La sentinelle de la Cornouaille
La cathédrale Saint-Corentin de Quimper s’élève au confluent du Steïr et de l’Odet, au cœur de la capitale historique de la Cornouaille bretonne. Ses deux flèches, ajoutées au XIXe siècle, culminent à 76 mètres et dominent la vieille ville. Entre elles, une statue équestre du roi Gradlon, figure légendaire de la mythologie bretonne, veille sur la cité depuis des siècles. Ce profil découpé sur le ciel gris du Finistère est l’image même de Quimper.
Construite entre le XIIIe et le XVe siècle, la cathédrale est l’un des plus beaux exemples du gothique breton. Ce style régional adapte les principes du gothique francilien aux matériaux, aux traditions et au climat de la péninsule. Le granit gris, abondant dans le Finistère, donne à l’édifice une solidité et une sévérité qui tranchent avec la blancheur calcaire des cathédrales du Bassin parisien. Ici, pas de dentelle de pierre : la beauté naît de la masse, de la proportion, de la rigueur des lignes.
Le roi Gradlon et la légende d’Ys
La statue équestre du roi Gradlon, placée entre les deux tours, est l’élément le plus pittoresque de la cathédrale. Selon la légende, Gradlon régnait sur Ys, cité fabuleuse protégée de la mer par une digue dont il possédait seul la clé. Sa fille Dahut, débauchée et impie, déroba la clé et ouvrit les portes. La mer engloutit la ville en une nuit. Saint Gwénolé sauva Gradlon en le hissant sur son cheval et le conduisit jusqu’à Quimper, qui devint sa nouvelle capitale.
La statue le représente à cheval, fuyant les flots. On dit que la ville d’Ys repose quelque part sous la baie de Douarnenez et qu’elle resurgira un jour. Les marins bretons prétendaient entendre ses cloches par temps calme.
Jusqu’à la Révolution, une curieuse cérémonie se déroulait chaque année au sommet de la cathédrale. Le jour de la fête de sainte Cécile, un homme grimpait jusqu’à la statue de Gradlon, lui offrait un verre de vin, le buvait à sa santé, puis jetait le verre dans la foule rassemblée en contrebas. Celui qui attrapait le verre intact recevait une récompense. La tradition s’est perdue, mais elle dit quelque chose de l’attachement des Quimpérois à leur roi légendaire.
L’architecture : le gothique taillé dans le granit
La cathédrale de Quimper montre les défis et les réussites du gothique breton. Le granit, matériau extrêmement dur, ne se prête pas aux ciselures fines ni aux sculptures délicates qui ornent les cathédrales de calcaire. Les architectes bretons durent adapter le vocabulaire gothique aux contraintes de la pierre, en privilégiant les formes sobres, les profils nets et les surfaces lisses. Le résultat possède une austérité qui a son propre charme : c’est un gothique de marins et de paysans, pas de rois.
Le chœur dévié
L’une des particularités les plus intrigantes de la cathédrale est la déviation du chœur par rapport à l’axe de la nef. L’angle est visible à l’œil nu depuis l’entrée : les deux parties ne sont pas alignées. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce phénomène. Contrainte topographique liée au confluent des deux rivières ? Adaptation à des fondations préexistantes ? Symbolisme religieux figurant l’inclinaison de la tête du Christ sur la croix ? La question reste débattue parmi les historiens de l’architecture. L’explication la plus probable tient aux contraintes du terrain, car le chœur et la nef furent bâtis à des époques différentes.
L’intérieur et les vitraux
Malgré l’austérité du granit, l’intérieur révèle des espaces lumineux et harmonieux. La nef, longue de 92 mètres, s’élève à 20 mètres sous les voûtes d’ogives. Les grandes arcades en arc brisé reposent sur des piliers composés aux chapiteaux à feuillages. Le triforium, simplifié par rapport aux modèles franciliens, assure la transition entre les arcades et les fenêtres hautes.
Les vitraux du XVe siècle
Les vitraux du chœur, datant du XVe siècle, forment le trésor lumineux de la cathédrale. Ils représentent des scènes de la vie du Christ, de la Vierge et des saints bretons, dans des compositions aux couleurs vives où dominent le rouge et le bleu. Par un matin d’hiver, quand le soleil rase l’horizon et frappe ces verrières de biais, le chœur entier s’embrase de couleurs. Les vitraux de la nef, pour la plupart du XIXe siècle, complètent l’ensemble dans un style néo-médiéval qui s’intègre sans heurt aux verrières anciennes.
La polychromie retrouvée
Une restauration menée au XIXe siècle sous la direction du peintre Yan Dargent restitua une polychromie intérieure. Les cathédrales médiévales n’étaient pas les espaces gris et nus que nous imaginons souvent. Les voûtes, les nervures et les murs furent ornés de motifs géométriques et végétaux dans des tons ocre, rouge et bleu. Cette décoration, bien que partiellement effacée, reste visible dans le chœur et le transept. Elle donne une idée de l’explosion de couleurs qui frappait le fidèle médiéval en franchissant le seuil.
Les flèches du XIXe siècle
Les deux flèches qui donnent à la cathédrale sa silhouette la plus connue sont un ajout tardif. Érigées entre 1854 et 1856 grâce à une souscription populaire lancée par l’évêque Mgr Graveran, elles s’inspirent des flèches médiévales de la cathédrale de Chartres. Culminant à 76 mètres, elles furent réalisées en granit selon les techniques traditionnelles. Leur construction mobilisa les meilleurs tailleurs de pierre de Bretagne. Avant ces flèches, la cathédrale présentait deux tours tronquées, une silhouette bien différente de celle que nous connaissons.
FAQ
Qui est le roi Gradlon et pourquoi sa statue est-elle sur la cathédrale ?
Gradlon est une figure légendaire de la mythologie bretonne, réputé fondateur de Quimper. La légende raconte qu’il régnait sur la cité d’Ys, engloutie par les flots à cause de sa fille Dahut. Sauvé du cataclysme par saint Gwénolé, il s’installa à Quimper et devint le protecteur de la ville. Sa statue équestre, entre les deux tours, symbolise le lien entre la légende celtique et la foi chrétienne qui structure l’identité bretonne.
Pourquoi le chœur est-il dévié par rapport à la nef ?
La déviation du chœur est l’une des énigmes de la cathédrale. Trois hypothèses circulent : une contrainte topographique liée au confluent du Steïr et de l’Odet, la nécessité de s’aligner sur des fondations antérieures, ou un symbolisme religieux évoquant l’inclinaison de la tête du Christ. L’explication la plus vraisemblable combine les contraintes du terrain et le décalage chronologique entre la construction du chœur et celle de la nef.
Les flèches de la cathédrale sont-elles médiévales ?
Non. Les flèches actuelles datent du XIXe siècle, érigées entre 1854 et 1856 grâce à une souscription populaire. Inspirées de celles de Chartres, elles sont néanmoins construites en granit breton selon les techniques traditionnelles. Avant leur construction, la cathédrale avait deux tours tronquées, un aspect très différent de sa silhouette actuelle.
