un plafond mudéjar en bois doré dont les entrelacs géométriques captivent le regard. Les portraits des archevêques de Tolède, de saint Eugène jusqu’à nos jours, tapissent les murs. Près de deux millénaires d’histoire ecclésiastique défilent en un seul tour de salle.

FAQ

Quel est le lien entre la cathédrale de Tolède et l’art mudéjar ?

L’art mudéjar est propre à la péninsule Ibérique. Il naît du travail d’artisans musulmans au service de commanditaires chrétiens. À Tolède, ville de la Convivencia entre les trois cultures, cette influence se lit dans les plafonds en bois sculpté, les motifs géométriques du cloître et certains éléments décoratifs de la cathédrale. Le cloître bas présente des arcs multilobés et des décorations en stuc directement inspirés de l’art hispano-musulman.

Comment se rendre à Tolède depuis Madrid ?

Tolède est accessible en 30 minutes depuis Madrid par le train à grande vitesse AVE au départ de la gare d’Atocha. Le bus depuis la Plaza Elíptica met environ une heure. La cathédrale se situe au cœur du centre historique, à 15 minutes à pied de la gare ferroviaire. Une excursion d’une journée depuis Madrid est faisable, mais une nuit sur place permet de découvrir la ville après le départ des groupes de touristes.

Peut-on assister à la procession de la Fête-Dieu ?

La Fête-Dieu (Corpus Christi) de Tolède, célébrée 60 jours après Pâques, généralement en juin, est l’une des plus anciennes d’Espagne. La Custodia d’Arfe est portée dans les rues décorées de tentures et jonchées d’herbes aromatiques. Des milliers de spectateurs se pressent le long du parcours. C’est la seule occasion de voir le trésor de la cathédrale hors de ses murs.

Combien de temps faut-il pour visiter la cathédrale de Tolède ?

Comptez au minimum 1h30, et plutôt 2h si vous souhaitez explorer la sacristie, le trésor et le cloître. La visite est payante. Les audioguides sont disponibles en français et permettent de ne rien manquer des détails architecturaux et picturaux.

Activités et visites guidées

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