La porte gothique vers l’Espagne
Là où la Nive rejoint l’Adour, entre Pays basque et Gascogne, deux flèches néo-gothiques percent le ciel à 85 mètres. La cathédrale Sainte-Marie de Bayonne occupe ce confluent depuis le XIIIe siècle. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, elle fut pendant des siècles la dernière grande halte des pèlerins avant la traversée des Pyrénées.
Un incendie ravagea la cathédrale romane qui se trouvait là. Le chantier de reconstruction, lancé au XIIIe siècle, s’éternisa. La ville passait des mains anglaises aux mains françaises, les guerres interrompaient les travaux, les finances manquaient. La façade resta tronquée jusqu’au XIXe siècle, quand l’architecte Émile Boeswillwald, élève de Viollet-le-Duc, ajouta les deux flèches entre 1869 et 1878. Ce sont elles qui donnent aujourd’hui à Bayonne son profil reconnaissable.
Un gothique du Nord transplanté en terre basque
L’héritage de l’Île-de-France
Voilà qui surprend : une cathédrale méridionale construite sur le modèle des grandes églises du nord de la France. Nef à trois vaisseaux, triforium ajouré, arcs-boutants, grandes verrières. On pense à Soissons ou à Reims. L’explication tient à l’histoire politique de Bayonne. Sous domination des Plantagenêts pendant trois siècles, la ville entretenait des liens étroits avec les provinces septentrionales. Les architectes venus du nord apportèrent avec eux le vocabulaire du gothique francilien, qu’ils implantèrent à 800 kilomètres de son berceau.
Des ajustements locaux bien visibles
Les bâtisseurs bayonnais ne copièrent pas aveuglément. La pierre gris-jaune des carrières locales remplace le calcaire blanc du Bassin parisien et donne à l’édifice une chaleur que n’ont pas les cathédrales du nord. Les proportions sont légèrement plus ramassées, un choix pragmatique dans une région exposée aux séismes pyrénéens et aux vents venus de l’Atlantique. On sent ici un gothique acclimaté, pas simplement déplacé.
Le cloître gothique
54 mètres de galeries
Le cloître de Sainte-Marie est l’un des plus vastes cloîtres gothiques de France. Ses galeries mesurent 54 mètres de long. Construit aux XIIIe et XIVe siècles, il aligne des arcatures ogivales portées par de fines colonnettes à chapiteaux sculptés. Sous les voûtes d’ogives, le silence tombe d’un coup. On est à trente pas des rues commerçantes du Grand Bayonne, mais le vacarme ne franchit pas les murs. L’air sent la pierre humide et l’herbe du jardin central.
Les dalles funéraires
Le sol du cloître garde la mémoire des morts. Des dalles funéraires, certaines ornées d’effigies gravées et d’inscriptions en latin ou en gascon, rappellent que ce lieu servit de cimetière pour les chanoines et les notables de la ville. Les plus anciennes remontent au XIVe siècle. Cette fonction funéraire explique d’ailleurs les dimensions inhabituelles du cloître : il fallait assez d’espace pour les processions mortuaires.
Les vitraux et le trésor
Le chœur et le transept conservent quelques verrières médiévales, complétées au XIXe siècle par des vitraux dans la nef. La rosace occidentale, restaurée mais fidèle à son dessin d’origine, filtre une lumière colorée sur les premiers mètres de la nef. Le trésor rassemble des pièces d’orfèvrerie, des textiles liturgiques et des manuscrits du diocèse médiéval de Bayonne.
Autour de la cathédrale s’étend le Grand Bayonne, quartier historique ceint de remparts. Maisons à pans de bois, façades peintes en rouge basque, quais de la Nive où les chalutiers déchargeaient autrefois leur pêche. La cathédrale n’est pas un monument isolé : elle est le cœur d’une ville qui a grandi autour d’elle, dernière cité française avant la frontière espagnole.
FAQ
Pourquoi la cathédrale de Bayonne est-elle classée UNESCO ?
Sainte-Marie de Bayonne est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. La ville se trouvait au carrefour de la via Turonensis et de la voie littorale. Les pèlerins venus du nord s’y rassemblaient avant de franchir les Pyrénées par le col de Roncevaux ou celui du Somport. La cathédrale et son cloître leur offraient un dernier repos avant la montagne.
Le cloître est-il le plus grand cloître gothique de France ?
Avec ses galeries de 54 mètres de long, le cloître de Bayonne figure parmi les plus grands cloîtres gothiques du pays. Ses dimensions s’expliquent par sa double fonction : lieu de prière pour les chanoines et cimetière pour les notables. L’accès est libre et gratuit. On peut le visiter en une vingtaine de minutes, mais il mérite qu’on s’y attarde, surtout en fin d’après-midi quand la lumière rasante allume la pierre dorée des galeries.
Les flèches de la cathédrale sont-elles médiévales ?
Non. Les deux flèches qui dominent Bayonne datent du XIXe siècle. Émile Boeswillwald les construisit entre 1869 et 1878 dans un style néo-gothique cohérent avec le reste de l’édifice. Avant cette campagne de travaux, la façade ne portait que des tours tronquées. Hautes de 85 mètres, ces flèches sont devenues le symbole de la ville, visibles depuis les collines du Pays basque et les rives de l’Adour.
