Cathédrale d'Évreux : vitraux Renaissance normands

Style architectural
Gothique flamboyant
Construction
XIe-XVIe siècle
Hauteur
Non renseignée

Informations pratiques

Horaires
Mar-dim 9h-12h / 14h-18h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
45min
gothique flamboyant Normandie vitraux Renaissance Eure art sacré
Cathédrale d'Évreux
Urban• Public domain

Un édifice forgé par les épreuves

La cathédrale Notre-Dame d’Évreux a brûlé six fois. Six fois entre le XIe et le XVe siècle, les flammes ont dévoré ses charpentes, effondré ses voûtes, calciné ses pierres. En juin 1940, les bombes allemandes ont achevé ce que le feu médiéval avait commencé. Et pourtant, à chaque catastrophe, les bâtisseurs sont revenus. Ils ont relevé les murs, remplacé les verrières, adapté l’édifice au goût de leur époque.

C’est cette obstination qui donne à la cathédrale d’Évreux son caractère si particulier. Des fondations romanes du XIe siècle aux ornements Renaissance du XVIe, on traverse cinq cents ans d’architecture en quelques pas. Le roman austère côtoie le gothique rayonnant, qui lui-même cède la place au flamboyant. Mais le vrai trésor se trouve dans les fenêtres : les verrières Renaissance comptent parmi les plus accomplies de France.

Les vitraux Renaissance, un trésor de lumière

L’ensemble vitré de la cathédrale couvre quatre siècles, du XIIIe au XVIe. Les panneaux les plus anciens occupent les parties hautes du chœur. Mais ce sont les vitraux de la première moitié du XVIe siècle qui attirent les spécialistes du monde entier. Ces verrières empruntent autant à la tradition médiévale du vitrail qu’à l’art italien de la Renaissance. Les compositions y gagnent une profondeur spatiale et une richesse chromatique que le Moyen Âge ne connaissait pas encore.

La chapelle de la Mère de Dieu

La chapelle axiale abrite le sommet de cet art. Les vitraux, réalisés entre 1500 et 1530, représentent des scènes de la vie de la Vierge avec une précision qui rivalise avec les meilleures peintures sur panneau de l’époque. Les visages ont une douceur presque raphaélesque. Les drapés tombent avec un naturalisme saisissant. Les paysages d’arrière-plan ouvrent des perspectives d’un bleu profond où se dessinent collines et architectures à l’italienne. La lumière du matin traverse ces panneaux et projette sur le sol des taches de couleur qui bougent avec le soleil.

L’Arbre de Jessé

Parmi les verrières les plus célèbres figure un Arbre de Jessé déployé sur toute la hauteur d’une grande baie. Jessé dort au pied de l’arbre. De son flanc jaillissent les branches qui portent les rois d’Israël, reconnaissables à leurs couronnes et leurs sceptres, jusqu’à la Vierge à l’Enfant au sommet. La composition mêle la rigueur héraldique du gothique à la souplesse décorative de la Renaissance. On y sent le passage d’un monde à l’autre, comme si le verrier hésitait entre deux siècles.

L’architecture : cinq siècles sous un même toit

Chaque destruction a laissé sa marque dans la pierre, et chaque reconstruction a apporté le style de son temps. Les parties les plus anciennes se trouvent dans le transept et les bas-côtés : arcatures aveugles, chapiteaux à feuillages, murs épais de plus d’un mètre. C’est le roman normand du XIe siècle, massif et sombre.

Le chœur gothique rayonnant

Le chœur date du XIIIe siècle. Son élévation à trois niveaux laisse entrer la lumière par de grandes fenêtres à meneaux garnies de vitraux. Le triforium ajouré, typique du style rayonnant, supprime la dernière barrière entre l’intérieur et la clarté du jour. L’ensemble produit un contraste frappant avec la pénombre romane des parties basses.

La nef flamboyante

La nef est plus tardive. Reconstruite après les destructions du XVe siècle, elle adopte le gothique flamboyant dans sa version la plus aboutie. Les voûtes d’ogives dessinent des nervures complexes qui se ramifient comme des branches. Les remplages des fenêtres ondulent en flammes de pierre. Les piliers fasciculés montent d’un seul jet du sol jusqu’aux retombées de voûte. En passant du chœur à la nef, on mesure physiquement l’évolution du gothique sur deux siècles.

Les clôtures du chœur

Les clôtures en bois du chœur, datées du XVe siècle, méritent qu’on s’y arrête longuement. Chaque panneau sculpté raconte un épisode de la vie de la Vierge ou de l’enfance du Christ. Les personnages, hauts d’une trentaine de centimètres, sont traités avec une minutie qui tient de l’orfèvrerie. On distingue les plis des vêtements, les expressions des visages, les feuilles des arbres en arrière-plan. C’est un travail de sculpteur normand au sommet de son art, et l’un des plus beaux ensembles de boiseries gothiques de la région.

Les destructions et renaissances

L’inventaire des catastrophes donne le vertige. En 1119, les troupes d’Henri Ier d’Angleterre incendient la cathédrale romane. En 1194, nouveau feu. En 1198, encore. La guerre de Cent Ans apporte son lot de ravages supplémentaires. Puis vient le bombardement de juin 1940, qui éventre la nef et pulvérise une partie des vitraux. La restauration qui suivit dura plusieurs décennies.

Mais chaque catastrophe a aussi été une chance. Sans l’incendie de 1119, pas de chœur rayonnant. Sans les destructions du XVe siècle, pas de nef flamboyante. La cathédrale d’Évreux est devenue, malgré elle, un musée vivant où chaque siècle du Moyen Âge a laissé sa signature dans la pierre et le verre.

FAQ

Pourquoi les vitraux d’Évreux sont-ils si réputés ?

Les vitraux Renaissance de la cathédrale, datant du début du XVIe siècle, figurent parmi les plus beaux de France. Ils combinent la tradition médiévale du vitrail avec les apports de la peinture italienne : profondeur spatiale, naturalisme des visages, richesse des couleurs. La chapelle de la Mère de Dieu, avec ses scènes de la vie de la Vierge réalisées entre 1500 et 1530, en offre les exemples les plus accomplis.

Combien de fois la cathédrale a-t-elle été détruite ?

Au moins six incendies majeurs ont frappé l’édifice entre le XIe et le XVe siècle, auxquels s’ajoutent les bombardements de juin 1940. Chaque reconstruction a introduit le style architectural de l’époque, ce qui explique la coexistence d’éléments romans, gothiques rayonnants, gothiques flamboyants et Renaissance au sein d’un même monument.

Quel est le meilleur moment pour voir les vitraux ?

Les vitraux Renaissance de la chapelle axiale sont orientés vers l’est. Le matin, entre 9 h et 11 h, le soleil les traverse directement et les couleurs atteignent leur intensité maximale. Les vitraux de la nef, orientés au sud, sont à leur meilleur en milieu de journée. Pour profiter de l’ensemble, une visite en matinée reste le choix le plus judicieux.

La cathédrale est-elle accessible gratuitement ?

Oui. L’entrée est libre et gratuite du mardi au dimanche, de 9 h à 12 h puis de 14 h à 18 h. Comptez environ 45 minutes pour une visite complète. Aucune réservation n’est nécessaire.