Cathédrale de Limoges : jubé Renaissance et portail

Style architectural
Gothique
Construction
1273-1888
Hauteur
Non renseignée

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 8h30-18h30
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
45min
gothique Limousin jube Renaissance portail Saint-Jean Haute-Vienne
Cathédrale de Limoges
Patrick Nouhailler's…• CC BY-SA 3.0

Six siècles pour bâtir une cathédrale

Six cent quinze ans. C’est le temps qu’il a fallu pour achever la cathédrale Saint-Étienne de Limoges. La première pierre fut posée en 1273, sous l’impulsion de l’évêque Aymeric de Malemort. La dernière intervention significative date de 1888. Entre les deux, des décennies d’activité fébrile alternèrent avec de longues périodes d’abandon pur et simple. Le chantier connut les guerres, les épidémies, les crises de financement. Pourtant, malgré cette construction fragmentée, l’édifice final garde une unité gothique cohérente.

Un détail frappe dès l’extérieur : le clocher-porche semble détaché de la nef. Il l’était, d’ailleurs, pendant des siècles. Ce clocher est un vestige de l’ancienne cathédrale romane. Quand les bâtisseurs du XIIIe siècle commencèrent le nouvel édifice par le chœur, ils conservèrent le vieux clocher à l’ouest. Le raccordement entre les deux ne fut réalisé qu’au XIXe siècle.

Le portail Saint-Jean, chef-d’œuvre de pierre

Sur le flanc nord du transept, le portail Saint-Jean est la pièce maîtresse de la sculpture à Limoges. Il date du début du XIVe siècle. Le tympan représente la vie de saint Étienne, patron de la cathédrale, avec une finesse de ciseau remarquable. Les voussures déroulent un programme iconographique dense : prophètes, apôtres, scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Les figures ont des drapés fluides, des visages expressifs. On sent l’influence des grands ateliers parisiens, mais avec quelque chose de différent, une sensibilité propre au Limousin. Les scènes narratives se lisent avec une clarté voulue. Au Moyen Âge, ce portail fonctionnait comme un livre d’images pour les fidèles qui ne savaient pas lire. Chaque panneau racontait un épisode que le curé pouvait commenter devant ses paroissiens.

Le jubé : un rescapé miraculeux

Le jubé de Limoges est un objet rare. En France, la quasi-totalité des jubés ont été détruits entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Le clergé post-tridentin voulait ouvrir la perspective vers le maître-autel ; les révolutionnaires achevèrent ce que la Contre-Réforme avait commencé. Or celui de Limoges a survécu.

Réalisé entre 1533 et 1535, il se dresse entre la nef et le chœur comme un écran de pierre finement ciselée. Son décor est fascinant parce qu’il mêle deux époques. On y trouve des arcs en accolade typiquement gothiques flamboyants à côté de médaillons et de guirlandes purement Renaissance. Le jubé a survécu grâce à un hasard du calendrier : quand les campagnes de démolition battaient leur plein dans le reste de la France, celui de Limoges venait tout juste d’être achevé. Trop neuf pour être détruit, peut-être.

Lumière et sobriété à l’intérieur

L’intérieur ne cherche pas la démesure. La nef s’élève à environ 18 mètres sous voûte, modeste comparée aux 42 mètres de Beauvais ou aux 37 mètres d’Amiens. Mais cette retenue produit un effet différent : on se sent accueilli, pas écrasé. Les piliers cylindriques, dépourvus de chapiteaux sculptés, montent droit jusqu’aux nervures des voûtes. L’espace respire.

Les vitraux ont partiellement été remplacés au XIXe siècle, mais les verrières du chœur, datées du XIVe siècle, sont d’origine. Elles présentent des figures de saints et de prophètes dans des lancettes aux couleurs profondes, des bleus et des rouges qui n’ont rien perdu de leur intensité. La rosace du transept nord, avec ses médaillons narratifs, offre un bel exemple de l’art du vitrail limousin.

Les jardins de l’évêché et les émaux

La cathédrale s’inscrit dans un quartier épiscopal bien conservé. Les jardins de l’évêché, aménagés en terrasses au-dessus de la Vienne, offrent un panorama sur la ville basse et les ponts médiévaux. Le palais épiscopal, transformé en musée des Beaux-Arts, abrite la plus importante collection d’émaux limousins au monde.

Le lien entre Limoges et les émaux remonte au XIIe siècle. D’abord les émaux champlevés sur cuivre, puis les émaux peints de la Renaissance. La cathédrale conserve dans son trésor plusieurs pièces d’émail limousin. Visiter la cathédrale puis le musée permet de comprendre comment, pendant huit siècles, la vie religieuse et l’artisanat des émaux se sont nourris mutuellement dans cette ville.

FAQ

Qu’est-ce qu’un jubé et pourquoi celui de Limoges est-il exceptionnel ?

Un jubé est une tribune de pierre ou de bois qui séparait, dans les églises médiévales, le chœur réservé au clergé de la nef accessible aux fidèles. Presque tous ont été détruits entre le XVIe et le XVIIIe siècle pour ouvrir la vue vers le maître-autel. Celui de Limoges, réalisé entre 1533 et 1535, est l’un des très rares à avoir survécu en France. Son décor mêle gothique flamboyant et motifs Renaissance.

Pourquoi le clocher est-il séparé de la nef ?

Le clocher-porche est un vestige de l’ancienne cathédrale romane qui précédait l’édifice gothique actuel. La construction de la nouvelle cathédrale, commencée par le chœur en 1273, progressa lentement vers l’ouest sans que l’ancien clocher soit démoli. Le raccordement entre les deux structures ne fut réalisé qu’au XIXe siècle, d’où cette disposition inhabituelle.

Peut-on voir des émaux limousins dans la cathédrale ?

Le trésor de la cathédrale conserve quelques pièces d’émail limousin, mais la collection majeure se trouve au musée des Beaux-Arts, installé dans l’ancien palais épiscopal juste à côté. Ce musée abrite la plus grande collection d’émaux limousins au monde. Les deux sites se visitent facilement dans la même demi-journée.

Quels sont les horaires de visite de la cathédrale ?

La cathédrale Saint-Étienne est ouverte tous les jours de 8h30 à 18h30. L’entrée est gratuite. Comptez environ 45 minutes pour la visite. Le portail Saint-Jean se trouve à l’extérieur, côté nord, et le jubé est visible dès l’entrée dans la nef.