Le cœur battant de Vienne
Les Viennois l’appellent « Steffl ». Sa flèche sud, 136,4 mètres de pierre qui s’effilent vers le ciel, se repère depuis les collines du Wienerwald avant même que l’on aperçoive le reste de la ville. La cathédrale Saint-Étienne se tient au centre de la Stephansplatz, à l’intersection de toutes les grandes artères de Vienne, là où convergent les lignes de métro et les pas des promeneurs.
Avec sa toiture spectaculaire recouverte de 230 000 tuiles vernissées aux couleurs de l’Autriche et de la ville, le Stephansdom est un monument que cinq siècles de guerres, de sièges et d’incendies n’ont pas réussi à abattre. L’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial comme partie intégrante du centre historique de Vienne.
Neuf siècles de construction
Les racines romanes
La première église sur ce site fut consacrée en 1147. De cette époque romane subsistent les deux tours octogonales de la façade ouest, appelées les Heidentürme (tours des païens), et le portail roman dit Riesentor (porte des Géants). Ce portail, orné de sculptures représentant le Christ, des apôtres et des créatures fantastiques, conserve dans sa pierre taillée une rugosité que le gothique viendra polir. Les éléments romans encadrent l’entrée principale et donnent à la façade une allure que l’on ne retrouve dans aucune autre cathédrale gothique.
La métamorphose gothique
La transformation débuta au XIIIe siècle sous le duc Rodolphe IV le Fondateur, qui voulait faire de Vienne un siège épiscopal capable de rivaliser avec Prague. La nef gothique, le chœur et la tour sud furent élevés entre 1304 et 1433. Le chœur, achevé en 1340, appartient au gothique rayonnant. La nef, plus tardive, relève du style Hallenkirche typiquement germanique : les vaisseaux latéraux atteignent presque la hauteur du vaisseau central, ce qui crée un espace intérieur d’une ampleur surprenante.
Une tour achevée, l’autre pas
La tour sud, achevée en 1433, devait avoir une jumelle au nord. Les travaux commencèrent en 1450 mais furent abandonnés en 1511, à 68 mètres seulement, la moitié de la tour sud. On la coiffa d’un toit en forme de coupole Renaissance en 1578. Elle abrite depuis la Pummerin, l’une des plus grandes cloches d’Europe. Ses 20 tonnes de bronze furent coulées en 1711 à partir des canons turcs capturés lors du siège de Vienne de 1683. La Pummerin sonne à minuit le soir du Nouvel An. Son bourdon grave porte loin dans la nuit viennoise.
La toiture aux tuiles émaillées
Un toit qui raconte l’Autriche
La toiture du Stephansdom est reconnaissable entre toutes. Les 230 000 tuiles en terre cuite vernissée forment sur le versant sud un motif en zigzag aux couleurs de l’Autriche (rouge, blanc, rouge) ainsi que les armoiries de Vienne et l’aigle bicéphale des Habsbourg. Ce toit culmine à 60 mètres au-dessus du sol. Vue depuis la tour sud, la mosaïque de tuiles ressemble à un immense tapis posé sur la ville.
L’incendie de 1945
Le 11 avril 1945, dans les derniers jours de la guerre, un incendie probablement causé par des pillards, et non par les bombardements, dévasta la cathédrale. La charpente en bois et la Pummerin s’effondrèrent. La reconstruction, financée par les contributions de chaque province autrichienne, dura jusqu’en 1952. Chaque Land envoya des matériaux et des artisans. Cette reconstruction collective devint un symbole de la renaissance du pays.
L’intérieur du Stephansdom
La chaire de Pilgram
La chaire gothique de la nef, attribuée à Anton Pilgram (XVe siècle), représente les quatre Pères de l’Église : Augustin, Jérôme, Grégoire et Ambroise. Chaque visage a son expression propre. Sous l’escalier, un autoportrait présumé de Pilgram le montre se penchant par une fenêtre avec une vivacité presque espiègle. C’est le détail le plus photographié de la cathédrale, et on comprend pourquoi.
Le retable de Wiener Neustadt
Daté de 1447, ce triptyque peint et doré déploie des scènes de la vie de la Vierge Marie. Quand les volets sont ouverts, ils révèlent des sculptures dorées d’une délicatesse qui arrête le regard. C’est l’un des plus beaux retables gothiques d’Europe centrale, et il passe souvent inaperçu des visiteurs pressés de monter dans les tours.
Le grand orgue
Le grand orgue, détruit dans l’incendie de 1945, fut remplacé en 2020 par un instrument monumental de plus de 10 000 tuyaux, construit par la manufacture Rieger. L’un des plus grands d’Autriche, il restitue à la cathédrale la dimension musicale que Vienne exige de ses lieux de culte. Les concerts d’orgue du dimanche attirent mélomanes et curieux.
Les catacombes
Sous la cathédrale et la Stephansplatz s’étend un réseau de galeries souterraines. À partir de 1735, quand l’empereur Charles VI interdit les enterrements dans les cimetières du centre-ville pour des raisons sanitaires, des milliers de Viennois y furent inhumés. Les catacombes abritent aussi les urnes contenant les entrailles des Habsbourg. Les corps, eux, reposent à la crypte des Capucins. Les cœurs sont à l’église des Augustins. Cette « sépulture répartie » obéissait à une tradition qui paraît macabre aujourd’hui, mais qui exprimait l’humilité du monarque devant la mort : même un empereur pouvait être divisé.
Mozart et le Stephansdom
La cathédrale est intimement liée à la mémoire de Wolfgang Amadeus Mozart. Il épousa Constanze Weber ici même, le 4 août 1782. Neuf ans plus tard, le 6 décembre 1791, ses funérailles furent célébrées dans la chapelle du Crucifix, avant que son cercueil ne soit emporté vers le cimetière de Saint-Marx. La légende veut que le convoi ait été solitaire et battu par la pluie. Les historiens en doutent, mais l’image persiste.
Joseph Haydn fut enfant de chœur au Stephansdom dans les années 1740. Antonio Vivaldi fut enterré dans le cimetière attenant en 1741. La cathédrale reste un lieu de musique vivante : un chœur et un orchestre de qualité y perpétuent cette tradition.
FAQ
Peut-on monter dans les tours du Stephansdom ?
Les deux tours sont accessibles aux visiteurs. La tour sud se gravit par un escalier de 343 marches, mais l’effort en vaut la peine : le panorama embrasse Vienne, les contreforts des Alpes et la plaine danubienne. La tour nord est accessible par ascenseur et permet d’admirer la Pummerin de près. Les deux visites sont payantes, et les horaires varient selon la saison.
Qu’est-ce que la sépulture répartie des Habsbourg ?
La tradition voulait que les dépouilles des empereurs et de leur famille soient distribuées entre trois lieux : les corps à la crypte des Capucins, les cœurs à l’église des Augustins, les entrailles dans les catacombes du Stephansdom. Cette pratique symbolisait la division du corps mortel en offrande à différents lieux sacrés. Elle fut observée pendant plusieurs siècles.
La cathédrale a-t-elle un lien avec la musique classique viennoise ?
Le Stephansdom est profondément lié à l’histoire musicale de Vienne. Mozart s’y maria et y eut ses funérailles. Joseph Haydn y fut enfant de chœur. Vivaldi fut enterré dans le cimetière attenant. Les maîtres de chapelle du Stephansdom comptent parmi les musiciens les plus importants de l’histoire autrichienne. Le grand orgue Rieger, inauguré en 2020, perpétue cette vocation musicale.
La cathédrale est-elle gratuite ?
L’accès à la nef principale est gratuit. La montée dans les tours, la visite des catacombes et l’accès au trésor sont en revanche payants. Des visites guidées en français sont proposées à certains horaires. Comptez 1h30 à 2h pour une visite complète.




