Cathédrale d'Angoulême : façade sculptée et coupoles romanes

Style architectural
Roman
Construction
XIIe siècle
Hauteur
60m (clocher)

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 8h30-19h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
45min-1h
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Cathédrale Saint-Pierre Angouleme facade romane sculptée
JLPC• CC BY-SA 3.0

Une bible de pierre sur la Charente

Vous la voyez de loin, plantée sur le promontoire qui surplombe la Charente. La cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême possède l’une des façades sculptées les plus extraordinaires de l’art roman français. Girard II, évêque bâtisseur du XIIe siècle, a voulu couvrir tout le frontispice occidental de sculptures. Le résultat est un livre d’images taillé dans la pierre, fait pour enseigner les mystères de la foi à des fidèles qui ne savaient pas lire.

L’église actuelle fut consacrée en 1128. Elle succède à plusieurs édifices antérieurs, dont le premier remonte au IVe siècle. La construction s’est faite d’un seul jet, et cela se voit : l’unité stylistique est totale. La nef, couverte de trois coupoles sur pendentifs, appartient à la famille des églises à coupoles du Sud-Ouest, un type architectural que l’on ne rencontre qu’entre Périgueux, Cahors et Angoulême.

La façade, chef-d’œuvre de la sculpture romane

Le programme iconographique

La façade fonctionne comme un immense retable de pierre. En haut, au centre, le Christ en Majesté trône dans une mandorle. Les symboles des quatre évangélistes l’entourent, avec une nuée d’anges. Plus bas, une série d’arcatures abrite les douze apôtres et des scènes de la vie du Christ. Tout cela occupe la largeur entière de la façade, du sol aux toits. On ne trouve presque rien de comparable ailleurs en France. Poitiers s’en approche. Saintes aussi, un peu. Mais pas à cette échelle.

Un style puissant et expressif

Les figures, taillées dans le calcaire blanc de Charente, se détachent avec force sur le fond lisse de la pierre. Le relief est vigoureux, presque agressif par endroits. Les draperies sont amples. Les visages expriment une sérénité hiératique, très byzantine. Regardez les chapiteaux des colonnes engagées : des lions affrontés, des oiseaux entrelacés, des combats entre hommes et bêtes. Il y a là des heures d’observation pour qui prend la peine de lever les yeux.

Les coupoles, un héritage du Sud-Ouest

Trois coupoles sur pendentifs

La nef est couverte de trois coupoles sur pendentifs, une technique héritée de l’architecture byzantine. Chaque coupole fait environ 10 mètres de diamètre. Elle repose sur quatre arcs doubleaux massifs qui reportent les charges sur des piliers épais. Pas d’arcs-boutants ici. L’espace intérieur s’ouvre d’un coup, large et haut, et la lumière tombe d’en haut par les oculi percés au sommet de chaque coupole. On lève la tête et on ne la baisse plus.

La famille des églises à coupoles

Saint-Pierre d’Angoulême appartient à un groupe restreint d’églises à coupoles, propre au Sud-Ouest de la France. Périgueux et Cahors sont les deux autres membres célèbres. Ce type architectural doit probablement beaucoup aux contacts avec Byzance et Venise. Il résout le problème de la couverture des grandes nefs autrement que le berceau auvergnat ou la croisée d’ogives du nord. La coupole sur pendentifs ouvre une troisième voie, méridionale, et Angoulême en est l’un des témoins les plus accomplis.

La restauration d’Abadie

Au XIXe siècle, l’architecte Paul Abadie (celui-là même qui restaura la cathédrale de Périgueux et construisit le Sacré-Cœur de Paris) entreprit une restauration controversée de Saint-Pierre. Il reconstruisit le clocher, modifia certaines parties de l’édifice et retoucha la façade, ajoutant ou remplaçant des sculptures. Les critiques furent justifiées. Mais Abadie a aussi sauvé un édifice qui menaçait de s’effondrer, et sans son intervention, la cathédrale n’existerait peut-être plus.

La vieille ville d’Angoulême vit toujours à l’ombre de sa cathédrale. La cité a tiré parti de sa position élevée pour devenir la capitale française de la bande dessinée. Le festival international, chaque janvier, crée un contraste étonnant : l’art roman du XIIe siècle et le neuvième art du XXIe cohabitent sur le même promontoire.

FAQ

Qu’est-ce qui rend la façade d’Angoulême unique ?

C’est l’une des rares façades-écrans de l’art roman. Contrairement aux cathédrales gothiques, qui concentrent la sculpture sur les portails, Angoulême couvre toute la surface de sa façade avec un programme iconographique unifié, dominé par le Christ en Majesté. Seules Notre-Dame-la-Grande de Poitiers et quelques églises saintongeaises offrent des exemples comparables, mais sur des surfaces plus réduites.

Pourquoi la cathédrale a-t-elle des coupoles comme en Orient ?

Les coupoles de Saint-Pierre appartiennent à une tradition architecturale du Sud-Ouest français, développée aux XIe et XIIe siècles. Les contacts commerciaux avec Byzance et les pèlerinages ont probablement favorisé l’adoption de cette technique dans la région. La cathédrale de Périgueux, avec ses cinq coupoles inspirées de Saint-Marc de Venise, reste l’exemple le plus spectaculaire de cette filiation orientale.

Quel est le lien entre Angoulême et le Sacré-Cœur de Paris ?

Paul Abadie, après avoir restauré Saint-Pierre d’Angoulême et Saint-Front de Périgueux, a puisé dans sa connaissance des églises à coupoles du Sud-Ouest pour concevoir le Sacré-Cœur de Montmartre. Il remporta le concours en 1874. Les coupoles et les formes romano-byzantines du Sacré-Cœur viennent directement de ce qu’il avait appris en Charente et en Dordogne.

Combien de temps faut-il pour visiter la cathédrale ?

Comptez entre 45 minutes et 1 heure. L’entrée est gratuite, la cathédrale est ouverte tous les jours de 8h30 à 19h. Un conseil : prenez le temps d’observer la façade depuis le parvis avant d’entrer. Les détails sculptés se révèlent lentement, à mesure que l’œil s’habitue à la profusion des figures. À l’intérieur, levez la tête vers les trois coupoles.