Cathédrale Notre-Dame de Noyon : gothique primitif

Style architectural
Gothique primitif / de transition
Construction
1145-1235
Hauteur
55m (tours)

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 9h-12h, 14h-18h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
45min-1h
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Cathédrale Notre-Dame Noyon gothique primitif
GO69• Public domain

Aux sources du gothique français

La cathédrale Notre-Dame de Noyon appartient à un groupe très restreint : celui des quatre premières cathédrales gothiques de France, avec Sens, Senlis et Laon. Le chantier démarra en 1145. Dix ans seulement après la consécration de l’abbatiale de Saint-Denis, là où le gothique venait de naître. Les maçons de Noyon ne reproduisaient pas un modèle établi. Ils inventaient.

Aujourd’hui, Noyon est une petite ville tranquille de l’Oise. 14 000 habitants, une sous-préfecture que les voyageurs traversent sans s’arrêter. Mais au Moyen Âge, l’endroit pesait lourd. Charlemagne y fut couronné roi des Francs en 768. Hugues Capet y fut élu roi en 987, fondant une dynastie qui régna huit siècles. Deux sacres dans la même ville : peu d’endroits en France peuvent rivaliser.

Le gothique de transition : un langage en construction

Quatre niveaux au lieu de trois

En entrant dans la nef, on voit tout de suite la différence avec les cathédrales gothiques plus tardives. L’élévation compte quatre niveaux : grandes arcades, tribunes, triforium, fenêtres hautes. Chartres et les cathédrales postérieures supprimeront les tribunes pour agrandir les fenêtres et inonder la nef de lumière. À Noyon, les tribunes sont encore là. Massives. Héritées de l’architecture romane. Les bâtisseurs n’osaient pas encore s’en passer. La stabilité de l’édifice en dépendait, ou du moins le croyaient-ils.

Des voûtes sexpartites

Les voûtes de la nef sont sexpartites : six compartiments au lieu de quatre, séparés par deux arcs diagonaux et un arc transversal intermédiaire. Ce système, propre au gothique primitif, crée une alternance de piliers forts et faibles qui donne à la nef un rythme balancé. Les cathédrales suivantes abandonneront ce dispositif au profit de la voûte quadripartite, plus légère, plus rationnelle. La voûte sexpartite de Noyon a un charme que la rationalité ne remplace pas.

Le transept arrondi

Des hémicycles au bout de chaque bras

C’est la singularité la plus frappante de Noyon. Les bras du transept ne se terminent ni par des murs plats ni par des pans coupés. Ils s’achèvent en hémicycles, des absides arrondies percées de fenêtres sur deux niveaux. La lumière y entre de partout. L’effet spatial surprend, une ampleur douce que les transepts rectilignes ne produisent jamais.

Une disposition rarissime

Seules Soissons et Tournai partagent cette particularité en France. Ce transept arrondi rappelle les églises rhénanes et certains édifices romans, un héritage que les architectes de Noyon n’avaient pas encore abandonné. Le gothique de 1145 n’était pas codifié. Les chantiers pionniers tâtonnaient, essayaient, combinaient. Cette liberté donne aux premières cathédrales gothiques une personnalité que les édifices plus aboutis n’ont pas toujours, paradoxalement.

Le quartier canonial

Un ensemble médiéval intact

Autour de la cathédrale subsiste un quartier canonial d’une intégrité rare. Cloître, salle capitulaire, bibliothèque du chapitre, ancien palais épiscopal. L’ensemble permet de comprendre comment s’organisait la vie religieuse autour d’une cathédrale au Moyen Âge. La bibliothèque à pans de bois, datée du XVIe siècle, compte parmi les plus anciennes bibliothèques conservées en France. Ses colombages sombres tranchent avec la pierre claire de la cathédrale.

Le jardin du cloître

Le cloître, reconstruit au XIIIe siècle, ouvre sur un jardin d’où l’on aperçoit le flanc sud de la cathédrale sous un angle que peu de visiteurs connaissent. Les galeries conservent quelques chapiteaux sculptés, usés par huit siècles d’intempéries picardes.

Les cicatrices de 14-18

Noyon se trouvait sur la ligne de front pendant la Première Guerre mondiale. Entre 1914 et 1918, les bombardements crevèrent la toiture, pulvérisèrent les vitraux, fragilisèrent la structure. La cathédrale faillit disparaître. La restauration, lancée dès les années 1920 par les architectes des Monuments historiques, prit des décennies. Les traces des éclats d’obus sont encore visibles dans la pierre. On ne les a pas effacées. Elles font partie de l’histoire du bâtiment autant que ses voûtes sexpartites.

FAQ

Pourquoi Noyon est-elle considérée comme l’un des berceaux du gothique ?

Commencée en 1145, la cathédrale de Noyon fait partie des quatre premières cathédrales gothiques françaises, avec Sens (1135), Senlis (1153) et Laon (1155). Ces édifices dits “de transition” inventent les formes du gothique (voûte d’ogives, arc brisé, élévation en hauteur) tout en gardant des éléments romans comme les tribunes et les voûtes sexpartites. C’est dans ces chantiers pionniers que le style gothique prit forme, avant de se diffuser à travers l’Europe.

Quel est le lien entre Noyon et les rois de France ?

Deux couronnements eurent lieu ici. En 768, Charlemagne fut sacré roi des Francs à Noyon. En 987, Hugues Capet y fut élu roi, fondant la dynastie capétienne. Reims s’imposera ensuite comme lieu exclusif du sacre à partir du XIIIe siècle, mais Noyon garde la mémoire de ces deux moments fondateurs de la monarchie française.

La cathédrale a-t-elle été endommagée pendant la Grande Guerre ?

Gravement. Noyon, proche de la ligne de front, subit des bombardements répétés entre 1914 et 1918. La toiture fut détruite, les vitraux anéantis, la maçonnerie fissurée en profondeur. La restauration, entreprise dès les années 1920, nécessita plusieurs décennies. Certaines traces de ces destructions sont volontairement conservées dans la pierre.

Peut-on visiter le quartier canonial ?

Oui. Le cloître, la salle capitulaire et la bibliothèque à pans de bois sont accessibles. Comptez une vingtaine de minutes pour parcourir l’ensemble. La bibliothèque du XVIe siècle, avec sa charpente apparente, vaut le détour à elle seule.