Une abbaye devenue cathédrale
Au cœur de Dijon, la cathédrale Saint-Bénigne n’a pas toujours été cathédrale. Pendant sept siècles, c’était une abbatiale bénédictine, l’une des plus puissantes de Bourgogne. Les ducs de Valois régnaient depuis leur palais à quelques centaines de mètres. L’abbaye prospérait. Ce n’est qu’en 1792, à la Révolution, que l’édifice changea de statut. Mais ses murs gardent la mémoire d’un millénaire de vie monastique.
L’église actuelle date du XIIIe siècle. Elle a remplacé l’église romane bâtie par Guillaume de Volpiano, un moine réformateur italien arrivé en Bourgogne vers l’an mil. De cette première construction, il reste un trésor : la crypte, intacte sous le chœur gothique.
Descendre dans la crypte de l’an mil
La rotonde de Guillaume de Volpiano
On descend quelques marches et le XIIIe siècle disparaît. La crypte, construite entre 1001 et 1018, se compose d’une salle à trois nefs prolongée par une rotonde à deux étages. Guillaume de Volpiano avait voulu y abriter le tombeau de saint Bénigne, l’évangélisateur légendaire de la Bourgogne. Pour la rotonde, il s’inspira de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. L’ambition était considérable pour un chantier de l’an mil.
Des chapiteaux vieux de dix siècles
La crypte conserve des dizaines de chapiteaux sculptés du XIe siècle. Motifs géométriques, feuillages stylisés, figures humaines aux proportions naïves, animaux fantastiques. Ces sculptures comptent parmi les plus anciennes de Bourgogne. Elles annoncent, avec un siècle d’avance, le grand art roman qui éclatera à Vézelay, à Autun et à Cluny. La crypte est accessible librement et la descente vaut le détour.
Le gothique bourguignon : sobre, pas austère
L’église gothique, élevée à partir de 1281, ne cherche pas à impressionner par la démesure. La nef mesure 80 mètres de long. Les voûtes d’ogives sexpartites, un choix délibérément archaïsant, rappellent les premières cathédrales d’Île-de-France plutôt que le gothique flamboyant contemporain. La décoration reste mesurée. On est loin de l’exubérance d’un Strasbourg ou d’un Rouen. Le résultat ? Un espace équilibré, élégant, qui ne fatigue pas le regard.
La toiture suit la tradition bourguignonne : des tuiles plates en terre cuite. Saint-Bénigne n’arbore pas les célèbres tuiles vernissées polychromes de l’Hôtel-Dieu de Beaune ou du château de La Rochepot, mais la silhouette reste typiquement bourguignonne, reconnaissable entre toutes, bien différente des couvertures d’ardoise du nord.
La chouette que tout le monde caresse
Sur un contrefort de la chapelle nord, à hauteur d’homme, une petite chouette est sculptée dans la pierre. Personne ne sait exactement qui l’a taillée ni pourquoi. Signature d’un compagnon ? Symbole de sagesse ? Le mystère reste entier. Ce qui est certain, c’est que des générations de Dijonnais et de visiteurs la caressent de la main gauche en formulant un vœu. La pierre, polie par des siècles de mains, est devenue lisse comme du marbre.
La chouette a fini par devenir l’un des symboles de Dijon, au même titre que la moutarde ou le souvenir des grands ducs. Un parcours touristique balisé de chouettes en bronze incrustées dans le sol guide aujourd’hui les promeneurs à travers le centre historique. Une sculpture de quelques centimètres a engendré une tradition qui traverse les siècles sans faiblir.
Le quartier autour de la cathédrale
La cathédrale ne se visite pas seule. Le quartier Saint-Bénigne conserve les bâtiments de l’ancienne abbaye. Le dortoir des moines abrite désormais le musée archéologique. À quelques pas, le palais des ducs de Bourgogne, la rue des Forges avec ses hôtels particuliers du XVe siècle et le marché couvert composent un centre historique d’une cohérence rare. L’ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des Climats du vignoble de Bourgogne.
FAQ
Où se trouve la chouette porte-bonheur de Dijon ?
La chouette est sculptée sur un contrefort extérieur du côté nord de la cathédrale, sur la chapelle Notre-Dame de Bon-Espoir, à hauteur d’homme. On la repère facilement grâce à l’attroupement quasi permanent de visiteurs. La tradition veut qu’on la caresse de la main gauche en faisant un vœu. Un panneau sur place aide aussi à la localiser.
Peut-on visiter la crypte romane de Saint-Bénigne ?
Oui. La crypte du XIe siècle est ouverte aux visiteurs, en accès libre ou avec un guide. On y découvre la rotonde de Guillaume de Volpiano, inspirée du Saint-Sépulcre de Jérusalem, une collection de chapiteaux sculptés de l’an mil et le sarcophage attribué à saint Bénigne, évangélisateur de la Bourgogne au IIe siècle selon la tradition.
Pourquoi la cathédrale s’appelle-t-elle Saint-Bénigne ?
Saint Bénigne aurait été un missionnaire oriental envoyé en Gaule au IIe siècle pour évangéliser la Bourgogne. La légende veut qu’il ait subi le martyre à Dijon sous l’empereur Marc Aurèle. Son tombeau devint un lieu de pèlerinage, puis une abbaye bénédictine s’y développa. L’église abbatiale prit le titre de cathédrale à la Révolution, mais conserva le nom du saint martyr, patron de la ville.
Quels sont les horaires de visite ?
La cathédrale est ouverte tous les jours de 9h à 19h. L’entrée est gratuite. Prévoyez entre 45 minutes et une heure pour la visite, crypte comprise.
