Une cathédrale qui ressemble à une forteresse
On ne s’attend pas à ça. Dans le quartier historique de Montpellier, à deux pas de la célèbre faculté de médecine, la cathédrale Saint-Pierre se présente comme un bloc de pierre massif et austère. Pas de flèches élancées, pas de portails sculptés, pas de rosace monumentale. La silhouette évoque davantage un ouvrage militaire qu’un lieu de prière. Cette rudesse a une explication : Saint-Pierre n’a jamais été conçue comme cathédrale. Fondée en 1364 comme simple chapelle du monastère Saint-Benoît, elle ne reçut ce titre qu’en 1536, lorsque le siège épiscopal fut transféré de Maguelone à Montpellier.
Mais ce que l’on remarque d’abord, avant même l’austérité des murs, c’est le porche à baldaquin. Deux énormes piliers coniques en pierre soutiennent un auvent monumental devant l’entrée principale. Rien de comparable n’existe dans aucune autre cathédrale française. Cette structure spectaculaire, à la fois déroutante et imposante, donne le ton : Saint-Pierre de Montpellier ne ressemble à rien d’autre.
Le porche à baldaquin, pièce unique
Deux piliers et un mystère
Le porche se compose de deux piliers cylindriques d’un diamètre impressionnant, hauts de plusieurs mètres, qui supportent un vaste auvent de pierre. La construction date du XIVe siècle. Son origine fait encore débat parmi les historiens. Certains y voient l’influence des porches d’églises fortifiées du Midi. D’autres pensent à une adaptation des baldaquins liturgiques italiens. Personne ne peut trancher avec certitude. Ce qui est sûr, c’est que l’effet produit est saisissant : l’entrée acquiert une monumentalité disproportionnée par rapport à la sobriété du reste de la façade.
Un rôle défensif probable
L’hypothèse défensive ne manque pas d’arguments. Montpellier, acquise aux idées protestantes durant les guerres de Religion, fut le théâtre d’affrontements violents aux XVIe et XVIIe siècles. La cathédrale subit des dégâts considérables lors du siège de 1622 par les troupes royales de Louis XIII. Un porche aussi massif pouvait servir de premier rempart devant l’accès à l’église, ou du moins ralentir un assaut.
Les guerres de Religion : deux destructions
1567 et 1622
L’histoire de Saint-Pierre est indissociable de la violence religieuse. Montpellier, gagnée à la Réforme dès les années 1560, vit sa cathédrale dévastée une première fois en 1567. Les protestants abattirent la majeure partie de l’édifice. Seuls le chœur et le porche à baldaquin restèrent debout. L’église fut même convertie en temple protestant avant d’être restituée aux catholiques. Puis vint le siège de 1622, qui causa de nouveaux dommages importants.
Une reconstruction fidèle au XIVe siècle
La reconstruction, entreprise après 1622, s’étala sur plusieurs décennies. Les architectes firent le choix de rester fidèles au gothique méridional du XIVe siècle plutôt que d’adopter le style baroque alors en vogue. La nef fut rebâtie en une seule et vaste travée, large et haute, sans bas-côtés. C’est le principe même du gothique languedocien : un espace intérieur ample, conçu pour la prédication, où la voix du prédicateur porte sans obstacle. Le résultat est austère, c’est vrai. Mais cette austérité n’est pas un défaut. Elle donne à l’espace une gravité que les cathédrales plus ornées n’ont pas toujours.
La faculté de médecine, voisine depuis huit siècles
Rabelais a prié ici
La cathédrale Saint-Pierre jouxte la plus ancienne faculté de médecine en activité du monde occidental, fondée en 1220. Les bâtiments monastiques qui entouraient la chapelle Saint-Benoît furent progressivement convertis en locaux universitaires. Rabelais, qui obtint son diplôme de médecine à Montpellier en 1537, fréquentait forcément cette église voisine de l’université. On imagine sans peine le futur auteur de Gargantua, assis dans la nef, l’esprit déjà occupé par des pensées moins pieuses que ne l’aurait souhaité le chapitre.
Un quartier où se concentre l’histoire
Le jardin des plantes de Montpellier, le plus ancien de France (1593), se trouve lui aussi à quelques minutes à pied de la cathédrale. Dans un périmètre restreint coexistent patrimoine religieux, héritage universitaire et mémoire scientifique. Marcher de la cathédrale au jardin des plantes en passant par la faculté de médecine, c’est traverser huit siècles d’histoire intellectuelle du Languedoc en moins d’un quart d’heure.
L’intérieur : la force du vide
La nef unique, large de 22 mètres, monte à 25 mètres sous voûte. Pas de forêt de colonnes, pas de nefs latérales : un seul volume, massif et nu. Les chapelles latérales, ouvertes entre les contreforts intérieurs, abritent quelques peintures des XVIIe et XVIIIe siècles. Le grand orgue, œuvre de Jean-Pierre Cavaillé au XVIIIe siècle, est l’un des instruments historiques les plus remarquables de la région. Mais c’est l’espace lui-même qui impressionne, plus que son contenu. On comprend, en se tenant au milieu de cette nef dépouillée, pourquoi le gothique méridional a choisi la puissance du vide plutôt que la profusion décorative.
FAQ
Qu’est-ce que le porche à baldaquin de Montpellier ?
Le porche à baldaquin est une structure monumentale en pierre composée de deux énormes piliers cylindriques qui soutiennent un vaste auvent devant l’entrée principale de la cathédrale. Cette construction du XIVe siècle est unique en France. Son origine et sa fonction exactes restent débattues : abri liturgique, élément défensif ou démonstration de virtuosité architecturale, les historiens ne s’accordent pas.
La cathédrale a-t-elle été détruite pendant les guerres de Religion ?
La cathédrale fut gravement endommagée à deux reprises. En 1567, les protestants détruisirent la majeure partie de l’édifice. Lors du siège de 1622 par les troupes de Louis XIII, elle subit de nouveaux dégâts importants. Seuls le chœur et le porche à baldaquin survécurent à ces destructions. La nef actuelle, entièrement reconstruite au XVIIe siècle, explique l’austérité de l’intérieur.
Quel est le lien entre la cathédrale et la faculté de médecine ?
La cathédrale Saint-Pierre occupe les murs de l’ancienne chapelle du monastère Saint-Benoît, dont les bâtiments furent convertis en locaux universitaires pour la faculté de médecine de Montpellier, fondée en 1220. C’est la plus ancienne faculté de médecine en activité du monde occidental. Rabelais y obtint son diplôme en 1537 et connaissait bien cette église voisine.
Pourquoi l’intérieur de la cathédrale est-il si sobre ?
L’austérité intérieure s’explique par deux facteurs. Le gothique méridional privilégie les grands volumes nus, conçus pour la prédication, sans les bas-côtés et la décoration foisonnante du gothique du nord de la France. Les destructions des guerres de Religion (1567 et 1622) ont emporté l’essentiel du décor ancien, et la reconstruction du XVIIe siècle n’a pas cherché à le remplacer.




