La cathédrale de lumière
On entre dans Chartres et on reçoit la lumière en plein visage. Pas la lumière blanche, crue, d’une église moderne. Une lumière bleue, dense, presque liquide, qui tombe des verrières du XIIIe siècle et transforme la nef en fond marin. C’est une expérience physique avant d’être spirituelle.
Cette cathédrale est un miracle de vitesse. Après l’incendie de 1194 qui détruisit l’ancienne cathédrale romane, la reconstruction fut menée en seulement vingt-six ans. Vingt-six ans pour bâtir un édifice de cette taille, c’est stupéfiant. À titre de comparaison, Notre-Dame de Paris a nécessité près de deux siècles. Cette rapidité donne à Chartres une unité stylistique qu’aucune autre grande cathédrale gothique ne possède : on n’y lit pas les hésitations, les changements de goût, les interruptions de chantier qui marquent les autres édifices.
Le joyau des vitraux
Chartres possède le plus vaste ensemble de vitraux médiévaux au monde. Les chiffres donnent le vertige : 176 verrières, 2 600 m² de verre coloré, plus de 5 000 personnages représentés. Mais les chiffres ne disent rien de l’effet produit. Quand le soleil traverse la rosace ouest en fin d’après-midi, les dalles de la nef se couvrent de taches de couleur qui bougent lentement avec la course du soleil. On reste planté là, à regarder le sol.
Le célèbre bleu de Chartres reste l’un des mystères de l’art médiéval. Ce bleu profond, lumineux, qui ne ressemble à aucun autre bleu de vitrail, fascine les chimistes depuis des décennies. On sait qu’il contient du cobalt, mais la recette exacte demeure inconnue. Les maîtres verriers du XIIIe siècle ont emporté leur secret dans la tombe.
Chaque verrière raconte une histoire. Scènes bibliques, vies de saints, métiers des corporations qui financèrent les vitraux. Les boulangers, les fourreurs, les charrons : chaque corps de métier a payé sa verrière et s’y est fait représenter au travail. La verrière de Notre-Dame de la Belle Verrière, datant en partie du XIIe siècle, est souvent considérée comme le plus beau vitrail au monde. Le bleu y atteint une intensité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Le labyrinthe
Incrusté dans le dallage de la nef, le labyrinthe de Chartres est le mieux conservé des cathédrales gothiques. Son diamètre atteint 12,89 mètres. Le parcours, long de 261 mètres, s’enroule en onze circuits concentriques. Les pèlerins le parcouraient à genoux, parfois pendant une heure entière, en guise de substitut au pèlerinage en Terre Sainte. On priait à chaque tournant.
Aujourd’hui, la plupart du temps, des chaises recouvrent le labyrinthe. C’est dommage. Mais certains vendredis, entre Carême et Toussaint, les chaises sont retirées et les visiteurs peuvent marcher le parcours. L’expérience vaut le détour : dans le silence de la nef, avec la lumière bleue qui tombe des verrières, on comprend pourquoi ce chemin de pierre servait de méditation.
Les portails sculptés
La cathédrale possède trois ensembles de portails. Le Portail Royal, sur la façade ouest, date de l’ancienne cathédrale romane (vers 1145-1155). Ses statues-colonnes sont parmi les plus anciennes sculptures gothiques qui nous soient parvenues. Les visages ont une sérénité étrange, presque souriante, très différente de la rigidité romane habituelle.
Les portails nord et sud, sculptés au XIIIe siècle, déploient des centaines de figures. Le portail nord est consacré à l’Ancien Testament et à la Vierge. Le portail sud traite du Jugement dernier et des saints. L’ensemble forme un programme iconographique d’une ampleur encyclopédique : on pourrait passer une journée entière à déchiffrer les scènes sans en faire le tour.
Les deux flèches
Chartres est la seule cathédrale gothique dont les deux flèches soient aussi différentes. La flèche sud, romane, date de 1160 : sobre, pyramidale, elle monte à 105 mètres. La flèche nord, gothique flamboyant, fut ajoutée en 1513 : elle culmine à 113 mètres avec une dentelle de pierre beaucoup plus ornée. Ce contraste devrait choquer. Il ne choque pas. Les deux flèches se complètent, comme si quatre siècles d’écart n’avaient aucune importance.
Depuis la plaine de Beauce, on aperçoit ces deux flèches à des kilomètres. Les pèlerins de Compostelle les voyaient de loin et savaient qu’un toit les attendait. Ce repère visuel fonctionnait comme un phare terrestre, guidant les voyageurs à travers les champs de blé.
FAQ
Les vitraux sont-ils tous d’époque médiévale ?
La grande majorité date du XIIIe siècle. Quelques verrières de remplacement datent du XVIe siècle et de l’époque moderne, mais elles sont minoritaires. Environ 80 % du verre médiéval d’origine a survécu, ce qui est exceptionnel.
Le labyrinthe est-il accessible aux visiteurs ?
Les chaises qui le recouvrent sont retirées certains vendredis entre le Carême et la Toussaint, généralement de 10h à 17h. Consultez le site de la cathédrale pour les dates exactes. En dehors de ces jours, on peut tout de même en deviner le tracé sous les chaises.
Peut-on visiter la crypte ?
Oui, la crypte de Chartres est la plus grande de France (plus de 200 mètres de galeries). Elle se visite uniquement avec un guide. Les billets sont en vente à l’Office de tourisme, juste en face de la cathédrale. Les visites durent environ 30 minutes.
Combien de temps faut-il pour visiter la cathédrale ?
Comptez au minimum 1h30. Pour apprécier les vitraux en détail et visiter la crypte, prévoyez plutôt 3 heures. Une paire de jumelles est utile pour observer les détails des verrières hautes.



