Cathédrale de Bourges : cinq nefs sans transept

Style architectural
Gothique
Construction
1195-1230
Hauteur
65m
Distinction
UNESCO

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 8h30-19h15
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
1h-1h30
gothique Berry UNESCO vitraux harmonie
Cathédrale Saint-Etienne de Bourges
Wladyslaw Sojka at German Wikipedia (Original text: --de:Benutzer:Wladyslaw Sojka)• CC BY-SA 3.0

Une cathédrale qui ne ressemble à aucune autre

La cathédrale de Bourges déroute. Quand on entre pour la première fois, quelque chose cloche, sans qu’on sache immédiatement quoi. Puis on comprend : il n’y a pas de transept. Pas de croisée. Rien ne vient interrompre la coulée d’espace entre le portail occidental et le chœur. C’est une sensation rare dans une église gothique, presque déstabilisante.

Les architectes qui ont lancé le chantier en 1195 ont fait un pari audacieux. Au lieu de suivre le plan en croix latine adopté à Notre-Dame de Paris, à Chartres ou à Reims, ils ont conçu un vaisseau à cinq nefs dont les hauteurs décroissent du centre vers les bas-côtés. L’effet est saisissant : debout dans la nef centrale, haute de 37 mètres, on perçoit les quatre collatéraux qui s’étagent en cascade, chacun recevant sa propre lumière. L’espace respire. L’œil glisse sans obstacle jusqu’au fond du sanctuaire, baigné par la clarté des verrières de l’abside.

L’UNESCO a inscrit la cathédrale Saint-Étienne au patrimoine mondial en 1992, et on comprend pourquoi. Le jury a salué « l’unité de conception » de l’édifice. Bourges n’a pas été remaniée dix fois comme tant d’autres. Elle a été pensée d’un bloc entre 1195 et 1230, et cette cohérence se ressent physiquement dans la fluidité de ses volumes.

Les vitraux du XIIIe siècle

Les vitraux de Bourges sont un choc chromatique. Le bleu et le rouge dominent, profonds, saturés, presque irréels quand le soleil d’après-midi les traverse. On compte environ 2 600 mètres carrés de verrières anciennes, ce qui place Bourges juste derrière Chartres dans le palmarès français.

Les grandes verrières du déambulatoire, datées des années 1210-1215, racontent des paraboles évangéliques et des vies de saints dans des médaillons circulaires ou quadrilobés. Le Fils prodigue, le Bon Samaritain, la vie de saint Thomas : chaque baie se lit comme une bande dessinée médiévale, avec des couleurs que sept siècles n’ont pas ternies. Le panneau du Nouveau et de l’Ancien Alliance, dans la chapelle axiale, est probablement le plus accompli. Les rouges y vibrent avec une intensité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en France.

Au-dessus, les fenêtres hautes de la nef offrent un registre différent : des figures monumentales de prophètes et d’apôtres, visibles depuis le sol grâce aux proportions généreuses de l’élévation. On lève la tête et on les distingue nettement, ce qui est loin d’être le cas dans toutes les cathédrales.

La crypte et le gisant de Jean de Berry

Sous le chœur s’étend la plus grande crypte de France. On y accède par un escalier latéral, et le contraste avec la lumière de la nef est immédiat : voûtes basses, piliers massifs, atmosphère souterraine qui sent la pierre froide.

Le gisant du duc Jean de Berry repose ici depuis le XVe siècle. Ce prince Valois, frère de Charles V, était un mécène d’envergure. C’est lui qui commanda les Très Riches Heures, le manuscrit enluminé le plus célèbre du Moyen Âge. Son gisant en marbre, sculpté par Jean de Cambrai, le représente les mains jointes, un ours à ses pieds. La finesse du drapé et du visage vaut qu’on s’y attarde.

On trouve aussi dans la crypte des vestiges de l’ancien jubé de la cathédrale, détruit au XVIIIe siècle, et des fragments de vitraux déposés lors de restaurations anciennes. Ce n’est pas l’espace le plus spectaculaire de l’édifice, mais c’est celui où l’on ressent le mieux l’épaisseur du temps.

La tour nord et le panorama sur le Berry

La tour nord, haute de 65 mètres, est accessible au public moyennant un billet géré par le Centre des monuments nationaux. La montée est raide : 396 marches dans un escalier en colimaçon étroit. Mais la vue d’en haut justifie l’effort. On découvre Bourges étalée en contrebas, avec ses toits d’ardoise, le jardin de l’Archevêché, les marais de l’Yèvre au nord. Par temps clair, le regard porte loin sur les plaines du Berry, plates et agricoles, ponctuées de clochers de village.

La tour sud, dite « tour sourde », est fermée au public. Elle a souffert d’un effondrement partiel en 1506 et a été reconstruite dans un style Renaissance qui tranche avec le gothique du reste de l’édifice. La différence est visible depuis le parvis : les deux tours ne se ressemblent pas du tout, ce qui donne à la façade occidentale une asymétrie presque attachante.

Visiter Bourges : conseils pratiques

Bourges reste une ville trop méconnue. Beaucoup de visiteurs filent vers la Loire voisine sans s’y arrêter, et c’est une erreur. La cathédrale se visite en une heure à une heure trente, mais le Vieux Bourges mérite qu’on y consacre une demi-journée : le palais Jacques-Cœur, les maisons à colombages de la rue Bourbonnoux, les marais. L’entrée de la cathédrale est gratuite. Seule la montée à la tour et la visite de la crypte sont payantes.

FAQ

Pourquoi la cathédrale de Bourges n’a-t-elle pas de transept ?

Les architectes ont volontairement supprimé le transept pour créer un espace intérieur continu et unifié. Ce choix, unique parmi les grandes cathédrales gothiques françaises, produit une perspective ininterrompue de la façade au chœur. Le résultat est un volume fluide, lumineux, qui favorise une circulation naturelle du regard et des fidèles.

Comment venir à Bourges depuis Paris ?

Bourges se trouve à environ 250 km au sud de Paris. En voiture, comptez un peu plus de 2 heures par l’autoroute A71. En train, des liaisons directes depuis Paris-Austerlitz mettent 2h15 environ. La gare de Bourges est à un quart d’heure à pied de la cathédrale.

Peut-on monter dans la tour de la cathédrale ?

Oui, la tour nord est ouverte à la visite. Elle est gérée par le Centre des monuments nationaux. L’accès est payant (environ 8 euros pour un adulte). Comptez 396 marches et une bonne vingtaine de minutes pour la montée. La vue sur Bourges et le Berry récompense largement l’effort.

Quels sont les horaires de visite ?

La cathédrale est ouverte tous les jours de 8h30 à 19h15. L’entrée est gratuite. La crypte et la tour ont leurs propres horaires, généralement de 9h30 à 12h30 et de 14h à 17h30, mais il est prudent de vérifier auprès du Centre des monuments nationaux avant de s’y rendre, car les créneaux varient selon la saison.