La sentinelle de l’Yonne
Depuis la rive droite de l’Yonne, le panorama est net : la cathédrale Saint-Étienne, flanquée des églises Saint-Germain et Saint-Pierre, dessine l’une des plus belles lignes d’horizon urbaines de Bourgogne. Une seule tour, haute de 68 mètres. La seconde n’a jamais été achevée. Derrière, les collines où mûrissent le chablis et l’irancy ferment la vue.
Le chantier de la cathédrale actuelle s’ouvrit en 1215, en pleine expansion du gothique rayonnant. Il dura trois siècles. Le chœur, partie la plus ancienne, fut consacré en 1234. La nef suivit au XIVe siècle. La façade, elle, resta inachevée. Malgré cette construction étalée dans le temps, l’ensemble garde une cohérence stylistique remarquable : les architectes successifs respectèrent le plan initial au lieu de le réinventer.
La crypte romane : mille ans sous terre
Un Christ à cheval unique en France
Sous le chœur gothique se trouve une vaste crypte romane du XIe siècle, vestige de la cathédrale précédente. C’est là que se cache le trésor le plus précieux de Saint-Étienne : des fresques murales datées d’environ 1030 qui représentent un Christ à cheval entouré de quatre anges cavaliers. Cette iconographie n’existe nulle part ailleurs dans l’art roman français. La composition s’inspire probablement de l’Apocalypse. Les couleurs, presque mille ans après, tiennent encore.
Descendre dans la pénombre
La crypte se compose de trois nefs voûtées d’arêtes, portées par des colonnes trapues aux chapiteaux sculptés. L’air y est frais, l’obscurité épaisse. On quitte le gothique lumineux du chœur pour plonger dans un espace roman où la lumière arrive à peine. Des fragments de peintures murales subsistent sur les voûtes et les murs, vestiges d’un décor qui couvrait autrefois l’ensemble de l’espace souterrain. L’œil met quelques secondes à s’ajuster.
Les vitraux : 800 ans de lumière filtrée
Le déambulatoire et ses couleurs
La cathédrale d’Auxerre conserve un ensemble de vitraux du XIIIe siècle parmi les plus complets de Bourgogne. Dans le déambulatoire et les chapelles rayonnantes, les verrières racontent les vies des saints, les épisodes bibliques et les légendes locales. Le bleu et le rouge dominent, intenses, saturés. La rose du transept nord, consacrée à la Création, est un chef-d’œuvre du vitrail gothique bourguignon : six jours de la Genèse organisés en médaillons autour d’un Dieu créateur central.
Les verrières tardives de la nef
Les vitraux de la nef datent des XIVe et XVe siècles. La palette s’éclaircit, les compositions deviennent plus narratives. Certaines verrières montrent des scènes de la vie quotidienne médiévale : labours, vendanges, travail des artisans, transactions marchandes. On y lit la société bourguignonne du Moyen Âge autant que la Bible.
La façade inachevée et ses portails
La façade occidentale manque de sa tour sud. Mais ce qu’elle possède est remarquable : trois portails richement sculptés, datés des XIIIe et XIVe siècles. Le portail central représente le Jugement dernier. Le Christ en Majesté y trône avec une sérénité qui contraste avec les damnés tordus à ses pieds. Les portails latéraux développent la vie de la Vierge et l’histoire de saint Étienne, patron de la cathédrale. Dans les voussures, prophètes, anges et saints se succèdent sur plusieurs registres.
À l’intérieur, la nef monte à 30 mètres. Le triforium ajouré laisse entrer la lumière, caractéristique du gothique bourguignon qui cherche la clarté sans sacrifier l’élégance des proportions. Les piliers fasciculés et les voûtes d’ogives quadripartites rythment la progression vers le chœur. Quand le soleil frappe les verrières du déambulatoire en milieu de matinée, des taches de couleur glissent lentement sur les dalles de la nef.
FAQ
Que représentent les fresques de la crypte d’Auxerre ?
Les fresques, datées d’environ 1030, montrent un Christ à cheval entouré de quatre anges cavaliers. Cette iconographie est unique dans l’art roman français. La scène s’inspire vraisemblablement de l’Apocalypse. D’autres fragments de peintures, représentant des épisodes bibliques et des motifs décoratifs, subsistent sur les voûtes et les murs de la crypte. L’ensemble compte parmi les peintures murales les plus anciennes conservées en France.
Pourquoi la cathédrale n’a-t-elle qu’une seule tour ?
Le projet initial prévoyait deux tours symétriques, comme la plupart des grandes cathédrales gothiques. La tour sud ne fut jamais construite. Les raisons exactes restent débattues : difficultés financières, instabilité politique liée à la guerre de Cent Ans, ou les deux à la fois. Cette asymétrie donne à la cathédrale une silhouette singulière, reconnaissable de loin depuis les rives de l’Yonne.
La crypte est-elle accessible au public ?
Oui. La crypte romane se visite moyennant un droit d’entrée (la cathédrale elle-même est gratuite). On peut la découvrir en visite libre ou guidée. Comptez une vingtaine de minutes pour parcourir les trois nefs souterraines et observer les fresques du XIe siècle. Le trésor de la cathédrale, qui abrite des manuscrits enluminés, des émaux et des pièces d’orfèvrerie médiévale, se visite avec le même billet.
Quels sont les plus beaux vitraux de la cathédrale ?
Les verrières du XIIIe siècle dans le déambulatoire et les chapelles rayonnantes sont les plus précieuses. La rose du transept nord, consacrée à la Création, est considérée comme un chef-d’œuvre du vitrail gothique bourguignon. Les vitraux de la nef, plus tardifs (XIVe-XVe siècles), intéressent par leurs scènes de vie quotidienne médiévale qui documentent la société de l’époque.
