La cathédrale que personne ne connaît
Auch n’est pas sur la route des touristes. La préfecture du Gers, coincée entre Toulouse et les Pyrénées, ne figure dans aucun guide grand public. Tant mieux, peut-être. On y découvre la cathédrale Sainte-Marie dans un silence rare, sans la cohue qui gâche la visite de tant d’édifices célèbres. Et pourtant, cette cathédrale abrite deux ensembles qui n’ont presque pas d’équivalent en France : dix-huit verrières Renaissance d’une luminosité stupéfiante, et un chœur garni de 113 stalles où près de 1 500 figures jaillissent du chêne.
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, Sainte-Marie mérite largement le détour. C’est le genre d’endroit qui vous laisse sans voix pendant dix bonnes minutes, debout dans le chœur, à tourner la tête dans toutes les directions.
La construction de l’édifice actuel débuta en 1489. L’archevêque François de Savoie voulait remplacer une église romane délabrée par un monument à la hauteur de ses ambitions. Les travaux durèrent près de deux siècles, de la fin du XVe au milieu du XVIIe. Ce chantier étalé dans le temps explique le mélange réussi entre gothique flamboyant et apports Renaissance : on passe de l’un à l’autre sans rupture, comme si les deux styles avaient toujours cohabité.
Les verrières d’Arnaut de Moles
Un maître verrier gascon oublié
On sait très peu de chose d’Arnaut de Moles. Probablement originaire de la région, il réalisa entre 1507 et 1513 les dix-huit verrières du chœur et des chapelles rayonnantes. Environ 200 mètres carrés de vitraux peints au total. C’est considérable. Surtout, c’est l’un des ensembles Renaissance les plus complets et les mieux conservés de France. Ni les guerres de Religion ni la Révolution ne les ont sérieusement endommagés, ce qui tient du miracle quand on connaît le sort réservé aux vitraux dans d’autres cathédrales.
Des couleurs qui saisissent encore
Ce qui frappe d’abord, c’est la couleur. Les bleus profonds, les rouges éclatants, les jaunes dorés : cinq siècles après leur création, les verrières d’Arnaut de Moles conservent une intensité chromatique remarquable. Les scènes bibliques (Création du monde, vie du Christ, Apocalypse) s’inscrivent dans des architectures peintes où se mêlent motifs gothiques flamboyants et décors à l’italienne. Les visages des personnages, traités avec un réalisme hérité de la peinture flamande, expriment des émotions qu’on ne s’attend pas à trouver dans un vitrail.
Les stalles : 1 500 figures dans le chêne
Le plus grand ensemble de France
Le chœur abrite 113 stalles en chêne, sculptées entre 1520 et 1554 par des artisans anonymes. Le nombre de figures dépasse l’imagination : près de 1 500 personnages, animaux et créatures fantastiques peuplent les dossiers, les accoudoirs, les jouées et les miséricordes. Seule la cathédrale d’Amiens rivalise avec Auch pour la taille de l’ensemble. Mais la qualité de la sculpture auscitaine, tour à tour majestueuse dans les grandes figures bibliques et facétieuse dans les saynètes du quotidien, reste sans pareille.
Quand les sculpteurs s’amusent
Les stalles d’Auch réservent des surprises à qui prend le temps de les détailler. À côté des prophètes solennels et des sibylles hiératiques, on tombe sur un paysan gascon qui trait sa vache, un moine bedonnant endormi pendant l’office, un marchand pincé que le sculpteur a manifestement voulu ridiculiser. Les miséricordes, ces petites consoles sur lesquelles les chanoines pouvaient s’appuyer pendant les longues cérémonies, regorgent de scènes cocasses. On sent que les artisans travaillaient avec une liberté rare pour l’époque.
La façade classique et l’escalier monumental
La façade occidentale, achevée au XVIIe siècle, surprend par sa sobriété classique. Rien à voir avec la profusion gothique et Renaissance de l’intérieur. Ce contraste entre l’extérieur austère et la richesse du chœur participe du charme particulier de Sainte-Marie : l’édifice ne se livre pas au premier regard.
Devant la cathédrale, un escalier monumental de 370 marches dévale la colline jusqu’aux berges du Gers. Construit au XIXe siècle, il offre une perspective saisissante sur la façade. La montée est rude, mais la vue sur les toits d’Auch et la campagne gasconne récompense l’effort.
À l’intérieur, la nef longue de 102 mètres atteint 26 mètres sous voûte. Le déambulatoire et les chapelles rayonnantes, où sont conservées les verrières, baignent dans une lumière filtrée par les vitraux. Les teintes changent selon l’heure de la journée : chaudes et dorées le matin, plus bleues et plus froides en fin d’après-midi.
FAQ
Les verrières d’Auch sont-elles les plus belles de la Renaissance en France ?
Les verrières d’Arnaut de Moles figurent systématiquement parmi les plus beaux ensembles de vitraux Renaissance en France, aux côtés de ceux de la Sainte-Chapelle de Vincennes et de la cathédrale de Bourges. Leur palette chromatique exceptionnelle, la maîtrise de la composition et leur excellent état de conservation après cinq siècles en font un ensemble sans équivalent.
Combien de figures comptent les stalles d’Auch ?
Les 113 stalles du chœur, sculptées entre 1520 et 1554, déploient près de 1 500 personnages et figures. C’est le plus riche ensemble de France par le nombre et la qualité des sculptures. On y découvre des scènes bibliques, des prophètes, des sibylles, mais aussi des saynètes profanes, des animaux fantastiques et des caricatures pleines d’humour.
La cathédrale d’Auch est-elle classée UNESCO ?
La cathédrale Sainte-Marie d’Auch est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Auch constituait une étape sur la via Tolosana, l’itinéraire méridional reliant Arles à Saint-Jacques par Toulouse. Les pèlerins s’y arrêtaient pour prier devant les reliques avant de poursuivre vers les Pyrénées.
