Deux architectures sous un même toit
La cathédrale Notre-Dame de Bayeux ne choisit pas entre le roman et le gothique. Elle garde les deux. Les arcades du XIe siècle, lourdes et massives, consacrées en 1077 en présence de Guillaume le Conquérant, portent encore les parties hautes gothiques ajoutées au XIIIe siècle. Le résultat est un édifice à double visage, où la puissance austère du roman se mêle à la légèreté du gothique sans que l’un efface l’autre. C’est cette cohabitation qui fait la singularité du monument.
Bayeux a eu une chance extraordinaire en 1944. Première ville de France libérée le 7 juin, au lendemain du Débarquement, elle n’a subi aucun bombardement. La cathédrale, la vieille ville, les ruelles médiévales : tout est resté intact. À quelques centaines de mètres de l’édifice, le musée de la Tapisserie conserve la célèbre broderie de 70 mètres qui raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume.
La crypte romane, au plus près des origines
On descend quelques marches depuis le chœur, et le XIe siècle vous saisit. La crypte s’étend sous le sanctuaire gothique. Ses voûtes d’arêtes reposent sur des colonnes trapues dont les chapiteaux racontent tout un bestiaire médiéval : lions affrontés, oiseaux entrelacés, feuillages stylisés, figures humaines au regard fixe. L’air est frais, la lumière rare. On est dans le roman normand à l’état pur.
Les fresques du XVe siècle
Les murs de la crypte portent des traces de peintures murales réalisées au XVe siècle. Des anges musiciens, des scènes religieuses à demi effacées par l’humidité et le temps. Leur découverte au XIXe siècle a surpris les archéologues, qui ne s’attendaient pas à trouver un programme iconographique aussi soigné dans un espace souterrain. La délicatesse des traits, là où ils sont encore lisibles, suggère un artiste de talent.
La nef, où le roman porte le gothique
Le spectacle de la nef vaut qu’on s’arrête au milieu et qu’on lève les yeux. En bas, les grandes arcades romanes en plein cintre, bordées d’écoinçons ornés d’entrelacs géométriques. Au-dessus, les parties hautes gothiques du XIIIe siècle, avec leurs fenêtres à meneaux et leurs voûtes d’ogives. Le contraste est brutal et fascinant. Le roman supporte le gothique au sens propre du terme. Les piliers du XIe siècle n’ont pas bougé : ils portent encore le poids de deux siècles d’ajouts.
Les chapiteaux, un répertoire d’images
Les chapiteaux de la nef forment un catalogue de la sculpture romane normande. Figures grotesques qui tirent la langue. Animaux fantastiques qui se mordent la queue. Feuillages enroulés. Scènes narratives difficiles à déchiffrer après neuf siècles d’usure. Certains motifs trahissent des influences scandinaves, rappel discret des origines vikings des Normands. Chaque chapiteau est différent. Les sculpteurs du XIe siècle ne se répétaient pas.
Le chœur gothique
Le chœur, reconstruit au XIIIe siècle en style rayonnant, offre un contraste saisissant avec la nef. Tout y est lumière. Les grandes fenêtres à meneaux, dont certains vitraux remontent au XIIIe siècle, projettent des taches colorées sur les dalles du sanctuaire. Les voûtes d’ogives montent sur des piliers fasciculés aux nervures fines. L’espace respire.
Le déambulatoire permet de faire le tour du maître-autel en passant devant les chapelles rayonnantes. La chapelle axiale, dédiée à la Vierge, conserve des éléments de décor médiéval et un retable du XVIIe siècle dont les dorures accrochent encore la lumière.
La Tapisserie et la cathédrale, une histoire commune
Le lien entre les deux est ancien et profond. La Tapisserie de Bayeux, cette toile de lin brodée de 70 mètres de long qui raconte la conquête de l’Angleterre, fut probablement commandée par l’évêque Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume le Conquérant. On pense qu’elle devait servir lors de la consécration de la cathédrale en 1077. Pendant des siècles, elle fut conservée dans l’édifice lui-même, déployée autour de la nef lors des grandes fêtes liturgiques.
La consécration de 1077
Guillaume le Conquérant était présent. De retour d’Angleterre après sa victoire à Hastings en 1066, le roi-duc présida la cérémonie aux côtés de l’évêque Odon. L’événement avait une dimension politique autant que religieuse. Il s’agissait d’affirmer la puissance normande sur les deux rives de la Manche. La cathédrale romane que l’on consacrait ce jour-là n’existe plus qu’en partie, absorbée dans les reconstructions gothiques. Mais ses fondations, ses piliers et sa crypte sont toujours là, sous nos pieds.
FAQ
La Tapisserie de Bayeux était-elle vraiment dans la cathédrale ?
Oui. La Tapisserie fut conservée dans la cathédrale pendant plusieurs siècles et déployée dans la nef lors des fêtes religieuses. Elle y resta jusqu’à la Révolution, où elle faillit être découpée pour servir de bâche à un chariot militaire. Sauvée de justesse, elle est aujourd’hui exposée dans un musée dédié à quelques centaines de mètres de la cathédrale, dans des conditions de conservation contrôlées.
Peut-on visiter la crypte romane ?
La crypte est accessible depuis l’intérieur de la cathédrale, par un escalier situé dans le chœur. Les horaires d’ouverture peuvent varier selon la saison. On y découvre les colonnes et chapiteaux romans du XIe siècle ainsi que les vestiges de peintures murales du XVe siècle. L’éclairage est faible ; un téléphone avec lampe torche aide à distinguer les détails des sculptures.
Pourquoi Bayeux a-t-elle échappé aux bombardements de 1944 ?
Bayeux fut libérée le 7 juin 1944, dès le lendemain du Débarquement, avec une rapidité qui surprit les Alliés eux-mêmes. Les Allemands n’y opposèrent pas de résistance significative, ce qui évita les bombardements qui dévastèrent Caen ou Saint-Lô. La cathédrale, la vieille ville et la Tapisserie furent ainsi préservées, faisant de Bayeux un rare témoin intact du Moyen Âge normand.
La visite est-elle gratuite ?
Oui. L’entrée de la cathédrale est libre et gratuite tous les jours, de 8 h 30 à 18 h (19 h en été). Comptez environ 45 minutes pour parcourir l’ensemble, crypte comprise. Le musée de la Tapisserie, situé à proximité, est en revanche payant.
