Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi : forteresse de brique

Style architectural
Gothique meridional
Construction
1282-1480
Hauteur
78m (clocher)
Distinction
UNESCO

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 9h-18h30
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
1h-1h30
gothique meridional brique Tarn UNESCO Jugement dernier
Cathédrale Sainte-Cecile d'Albi
Pom²• CC BY-SA 3.0

Une cathédrale qui ne ressemble à rien

Quand on arrive devant la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi pour la première fois, on cherche l’église. On ne la trouve pas. Ce qu’on voit, c’est un château fort. Des murs de brique rouge massifs, hauts de plus de 40 mètres, sans presque aucune ouverture. Des contreforts cylindriques espacés de quelques mètres, comme des tours de défense. Un clocher de 78 mètres qui a tout d’un donjon militaire. L’effet est saisissant et volontaire.

Cette cathédrale est née d’un traumatisme. Au XIIIe siècle, la croisade contre les Albigeois venait de ravager tout le sud de la France. L’hérésie cathare avait été écrasée dans le sang, et l’Église romaine voulait marquer les esprits. Pas question de construire un édifice gracieux et aérien comme à Amiens ou Chartres. Il fallait un bâtiment qui dise clairement : ici, c’est nous qui commandons.

L’évêque bâtisseur et ses deux siècles de chantier

L’évêque Bernard de Castanet lança la construction en 1282. Personnage redouté, à la fois juge inquisiteur et prélat ambitieux, il disposait des revenus considérables de l’évêché d’Albi. Le chantier mobilisa des centaines de briquetiers et de maçons pendant près de deux siècles. La brique fut choisie par nécessité : le Tarn ne possède pas de carrières de pierre calcaire exploitables à grande échelle. Mais cette contrainte devint un atout. La brique cuite donne à l’édifice cette teinte rouge sombre, presque organique, qui change de tonalité selon la lumière du jour. Au coucher du soleil, les murs prennent une couleur de braise. C’est probablement le moment le plus spectaculaire pour découvrir Sainte-Cécile depuis les berges du Tarn.

Les travaux furent achevés vers 1480 pour le gros œuvre. Deux cents ans de construction, c’est long, mais le résultat est là : la plus grande cathédrale de brique au monde. 113 mètres de long, 35 mètres de large, un vaisseau unique sans bas-côtés ni transept. L’architecture du gothique méridional pousse ici sa logique à l’extrême.

L’intérieur : un choc visuel

Rien ne prépare au contraste entre l’extérieur austère et l’intérieur. On pousse la porte, et c’est une explosion de couleur. La voûte entière, peinte au début du XVIe siècle par des artistes italiens et français, déploie le plus vaste ensemble de peintures de la Renaissance en France. Le bleu profond du fond, les motifs végétaux d’une finesse extrême, les figures de saints et de prophètes alignées dans leurs niches peintes : l’ensemble couvre plus de 18 600 m2. C’est vertigineux.

On lève la tête et on reste planté là un bon moment. Les couleurs ont gardé une intensité remarquable après cinq siècles. L’or des auréoles accroche la lumière qui filtre par les rares fenêtres hautes. L’odeur de la pierre froide se mêle à celle de l’encens les jours de messe. L’acoustique, dans cette nef unique sans pilier intermédiaire, porte le moindre murmure.

Le Jugement dernier

Le mur occidental abrite une fresque de 270 m2 peinte vers 1480. C’est la plus grande représentation du Jugement dernier réalisée avant la chapelle Sixtine. L’œuvre est organisée en registres superposés : le ciel en haut, le purgatoire au centre, l’enfer en bas. Les damnés y subissent des supplices détaillés avec une précision qui ferait pâlir un film d’horreur contemporain. Les orgueilleux sont brisés sur des roues, les avares forcés d’avaler de l’or fondu. L’artiste ne cherchait pas la nuance : il voulait terrifier, et ça fonctionne encore aujourd’hui.

Une partie de la fresque a été percée au XVIIIe siècle pour installer le grand orgue, ce qui reste regrettable. Mais l’essentiel est intact et lisible.

Le jubé, survivant rare

Le jubé de Sainte-Cécile est l’un des derniers encore en place en France. Sculpté en pierre blanche dans le style gothique flamboyant, il forme un contraste saisissant avec la brique rouge des murs. La dentelle de pierre est d’une finesse folle : feuillages, dais architecturés, statues polychromes des apôtres et des prophètes. La plupart des jubés français ont été détruits après le concile de Trente, quand on décida que les fidèles devaient voir l’autel. Celui d’Albi a survécu, et c’est un trésor.

Avec le palais de la Berbie juste à côté (qui abrite le musée Toulouse-Lautrec) et le vieux pont sur le Tarn, la cathédrale forme un ensemble classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2010. Le classement est amplement mérité.

FAQ

Pourquoi la cathédrale d’Albi est-elle en brique ?

Le département du Tarn ne dispose pas de carrières de pierre calcaire à proximité. La brique, matériau local fabriqué à partir de l’argile de la vallée, fut le choix logique. Les bâtisseurs en tirèrent un parti spectaculaire : les murs atteignent 2,5 à 3 mètres d’épaisseur par endroits.

Le Jugement dernier est-il visible en entier ?

Partiellement. Le grand orgue du XVIIIe siècle masque la partie centrale, mais les panneaux de l’enfer et du ciel restent bien visibles. Des panneaux explicatifs aident à reconstituer l’ensemble.

Albi est-elle facile d’accès depuis Toulouse ?

Très facile. Comptez 1 h en voiture par l’autoroute ou 1 h en train direct. La gare d’Albi-Ville se trouve à 10 minutes à pied de la cathédrale. La ville se visite facilement en une journée.

La visite est-elle gratuite ?

L’entrée dans la cathédrale est gratuite. Seul l’accès au chœur clôturé et au trésor fait l’objet d’un billet payant (environ 6 euros). Cela vaut largement le coût pour voir les stalles et les peintures du chœur de près.