Abbaye de Westminster : sacres royaux depuis 1066

Style architectural
Gothique
Construction
1245-1517
Hauteur
69m (tours)
Distinction
UNESCO

Informations pratiques

Horaires
Lun-sam 9h30-15h30
Tarifs
Payant
Durée de visite
2h-3h
Depuis la France
Eurostar Paris-Londres 2h15
Londres Angleterre gothique sacrés royaux Westminster
Abbaye de Westminster à Londres
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Là où l’Angleterre couronne ses rois

Depuis le jour de Noël 1066, quand Guillaume le Conquérant s’agenouilla pour recevoir la couronne, chaque monarque britannique a été sacré dans cette abbaye. Quarante couronnements en près de mille ans. Seuls Édouard V et Édouard VIII échappèrent à la règle, le premier assassiné avant son sacre, le second ayant abdiqué. L’abbaye est aussi le lieu de sépulture de rois, de reines, de poètes, de savants et de soldats inconnus. Plus de 3 300 tombes et mémoriaux s’y entassent.

Située au cœur de Westminster, face aux Chambres du Parlement et à quelques pas de Downing Street, l’abbaye reste un lieu de culte actif de l’Église d’Angleterre. L’UNESCO l’a inscrite au patrimoine mondial.

Des marécages saxons à la pierre gothique

Selon la tradition, une première église fut fondée sur ce site au VIIe siècle, sur l’île de Thorney, au milieu des marécages de la Tamise. On imagine mal aujourd’hui que Westminster fut un jour entouré d’eau et de boue. Le roi Édouard le Confesseur fit construire une grande abbaye romane entre 1042 et 1065, consacrée le 28 décembre 1065, quelques jours à peine avant sa mort. Cette église servit au couronnement de Harold II, puis de Guillaume le Conquérant la même année.

Deux siècles plus tard, Henri III décida que l’abbaye romane ne suffisait plus. Grand admirateur de l’architecture gothique française et de la Sainte-Chapelle de Paris, il entreprit une reconstruction complète à partir de 1245. L’architecte Henri de Reyns, peut-être formé à Reims, conçut un édifice dans le style gothique rayonnant français avec une hauteur de voûte de 31 mètres, la plus élevée d’Angleterre. Les travaux s’étalèrent sur plusieurs règnes et ne furent définitivement achevés qu’au XVIe siècle.

Les tours de Hawksmoor

Les deux tours de la façade ouest, hautes de 69 mètres, sont l’image que tout le monde associe à Westminster. Elles sont pourtant bien plus récentes que le reste de l’édifice. Nicholas Hawksmoor les ajouta entre 1722 et 1745 dans un style gothique qui se fond remarquablement bien dans l’ensemble médiéval. Il fallait un architecte d’une habileté rare pour greffer des tours du XVIIIe siècle sur un corps du XIIIe sans que la couture se voie. Hawksmoor y parvint.

La chaise du couronnement et la pierre de Scone

Au cœur de la tradition du sacre se trouve un objet étonnamment modeste : un trône de bois de chêne fabriqué en 1296 sur ordre d’Édouard Ier. Ce roi l’avait fait construire pour contenir la Pierre de Scone, pierre sacrale sur laquelle les rois d’Écosse étaient couronnés depuis des temps immémoriaux. En s’emparant de la pierre et en l’enchâssant dans son propre trône, Édouard affirmait sa domination sur l’Écosse.

Pendant sept siècles, chaque monarque britannique s’est assis sur cette chaise pour recevoir la couronne. La Pierre de Scone a été restituée à l’Écosse en 1996, mais elle revient à Westminster pour chaque couronnement. Le sacre de Charles III en mai 2023 fut le quarantième à se dérouler dans ces murs. La cérémonie, largement inchangée depuis le Moyen Âge, comprend la reconnaissance, le serment, l’onction avec le saint chrême, l’investiture des insignes royaux et le couronnement proprement dit.

Le Poets’ Corner : un panthéon littéraire

Le transept sud abrite le « Coin des Poètes », l’un des espaces les plus émouvants de l’abbaye. Geoffrey Chaucer, auteur des Contes de Canterbury, y fut le premier enterré en 1400, non pas pour son œuvre littéraire mais parce qu’il était locataire d’une maison de l’abbaye. L’habitude s’installa ensuite d’y inhumer ou d’y commémorer les écrivains de la nation.

On y trouve les sépultures de Charles Dickens, Thomas Hardy, Rudyard Kipling et Alfred Tennyson. Des mémoriaux honorent Shakespeare, Jane Austen, les sœurs Brontë et Oscar Wilde. Plus de cent écrivains, poètes et dramaturges sont représentés. Se promener dans le Poets’ Corner, c’est traverser toute l’histoire de la littérature anglaise en quelques dizaines de mètres carrés.

La chapelle d’Henri VII : le sommet du gothique anglais

À l’extrémité est de l’abbaye, la chapelle d’Henri VII est un chef-d’œuvre du gothique perpendiculaire anglais. Sa voûte en éventail atteint un degré de complexité et de délicatesse qui n’a jamais été surpassé. Les nervures de pierre se ramifient comme les branches d’un arbre pétrifié, suspendues dans le vide avec une légèreté qui défie la logique structurelle. Le voyageur John Leland la décrivit au XVIe siècle comme « la merveille du monde entier ».

La chapelle abrite les tombeaux d’Henri VII et de sa femme Élisabeth d’York, d’Élisabeth Ire et de Marie Ire, ainsi que de Marie Stuart, reine d’Écosse. Élisabeth et Marie Stuart, ennemies mortelles dans la vie, reposent à quelques mètres l’une de l’autre pour l’éternité.

Trois mille trois cents sépultures

L’abbaye abrite au total plus de 3 300 sépultures et monuments commémoratifs. Édouard le Confesseur repose dans son sanctuaire doré, derrière le maître-autel. Isaac Newton occupe une place d’honneur dans la nef, sous un monument imposant. Charles Darwin est enterré dans le bas-côté nord, non loin de Newton. Le tombeau du Soldat Inconnu, près de l’entrée, contient le corps d’un soldat non identifié enterré en 1920 dans de la terre rapportée des champs de bataille de Flandre. On marche littéralement sur l’histoire à chaque pas.

Le cloître et le College Garden

Le cloître médiéval, construit aux XIIIe et XIVe siècles, mène au College Garden, l’un des plus anciens jardins d’Angleterre. Il est cultivé sans interruption depuis plus de 900 ans. On y trouve des plantes médicinales que les moines bénédictins cultivaient déjà au Moyen Âge. La salle capitulaire octogonale, décorée de peintures murales du XIVe siècle, servit de lieu de réunion au premier Parlement anglais. Le sol en carreaux de céramique médiévaux est l’un des mieux conservés du pays.

FAQ

L’abbaye de Westminster est-elle une cathédrale ?

Non. Westminster est une « église collégiale royale ». Elle ne dépend pas d’un diocèse mais relève directement du monarque en tant que « Royal Peculiar ». La cathédrale catholique de Westminster, édifice néo-byzantin du début du XXe siècle, se trouve à quelques centaines de mètres. La cathédrale anglicane du diocèse de Londres est Saint-Paul.

Peut-on assister à un office religieux à Westminster ?

Oui. L’abbaye est avant tout un lieu de culte et des offices sont célébrés quotidiennement. L’entrée est gratuite pour les fidèles qui souhaitent assister à un service, contrairement à l’entrée touristique qui est payante. Les offices du soir (Evensong), chantés par le chœur de l’abbaye, sont particulièrement appréciés et constituent le meilleur moyen de découvrir l’édifice sans payer.

Quels sont les monuments les plus remarquables de l’abbaye ?

Le Poets’ Corner, la chapelle d’Henri VII avec sa voûte en éventail, la tombe du Soldat Inconnu, la Chaise du Couronnement et le sanctuaire d’Édouard le Confesseur attirent le plus de visiteurs. Le musée de l’abbaye, dans les tribunes, présente une collection d’effigies funéraires royales en cire et en bois datant du Moyen Âge, un ensemble à la fois fascinant et légèrement macabre.

Combien de temps faut-il pour visiter l’abbaye ?

Comptez au minimum deux heures pour une visite sérieuse, trois si vous souhaitez explorer le cloître, le College Garden et le musée. L’audioguide, inclus dans le prix d’entrée, est bien fait et couvre l’essentiel. Arrivez à l’ouverture pour éviter la foule, qui s’épaissit nettement en milieu de matinée.