Cathédrale de Laon : ses bœufs et le gothique primitif

Style architectural
Gothique primitif
Construction
1155-1235
Hauteur
56m

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 8h30-18h30
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
1h
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Cathédrale de Laon
Uoaei1• CC BY-SA 4.0

La sentinelle perchée sur la plaine picarde

On la voit de loin. Depuis la route, depuis le train, depuis les champs de betteraves qui s’étalent à perte de vue : la cathédrale Notre-Dame de Laon surgit au sommet de sa butte témoin, à plus de cent mètres au-dessus de la plaine picarde. Cinq tours découpent le ciel. Le projet initial en prévoyait sept. L’effet est déjà saisissant avec cinq.

Édifiée entre 1155 et 1235, elle fait partie des tout premiers grands édifices gothiques de France. L’architecte Villard de Honnecourt, au XIIIe siècle, l’a jugée assez remarquable pour la dessiner dans son célèbre carnet, un des rares documents médiévaux sur le métier de bâtisseur.

Ce qui rend Laon passionnante, c’est son caractère de transition. Les murs sont encore épais, les piliers robustes : on sent le roman. Mais les arcs brisés, les voûtes d’ogives, les tribunes à claire-voie sont déjà pleinement gothiques. Cette cathédrale tient les deux mondes dans ses pierres, et c’est précisément ce qui en fait un édifice irremplaçable pour quiconque veut comprendre la naissance du gothique.

Les bœufs légendaires des tours

Levez les yeux vers le sommet des tours. Vous y verrez seize statues de bœufs grandeur nature, sculptées avec un réalisme frappant, les pattes solidement plantées, les museaux tournés vers la plaine. Ces bœufs sont uniques dans l’architecture gothique française.

Pourquoi des bœufs ? Parce que ce sont eux qui halèrent les pierres de construction le long des pentes raides de la colline. La légende locale ajoute un épisode merveilleux : un bœuf épuisé par l’effort aurait été rejoint par un animal inconnu, apparu de nulle part pour aider ses congénères à monter les derniers blocs. Puis il disparut, sans que personne ne sache d’où il venait.

Au-delà de cette histoire, la présence des bœufs dit quelque chose de profond. Les cathédrales médiévales célèbrent d’ordinaire la gloire divine ou la puissance épiscopale. Laon rend hommage au labeur, au travail des bêtes et des hommes qui ont rendu possible la construction. C’est rare. C’est émouvant.

Une cité médiévale préservée

La cathédrale ne se comprend pas sans la ville qui l’entoure. La cité haute de Laon, ceinte de remparts dont une grande partie subsiste encore, forme l’un des ensembles médiévaux les mieux conservés du nord de la France. Ruelles étroites, hôtels particuliers des XIIe et XIIIe siècles, anciens bâtiments abbatiaux : le décor n’a guère changé depuis huit cents ans. On marche ici sur les mêmes pavés que les écoliers qui venaient suivre les cours de l’école cathédrale.

La position dominante de Laon en fit une place stratégique convoitée pendant des siècles. Sous les derniers rois carolingiens, la ville était capitale du royaume. Elle perdit ce rang au profit de Paris quand les Capétiens prirent le pouvoir. Mais l’ambition de sa cathédrale garde la trace de cette grandeur passée : on a bâti ici un édifice digne d’une capitale, pas d’une simple ville épiscopale.

L’intérieur : lumière et harmonie

L’intérieur surprend par sa luminosité. L’élévation à quatre niveaux, grandes arcades, tribunes, triforium et fenêtres hautes, laisse entrer généreusement la lumière du jour. La nef mesure 110 mètres de long et s’élève à 24 mètres sous voûte. Les proportions privilégient l’harmonie plutôt que la démesure : on ne cherche pas ici à écraser le visiteur, mais à l’accueillir.

Le chœur adopte un plan rectangulaire inspiré des modèles cisterciens, ce qui le distingue des absides arrondies habituelles des cathédrales françaises. Certains spécialistes y voient une influence anglaise. Cette rigueur géométrique produit un effet particulier : les grandes verrières du chevet plat inondent le sanctuaire d’une lumière uniforme, presque blanche, qui apaise immédiatement.

La rosace occidentale, datant du XIIIe siècle, mérite qu’on s’y attarde. D’un diamètre de neuf mètres, elle représente les arts libéraux et les sciences. Le choix du sujet n’est pas anodin : l’école cathédrale de Laon rivalisait alors avec celle de Paris. Le mobilier comprend aussi des stalles du XVIIIe siècle et un orgue de tribune dont le buffet remonte au XVIIe siècle.

L’héritage intellectuel de Laon

Avant que Paris ne monopolise la vie intellectuelle française, Laon comptait parmi les grands centres de pensée européens. L’école cathédrale, dirigée par Anselme de Laon au début du XIIe siècle, attirait des étudiants de tout le continent pour y étudier la théologie. Cet héritage se lit dans l’iconographie savante de l’édifice, dans cette rosace consacrée aux arts libéraux, dans ces programmes sculptés qui s’adressent à un public lettré. Laon n’est pas seulement une prouesse architecturale. C’est un monument intellectuel.

FAQ

Pourquoi y a-t-il des bœufs au sommet des tours de la cathédrale de Laon ?

Les seize statues de bœufs rendent hommage aux animaux de trait qui transportèrent les lourdes pierres de construction jusqu’au sommet de la colline. Selon la légende, un bœuf serait même apparu miraculeusement pour prêter main-forte lors des travaux les plus difficiles. Ces sculptures sont uniques dans l’architecture gothique française et rappellent le rôle essentiel du travail animal dans la construction des cathédrales.

Comment accéder à la cité médiévale de Laon ?

La ville haute est accessible en voiture par plusieurs routes sinueuses, mais le moyen le plus original est le Poma, un métro automatique sur pneumatiques qui relie la gare située en ville basse au sommet de la colline en trois minutes. Le trajet offre une vue spectaculaire sur la plaine environnante. Une fois en haut, la cité se parcourt facilement à pied et la cathédrale se trouve au cœur du quartier médiéval.

La cathédrale de Laon devait-elle avoir sept tours ?

Le projet initial prévoyait effectivement sept tours : deux en façade occidentale, deux à chaque bras du transept et une tour-lanterne à la croisée. Seules cinq furent achevées. Même avec cinq tours, Laon reste l’une des cathédrales les plus impressionnantes de France par son profil hérissé, absolument unique dans le paysage gothique.

Quand visiter la cathédrale de Laon ?

La cathédrale est ouverte tous les jours de 8h30 à 18h30. L’entrée est gratuite. Comptez environ une heure pour la visite. Le meilleur moment pour apprécier la lumière intérieure est le matin, quand le soleil traverse les verrières orientales. En été, des visites guidées des tours permettent d’approcher les fameux bœufs et de profiter du panorama sur la plaine picarde.