La « Sainte-Chapelle du Nouveau Monde »
La basilique Notre-Dame de Montréal saisit le visiteur dès qu’il franchit le seuil. Dehors, une façade de pierre grise assez austère sur la Place d’Armes du Vieux-Montréal. Dedans, une explosion de bleu profond, d’or et d’azur qui coupe le souffle. Les voûtes parsemées d’étoiles dorées, les boiseries sculptées et peintes, les colonnes ornées de feuilles d’or composent un décor d’une richesse presque irréelle. On comprend immédiatement pourquoi les Montréalais la surnomment la « Sainte-Chapelle du Nouveau Monde ».
Élevée au rang de basilique mineure par le pape Jean-Paul II en 1982, elle est devenue célèbre dans le monde entier lors du mariage de Céline Dion avec René Angélil en 1994 et des funérailles de ce dernier en 2016.
L’histoire de la basilique
La paroisse de Notre-Dame
L’histoire de Notre-Dame de Montréal remonte à la fondation même de la ville. Les Sulpiciens, qui administraient la paroisse depuis 1657, firent construire plusieurs églises successives à cet emplacement. Au début du XIXe siècle, la paroisse comptait plus de 20 000 fidèles. L’ancienne église, trop petite, ne pouvait plus accueillir la communauté grandissante. Il fallait voir grand.
Le projet de James O’Donnell
En 1823, les marguilliers firent appel à l’architecte irlandais protestant James O’Donnell, installé à New York, pour concevoir une nouvelle église dans le style néogothique alors en vogue. O’Donnell dessina un édifice ambitieux inspiré des grandes cathédrales gothiques européennes, mais adapté aux matériaux et aux techniques de construction nord-américains. La première pierre fut posée en 1824. L’église fut inaugurée en 1829.
L’histoire réserve un épisode surprenant. O’Donnell fut si profondément touché par son œuvre qu’il se convertit au catholicisme sur son lit de mort en 1830. Il est la seule personne enterrée dans la crypte de la basilique. Un protestant qui conçoit un temple catholique et finit par y reposer pour l’éternité : le destin a parfois le sens du drame.
Les aménagements intérieurs
La structure extérieure fut achevée rapidement, mais l’aménagement intérieur se poursuivit pendant plusieurs décennies. L’artiste et architecte Victor Bourgeau fut chargé, à partir de 1872, de concevoir la décoration intérieure qui fait aujourd’hui la célébrité de l’édifice. Il transforma un intérieur sobre en un festin de couleurs et de dorures d’inspiration gothique. Chaque surface reçut un traitement : peintures, sculptures, feuilles d’or. Le travail dura des années.
L’intérieur polychrome
Un décor d’une densité extraordinaire
L’intérieur de Notre-Dame est une révélation. Les voûtes d’un bleu profond parsemé d’étoiles dorées semblent reproduire un ciel nocturne. Les boiseries sculptées et peintes courent le long des murs. Les tons de rouge, d’or et d’azur se superposent dans une harmonie qui devrait être écrasante mais qui, étrangement, fonctionne. Le retable du maître-autel, sculpté en noyer par Victor Bourgeau, représente des scènes bibliques avec une finesse remarquable. On peut passer une heure à en détailler les personnages.
Le sanctuaire
Le sanctuaire constitue le point culminant de l’intérieur. Le retable monumental en bois sculpté et doré s’élève sur toute la hauteur de l’abside. Des scènes de la vie de la Vierge Marie et du Christ s’y déploient dans un foisonnement de détails. Les statues de prophètes et de saints se détachent sur un fond de bleu nuit étoilé, produisant un effet théâtral puissant. La lumière, filtrée par les vitraux latéraux, accentue les reliefs et les dorures.
Les vitraux historiques
Les vitraux, réalisés à Limoges par la maison Chigot entre 1929 et 1930, ne représentent pas les scènes bibliques traditionnelles. Ils racontent l’histoire religieuse de Montréal : la fondation de la ville par Maisonneuve en 1642, les premières messes célébrées en Nouvelle-France, les missions auprès des peuples autochtones. Ce choix thématique, original pour l’époque, fait de ces vitraux un document historique autant qu’une œuvre d’art. On y lit l’identité religieuse du Québec.
L’orgue Casavant
La basilique abrite l’un des plus grands orgues du continent, construit par la célèbre maison Casavant Frères de Saint-Hyacinthe en 1891. L’instrument compte 7 000 tuyaux, quatre claviers et un pédalier. Sa sonorité, adaptée à l’acoustique remarquable de la basilique, lui vaut l’admiration des organistes du monde entier. Le son emplit l’espace avec une plénitude qui fait vibrer la poitrine.
Des récitals d’orgue sont régulièrement organisés. L’instrument est aussi mis en valeur lors du spectacle multimédia « Aura », une expérience immersive de sons et lumières créée spécialement pour la basilique.
La chapelle du Sacré-Cœur
À l’arrière de la basilique, la chapelle du Sacré-Cœur est un espace intime souvent appelé la « chapelle des mariages ». Détruite par un incendie en 1978, elle fut reconstruite dans un style mêlant tradition et modernité. Le retable en bronze du sculpteur Charles Daudelin, représentant l’arbre de vie, est une œuvre contemporaine audacieuse qui dialogue avec l’architecture néogothique environnante. Le contraste entre le bronze brut et les boiseries peintes produit un effet saisissant. On aime ou on n’aime pas, mais on ne reste pas indifférent.
Le spectacle Aura
Depuis 2017, le spectacle multimédia « Aura » offre une expérience immersive dans la basilique. Créé par le studio Moment Factory, spécialiste montréalais des expériences multisensorielles, ce spectacle utilise des projections lumineuses sur les voûtes et les murs, accompagnées d’une bande sonore orchestrale. Les couleurs de l’intérieur polychrome se transforment, les motifs prennent vie, l’espace semble respirer. C’est une manière extraordinaire de redécouvrir l’édifice. La durée est d’environ 45 minutes et les représentations ont lieu plusieurs soirs par semaine.
FAQ
La basilique Notre-Dame de Montréal est-elle une cathédrale ?
Non. Notre-Dame est une basilique, pas une cathédrale. La cathédrale catholique de Montréal est la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde, située sur le boulevard René-Lévesque, qui est une réplique à échelle réduite de la basilique Saint-Pierre de Rome. Notre-Dame est une église paroissiale élevée au rang de basilique mineure par le pape en 1982. La confusion est fréquente et compréhensible, tant Notre-Dame surpasse la cathédrale par ses dimensions et sa notoriété.
Faut-il réserver pour le spectacle Aura ?
Oui, les billets doivent être réservés à l’avance sur le site officiel. Le spectacle a lieu plusieurs soirs par semaine et dure environ 45 minutes. Il existe en deux versions selon les saisons. C’est l’une des expériences les plus populaires de Montréal : en haute saison, réservez plusieurs jours à l’avance pour être sûr d’avoir des places. Les critiques sont excellentes et l’expérience justifie pleinement le prix du billet.
Peut-on visiter la basilique pendant les offices religieux ?
La basilique Notre-Dame reste avant tout un lieu de culte. Des messes sont célébrées quotidiennement et l’entrée est alors gratuite pour les fidèles. Les visites touristiques ont lieu en dehors des heures de culte et sont payantes. Un audioguide est inclus dans le prix d’entrée, disponible en français et en anglais. Des visites guidées sont également proposées sur réservation. Comptez entre une heure et une heure trente pour une visite complète.
Quel est le meilleur moment pour visiter Notre-Dame de Montréal ?
En semaine le matin, la basilique est moins fréquentée et on peut admirer le décor dans le calme. La lumière naturelle est plus belle en début d’après-midi, quand le soleil traverse les vitraux de la façade ouest. Pour une expérience complète, combinez une visite diurne avec le spectacle Aura en soirée. L’été montréalais (juin à septembre) offre les journées les plus longues, mais la basilique vaut le détour en toute saison.




