La cathédrale des rois
De Clovis à Charles X, trente-trois rois de France furent sacrés à Reims. Le dernier sacre eut lieu en 1825. Cette tradition millénaire, fondée sur le baptême de Clovis par saint Rémi vers 496, fit de Reims la ville sainte de la monarchie française pendant plus de treize siècles. Aucune autre cathédrale en Europe ne peut revendiquer un tel rôle politique.
La Sainte Ampoule, fiole contenant l’huile sacrée censée avoir été apportée par une colombe lors du baptême de Clovis, était conservée à l’abbaye voisine de Saint-Remi. Chaque roi de France devait recevoir l’onction de cette huile pour que son sacre soit légitime. Pas de Sainte Ampoule, pas de roi. C’était aussi simple que cela. La fiole fut brisée pendant la Révolution, mais un ecclésiastique avait réussi à en sauver quelques fragments.
L’Ange au sourire
La cathédrale porte 2 303 statues sur ses façades. C’est davantage que n’importe quelle autre cathédrale gothique. Parmi elles, une seule est devenue célèbre dans le monde entier : l’Ange au sourire, sur le portail nord de la façade occidentale.
Ce sourire date de 1240 environ. Il n’a rien de figé ni de conventionnel. C’est un vrai sourire, presque espiègle, avec un léger plissement des yeux. Les sculpteurs de l’époque cherchaient à exprimer la béatitude céleste, et celui-ci y est parvenu mieux que quiconque. On a beaucoup comparé ce sourire à celui de la Joconde, mais il est plus franc, plus direct.
Le 19 septembre 1914, un obus décapita l’Ange. Sa tête tomba au sol et se brisa en plusieurs morceaux. Des soldats français ramassèrent les fragments dans les décombres. Après la guerre, la tête fut recollée et remise en place. L’Ange au sourire devint alors un symbole de la réconciliation franco-allemande, et son image circula sur des cartes postales dans toute l’Europe.
Les vitraux de Chagall
La cathédrale possède de beaux vitraux médiévaux, mais ce sont les verrières de Marc Chagall qui attirent le plus l’attention des visiteurs aujourd’hui. En 1974, l’artiste réalisa trois vitraux pour la chapelle axiale du chevet. Le bleu profond qui domine ces compositions rappelle le bleu de Chartres, mais traité avec la liberté gestuelle de Chagall. On y reconnaît Abraham, le sacrifice d’Isaac, la traversée de la mer Rouge. Les figures flottent dans la couleur comme dans un rêve.
Ces vitraux divisent. Certains trouvent que l’art moderne n’a pas sa place dans un édifice du XIIIe siècle. D’autres y voient la preuve que la cathédrale est un bâtiment vivant, capable d’accueillir chaque époque. Les deux positions se défendent, mais force est de reconnaître que les verrières de Chagall attirent un public qui, sans elles, ne pousserait peut-être pas la porte.
La Grande Guerre et la reconstruction
Le 19 septembre 1914, l’artillerie allemande bombarda la cathédrale. Les échafaudages de restauration prirent feu. Le plomb des toitures fondit et coula le long des murs. Les vitraux médiévaux éclatèrent sous la chaleur. Pendant quatre ans, les obus frappèrent l’édifice à intervalles réguliers. En 1918, la cathédrale n’était plus qu’une carcasse calcinée. Les photographies de l’époque sont terrifiantes : voûtes percées, piliers éventrés, gravats partout.
La restauration commença dès les années 1920, financée en grande partie par la famille Rockefeller. L’architecte Henri Deneux inventa une charpente en béton armé pour remplacer la forêt de bois disparue. Ce choix technique, audacieux pour l’époque, mit la cathédrale à l’abri du feu pour les siècles à venir. Les travaux durèrent près de vingt ans. La cathédrale fut rouverte au culte en 1938, juste avant qu’une nouvelle guerre ne menace.
Le palais du Tau
Juste à côté de la cathédrale se dresse le palais du Tau, ancienne résidence des archevêques de Reims. C’est là que se tenait le banquet du sacre, au soir de la cérémonie. Le palais abrite aujourd’hui un musée où l’on peut voir le trésor de la cathédrale, des tapisseries monumentales et certaines statues originales retirées des façades pour les protéger de l’érosion. La visite prend environ une heure et complète parfaitement celle de la cathédrale.
FAQ
Peut-on visiter les tours de la cathédrale ?
Oui, l’accès aux tours se fait par le palais du Tau (billet combiné). Depuis la galerie des Rois, à 81 mètres de hauteur, on voit le vignoble champenois qui s’étend au sud. Par temps clair, la vue porte jusqu’à la Montagne de Reims.
Y a-t-il des spectacles de lumière ?
Chaque été, le spectacle « Regalia » projette des couleurs sur la façade, restituant la polychromie que les statues portaient au Moyen Âge. Le spectacle est gratuit, en accès libre sur le parvis. Les projections commencent à la tombée de la nuit, généralement vers 22h30.
Quel est le lien entre Reims et le champagne ?
Reims est l’une des deux capitales du champagne, avec Épernay. Plusieurs grandes maisons (Taittinger, Veuve Clicquot, Pommery) ont leurs caves à quelques minutes de la cathédrale. Les crayères, anciennes carrières de craie transformées en caves, se visitent toute l’année.
Combien de rois furent sacrés à Reims ?
Trente-trois rois, de Clovis en 496 à Charles X en 1825. Le sacre le plus célèbre reste celui de Charles VII en 1429, en présence de Jeanne d’Arc, qui avait conduit le roi jusqu’à Reims à travers un territoire en partie contrôlé par les Anglais.
