Cathédrale de Nantes : des voûtes plus hautes que Paris

Style architectural
Gothique flamboyant
Construction
1434-1891
Hauteur
63m (tours)

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 8h30-19h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
45min-1h
gothique flamboyant Bretagne tombeau Francois II Loire-Atlantique voûtes
Cathédrale de Nantes
Eusebius• CC BY 3.0

Un chantier de quatre siècles et demi

La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes défie la logique. Premier coup de pioche en 1434. Achèvement en 1891. Quatre cent cinquante-sept ans de travaux. C’est l’un des plus longs chantiers de l’histoire des cathédrales françaises.

Le plus étonnant, c’est que ça ne se voit pas. Les architectes qui se sont succédé sur le projet sont restés fidèles au dessin gothique initial, refusant de céder aux modes successives. Ni Renaissance, ni baroque, ni classicisme n’ont laissé leur empreinte sur les murs. Le résultat est un édifice d’une cohérence stylistique remarquable, comme si les 457 ans de chantier s’étaient concentrés en une seule campagne de construction.

Mais la vraie surprise attend à l’intérieur. Les voûtes de la nef montent à 37,5 mètres. C’est 4,5 mètres de plus que Notre-Dame de Paris. L’extérieur, assez sobre, ne laisse rien deviner de cette envolée verticale. On entre, on lève la tête, et le choc est immédiat.

Le tombeau de François II : chef-d’œuvre absolu

Le tombeau de François II, dernier duc de Bretagne, et de son épouse Marguerite de Foix se trouve dans le bras droit du transept. Commandé par leur fille Anne de Bretagne, reine de France, et sculpté par Michel Colombe entre 1502 et 1507, c’est le plus beau tombeau de la Renaissance française. L’affirmation n’est pas excessive. Aucun autre monument funéraire de cette époque n’atteint ce degré de finesse.

Le sarcophage rectangulaire en marbre blanc de Carrare porte les gisants du duc et de la duchesse, les mains jointes. Quatre statues d’angle grandeur nature représentent les vertus cardinales. La Prudence est la plus célèbre : elle a deux visages. Celui d’une jeune femme à l’avant, celui d’un vieillard à l’arrière. La sagesse regarde à la fois ce qui vient et ce qui s’en va.

Ce tombeau n’est pas seulement un chef-d’œuvre artistique. Pour les Bretons, il incarne la mémoire de l’indépendance perdue. François II fut le dernier souverain d’une Bretagne libre. Sa fille Anne négocia le rattachement à la France en préservant les droits et les libertés de la province. Devant ce marbre blanc, c’est toute une histoire qui remonte à la surface.

La lumière du tuffeau

L’intérieur de la cathédrale de Nantes est lumineux. Anormalement lumineux pour un édifice gothique. La pierre de tuffeau, ce calcaire tendre et clair que l’on extrait dans la vallée de la Loire, réfléchit la moindre parcelle de jour. Les murs semblent phosphorescents quand le soleil entre par les grandes fenêtres du chœur.

Ces fenêtres, justement, sont pour la plupart dépourvues de vitraux anciens. La Révolution d’abord, les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ensuite ont détruit les verrières médiévales. Le verre clair qui les remplace laisse entrer une lumière franche, presque crue. Certains regretteront l’absence de couleurs. D’autres y verront un avantage : la structure gothique, d’ordinaire noyée dans la pénombre, se révèle ici dans toute sa rigueur géométrique.

Des voûtes qui rivalisent avec Amiens

Les voûtes d’ogives de la nef culminent à 37,5 mètres. C’est moins qu’Amiens (42,3 mètres) ou que Beauvais (48,5 mètres), mais davantage que Paris, Chartres ou Reims. Pour un édifice gothique tardif, commencé à une époque où la course à la hauteur n’était plus une priorité, cette élévation est surprenante.

Les piliers fasciculés montent d’un seul jet, du sol jusqu’aux nervures. Aucune interruption, aucun chapiteau ne vient casser l’élan vertical. La nef est relativement étroite, ce qui accentue encore l’impression de hauteur. On se sent aspiré vers le haut. L’effet est physique, presque vertigineux.

Deux incendies, une cathédrale debout

L’histoire de la cathédrale de Nantes est aussi une histoire de feu. Le 28 janvier 1972, un incendie dévastateur ravagea la toiture. La charpente du XVe siècle, cinq siècles de chêne sec, brûla en quelques heures. Le plomb fondu coula à l’intérieur de l’édifice, creusant des sillons dans les dalles du sol. La restauration dura treize ans.

Le 18 juillet 2020, un incendie criminel frappa à nouveau. Le grand orgue du XVIIe siècle, un instrument d’une valeur considérable, fut en grande partie détruit. Un vitrail du XVe siècle et un tableau du XIXe siècle furent aussi gravement endommagés. L’auteur, un bénévole de la paroisse, fut arrêté et condamné. L’émotion fut immense à Nantes et bien au-delà. La restauration est toujours en cours, et la reconstruction de l’orgue, envisagée, prendra des années.

Malgré ces épreuves, la cathédrale tient. Ses voûtes de tuffeau ont résisté là où d’autres se seraient effondrées. La pierre tendre, souvent critiquée pour sa fragilité face aux intempéries, a montré une résistance inattendue face au feu.

Nantes, la Bretagne et sa cathédrale

La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est indissociable de l’histoire du duché de Bretagne. L’évêque Jean de Malestroit lança sa construction en 1434 avec le soutien du duc Jean V. Le château des ducs, situé à 200 mètres à peine, formait avec elle le cœur du pouvoir breton.

C’est aussi à deux pas de la cathédrale qu’Henri IV signa l’édit de Nantes en 1598, mettant fin à trente-six ans de guerres de Religion. La cathédrale avait elle-même souffert de ces conflits. Sa construction, interrompue à plusieurs reprises, n’en fut que plus longue.

FAQ

Les voûtes de Nantes sont-elles vraiment plus hautes que Notre-Dame de Paris ?

Oui. Les voûtes de la nef atteignent 37,5 mètres à Nantes contre 33 mètres à Paris, soit 4,5 mètres de différence. Seules les cathédrales d’Amiens (42,3 mètres) et de Beauvais (48,5 mètres) dépassent significativement Nantes parmi les cathédrales gothiques françaises. Ce record est d’autant plus surprenant que le chantier nantais débuta en 1434, bien après l’âge d’or des grandes élévations gothiques.

Qui a sculpté le tombeau de François II ?

Michel Colombe, né à Bourges vers 1430, est l’auteur du tombeau. Il le réalisa entre 1502 et 1507, à plus de 70 ans, pour le compte d’Anne de Bretagne. Le sarcophage associe du marbre blanc de Carrare et du marbre noir de Gênes. La statuaire mêle les derniers raffinements du gothique flamboyant et les premières influences de la Renaissance italienne. Colombe mourut peu après l’achèvement de l’œuvre. Ce tombeau est unanimement considéré comme son chef-d’œuvre.

Que s’est-il passé lors de l’incendie de 2020 ?

Le 18 juillet 2020, trois départs de feu simultanés furent allumés à l’intérieur de la cathédrale. Le grand orgue du XVIIe siècle, un vitrail du XVe siècle et un tableau du XIXe siècle furent gravement endommagés. L’orgue, en particulier, est une perte considérable pour le patrimoine musical français. L’auteur, un bénévole chargé de la fermeture de l’édifice, a été condamné. Les travaux de restauration se poursuivent.

La cathédrale de Nantes est-elle ouverte pendant les travaux ?

Oui. Malgré les restaurations en cours, la cathédrale reste ouverte aux visiteurs et aux fidèles tous les jours de 8h30 à 19h. L’entrée est gratuite. Certaines zones peuvent être temporairement inaccessibles selon l’avancement du chantier. Le tombeau de François II, dans le transept droit, est normalement visible.

Activités et visites guidées

Powered by Viator — une société Tripadvisor