Cathédrale de Metz : la lanterne du Bon Dieu

Style architectural
Gothique
Construction
1220-1520
Hauteur
88m

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 8h-18h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
1h-1h30
gothique vitraux Lorraine Chagall Lanterne du Bon Dieu
Cathédrale Saint-Étienne de Metz
Benh LIEU SONG• CC BY-SA 3.0

La cathédrale de lumière

On surnomme la cathédrale de Metz la lanterne du Bon Dieu. Il suffit d’y entrer une seule fois pour comprendre pourquoi. Avec ses 6 500 m² de vitraux, Saint-Étienne de Metz possède la plus grande surface vitrée de toutes les cathédrales de France, devant Chartres, devant Bourges, devant toutes les autres. La lumière ne se contente pas d’entrer dans cet édifice : elle le constitue. Selon l’heure du jour et la saison, la nef change complètement de caractère. Le matin, les vitraux orientaux projettent des bleus et des rouges profonds sur les piliers. L’après-midi, les verrières occidentales prennent le relais avec des tonalités plus chaudes. On ne visite pas cette cathédrale, on l’habite le temps d’une heure.

Un chantier de trois siècles

La cathédrale actuelle résulte d’une opération architecturale audacieuse menée au XIIIe siècle : la fusion de deux églises adjacentes, la collégiale Notre-Dame-la-Ronde et l’ancienne cathédrale Saint-Étienne. Cette réunion explique la largeur exceptionnelle de la nef, 15,6 mètres, et la hauteur vertigineuse des voûtes qui culminent à 41,4 mètres. C’est la troisième hauteur sous voûte de France, après Beauvais (48 m) et Amiens (42,3 m). Le chantier s’étala de 1220 à 1520, soit trois siècles complets de travaux, mais le résultat est d’une cohérence remarquable.

La structure et les proportions

Ce qui frappe en entrant, c’est le rapport entre la hauteur et la largeur. Les murs de la nef sont presque entièrement ajourés. Les architectes messins ont poussé le principe gothique à son extrême logique : réduire la pierre au strict minimum structurel pour laisser place au verre. Les piliers sont fins, les arcs-boutants discrets vus de l’extérieur, et pourtant l’ensemble tient depuis huit siècles. Cette prouesse technique n’est pas gratuite : elle sert un projet spirituel. L’idée, ici, c’est que le mur disparaisse et que la lumière divine envahisse l’espace sacré sans obstacle. Les bâtisseurs de Metz y sont parvenus mieux que quiconque.

Les vitraux, du Moyen Âge à Chagall

Six mille cinq cents mètres carrés de vitraux couvrent huit siècles de création verrière. Les plus anciens, dans le transept et les parties hautes de la nef, déploient la palette riche et dense du gothique classique : des bleus intenses, des rouges sang, des verts profonds. Certains panneaux datent du XIIIe siècle et rivalisent avec ceux de Chartres par leur intensité chromatique.

Hermann de Munster et le XIVe siècle

Au XIVe siècle, le maître verrier Hermann de Munster réalisa les grandes verrières du transept ouest. Son oeuvre, monumentale, représente des scènes de la vie de saint Paul avec une maîtrise du dessin et de la couleur qui en fait l’un des ensembles de vitraux les plus importants de la période gothique en Lorraine. Ces verrières mesurent près de 11 mètres de hauteur et conservent une grande partie de leur verre d’origine.

Marc Chagall et la lumière du XXe siècle

Les vitraux les plus célèbres de la cathédrale sont ceux de Marc Chagall, réalisés entre 1958 et 1968. Dans le déambulatoire nord et le transept, Chagall a déployé son univers poétique avec des figures flottantes, des couleurs oniriques et des scènes bibliques transfigurées par le rêve. Le bleu de Chagall est immédiatement reconnaissable. Ses vitraux ne cherchent pas à imiter le Moyen Âge, ils dialoguent avec lui. Le résultat est saisissant : des verrières du XIIIe siècle et des créations du XXe cohabitent dans le même espace sans que l’une écrase l’autre. Cette cohabitation réussie est l’un des plus beaux exemples d’intégration d’art contemporain dans un édifice médiéval en France.

Jacques Villon et les autres verriers modernes

Chagall n’est pas le seul artiste moderne à avoir travaillé pour la cathédrale. Jacques Villon, frère de Marcel Duchamp, réalisa des vitraux pour le déambulatoire gauche en 1957, un an avant Chagall. Roger Bissière intervint également sur d’autres baies. Cette accumulation de talents, du XIIIe au XXe siècle, fait de la cathédrale de Metz un véritable musée du vitrail à ciel ouvert.

La tour de la Mutte et l’extérieur

La tour de la Mutte, haute de 88 mètres, domine le paysage messin. Elle abrite la célèbre cloche du même nom, un bourdon de 11 tonnes qui est l’un des plus imposants de France. Le nom “Mutte” vient de l’ancien français “ameutir” : cette cloche servait à ameuter la population en cas de danger ou d’incendie. Elle sonna pour la dernière fois en situation d’urgence en 1961.

Le portail de la Vierge

L’extérieur de la cathédrale mérite qu’on en fasse le tour complet. Le portail de la Vierge, sur le flanc nord, conserve un programme sculpté du XIIIe siècle avec des scènes de la vie de la Vierge Marie d’une qualité fine. La pierre de Jaumont, calcaire jaune doré caractéristique de la région messine, donne à l’ensemble une teinte chaude qui change selon la lumière du jour. Au soleil couchant, la cathédrale prend des reflets presque orangés.

Une cathédrale entre France et Allemagne

L’histoire de la cathédrale de Metz est indissociable de la position frontalière de la ville. Annexée par l’Empire allemand en 1871, Metz ne redevint française qu’en 1918. Pendant l’annexion, les Allemands entreprirent des travaux de restauration importants sur la cathédrale, notamment sur le portail néogothique conçu par l’architecte Paul Tornow. Ce portail, qui fait face à la place d’Armes, fut voulu comme une démonstration de la grandeur germanique. Il remplaça un portail classique du XVIIIe siècle que beaucoup regrettent encore aujourd’hui. La cathédrale porte ainsi les traces de cette histoire tourmentée, entre culture française et culture allemande, et c’est aussi ce qui fait sa richesse.

FAQ

Quelle est la meilleure heure pour voir les vitraux de la cathédrale de Metz ?

Le matin, de préférence entre 9 h et 11 h, pour les vitraux est, notamment ceux de Chagall dans le déambulatoire nord. L’après-midi, à partir de 14 h, pour les grandes verrières occidentales d’Hermann de Munster. Les jours de grand soleil offrent évidemment les plus beaux effets, mais même par temps couvert, la quantité de surface vitrée produit une luminosité intérieure étonnante.

Les vitraux de Chagall sont-ils dans la cathédrale même ?

Oui, les vitraux de Chagall sont intégrés directement dans l’architecture gothique de la cathédrale, et non dans un bâtiment annexe. Ils se trouvent dans le déambulatoire nord et le transept. L’accès est gratuit et les vitraux sont visibles pendant toutes les heures d’ouverture de la cathédrale.

Pourquoi la cathédrale de Metz est-elle surnommée lanterne du Bon Dieu ?

Ce surnom vient de ses 6 500 m² de vitraux, la plus grande surface vitrée de toutes les cathédrales françaises. Les murs de la nef sont réduits au strict minimum structurel, laissant une place maximale au verre et à la lumière. L’effet, surtout en fin de matinée quand le soleil traverse les verrières orientales, justifie pleinement ce surnom populaire apparu au cours du XIXe siècle.

Comment accéder à la cathédrale de Metz ?

La cathédrale se trouve en plein centre-ville, sur la place d’Armes. Depuis la gare de Metz-Ville, desservie par le TGV depuis Paris en 1 h 20, comptez environ 10 minutes à pied par la rue Gambetta. L’entrée est gratuite. La cathédrale est ouverte tous les jours de 8 h à 18 h, avec des horaires étendus en été.