Le portail de la Gloire en Provence
Sur la place de la République d’Arles, face à l’obélisque antique et à l’hôtel de ville, la cathédrale Saint-Trophime déploie l’un des plus beaux portails romans de France. Sculpté vers 1180-1190, ce tympan monumental représente le Christ en Majesté entouré des symboles des quatre évangélistes, dans une composition qui rivalise avec les grands portails de Moissac ou de Conques. La finesse des draperies et l’expressivité des figures marquent l’apogée de l’art roman provençal.
L’église actuelle, construite au XIIe siècle, succède à plusieurs édifices antérieurs. Le site accueille un lieu de culte depuis le Ve siècle au moins, lié au souvenir de saint Trophime, premier évêque d’Arles selon la tradition. La ville, ancienne colonie romaine fondée par Jules César, fut l’une des capitales de la Gaule romaine et l’un des premiers foyers du christianisme en Occident.
Le portail sculpté, chef-d’œuvre de la sculpture romane
L’héritage antique dans la pierre médiévale
Le portail de Saint-Trophime se distingue par sa composition inspirée des arcs de triomphe romains, dont Arles conserve de nombreux exemples. Colonnes cannelées, pilastres, frises : tout rappelle directement l’architecture antique. Les sculpteurs du XIIe siècle travaillaient à quelques pas des arènes et du théâtre antique. Leur art porte la marque de cet héritage, et c’est ce qui le rend si singulier. On est loin des portails du nord de la France. Ici, la pierre parle latin.
Le programme iconographique
Le tympan présente un Jugement dernier d’une grande puissance dramatique. Le Christ trône au centre, entouré du tétramorphe. Sur le linteau, les douze apôtres sont assis en majesté. Les piédroits accueillent les grandes figures de saints, parmi lesquels saint Trophime et saint Étienne. À gauche, les élus s’avancent vers le Paradis. À droite, les damnés sont entraînés vers l’Enfer par des démons grimaçants, les visages tordus dans des rictus qui glacent encore après huit siècles.
Le cloître, quatre galeries, quatre siècles
Les galeries romanes
Le cloître de Saint-Trophime, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, constitue l’un des plus beaux ensembles claustraux du Midi. Les galeries nord et est, les plus anciennes, datent du XIIe siècle et présentent une sculpture romane d’une qualité exceptionnelle. Les chapiteaux historiés, ornés de scènes bibliques et de figures de saints, comptent parmi les plus fins de l’art roman provençal. Les piliers d’angle, sculptés de grandes figures en haut-relief, atteignent une monumentalité rare. Certains visages gardent des traces de polychromie.
Les galeries gothiques
Les galeries sud et ouest furent construites au XIVe siècle dans le style gothique. Le contraste avec les galeries romanes est saisissant : aux formes massives et aux arcs en plein cintre succèdent des arcatures élégantes et des voûtes d’ogives. Cette juxtaposition permet de lire l’évolution des formes sur quatre siècles, du roman le plus sévère au gothique le plus raffiné.
Arles et la mémoire chrétienne
Saint-Trophime est indissociable de l’histoire religieuse d’Arles, qui fut au IVe siècle l’un des centres les plus importants du christianisme occidental. C’est à Arles que se tint en 314 le premier grand concile de l’Église des Gaules, en présence de l’empereur Constantin. La ville fut longtemps le siège d’un archevêché primatial dont l’autorité s’étendait sur l’ensemble de la Provence. Cette grandeur passée se lit dans les proportions de la cathédrale et la richesse de son décor.
Aujourd’hui, Saint-Trophime s’inscrit dans un ensemble patrimonial qui comprend les arènes, le théâtre antique, les Alyscamps et les thermes de Constantin, tous classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. La cathédrale reste le cœur spirituel d’une ville où l’héritage antique et médiéval se mêlent avec une rare cohérence.
FAQ
Pourquoi le portail de Saint-Trophime est-il si célèbre ?
Le portail de Saint-Trophime, sculpté vers 1180-1190, est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre absolus de la sculpture romane en France. Sa composition s’inspire des arcs de triomphe romains, la finesse de sa sculpture est remarquable et son programme iconographique d’une grande richesse. Le tympan du Jugement dernier et les grandes figures des piédroits montrent un art parvenu à sa pleine maturité, qui a durablement influencé la sculpture provençale.
Le cloître est-il classé au patrimoine mondial ?
Oui, le cloître de Saint-Trophime est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981, au titre des monuments romains et romans d’Arles. Il se compose de quatre galeries : deux romanes (XIIe siècle) et deux gothiques (XIVe siècle). Ses chapiteaux historiés et ses piliers sculptés comptent parmi les plus beaux exemples de sculpture claustrale en Europe. L’entrée du cloître est payante, mais la visite le mérite amplement.
Qui était saint Trophime ?
Selon la tradition, saint Trophime fut le premier évêque d’Arles, envoyé en Gaule par saint Pierre ou saint Paul au Ier siècle. Les historiens situent plus vraisemblablement son épiscopat au IIIe siècle. Il est vénéré comme l’évangélisateur de la Provence. Ses reliques, conservées dans la cathédrale, firent d’Arles une étape importante sur les chemins de pèlerinage. La fête de saint Trophime est célébrée le 29 décembre.
Combien coûte la visite de Saint-Trophime ?
L’entrée de la cathédrale est gratuite. Seul le cloître est payant. Comptez entre 1 heure et 1h30 pour visiter l’ensemble (église et cloître). La cathédrale est ouverte du lundi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 18h, et le dimanche de 9h à 13h. Commencez par le portail : prenez le temps de l’observer depuis le parvis avant d’entrer.
