Cathédrale de Rouen : flèche, Monet et gothique

Style architectural
Gothique flamboyant
Construction
XIIe-XVIe siècle
Hauteur
151m (flèche)

Informations pratiques

Horaires
Lun-dim 9h-19h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
1h
gothique Normandie Monet flèche Seine-Maritime
Cathédrale de Rouen
DXR• CC BY-SA 3.0

Une flèche de fonte à 151 mètres

On la voit de loin. Depuis les coteaux de Bonsecours, depuis les quais de la Seine, depuis la sortie d’autoroute : la flèche de la cathédrale de Rouen perce le ciel normand à 151 mètres, ce qui en fait la plus haute de France. Elle dépasse Notre-Dame de Paris de plus de 50 mètres.

Cette flèche n’est pas en pierre. Elle est en fonte. Un incendie ravagea la précédente, faite de bois recouvert de plomb, en septembre 1822. Quand les architectes ont relancé le chantier, ils ont choisi un matériau résolument industriel : la fonte de fer, moulée et assemblée pièce par pièce entre 1825 et 1876. Cinquante et un ans de travaux pour une aiguille de métal que les Rouennais regardent toujours avec un mélange de fierté et de perplexité. Est-elle belle ? La question fait encore débat dans les cafés du centre-ville.

L’édifice lui-même remonte au XIIe siècle. L’archevêque Hugues d’Amiens lança la construction vers 1145, et le chantier ne s’est jamais vraiment arrêté avant le XVIe siècle. Quatre cents ans de travaux ont produit un catalogue complet du gothique français : primitif dans les parties basses, rayonnant dans la nef, flamboyant dans les chapelles latérales et la décoration de la façade.

La façade occidentale et les tableaux de Monet

La façade ouest de Rouen est l’une des plus chargées de France. Des centaines de statues, de gâbles, de pinacles s’y superposent dans un foisonnement de pierre sculptée qui donne le vertige quand on lève les yeux depuis le parvis.

Claude Monet s’y est installé en février 1892, dans un appartement en face, au premier étage. Il y est revenu en 1893 et en 1894. Il a peint la même façade plus de trente fois, à des heures différentes, sous des ciels différents. Le matin, la pierre est bleue. À midi, elle vire à l’or. Le soir, elle devient rose et mauve. Monet ne cherchait pas à documenter l’architecture. Il voulait peindre la lumière qui mange la pierre. Ces toiles, aujourd’hui dispersées entre le musée d’Orsay, le Metropolitan Museum de New York et une dizaine d’autres institutions, comptent parmi les œuvres les plus importantes de l’impressionnisme.

On peut voir plusieurs de ces tableaux au musée des Beaux-Arts de Rouen, à quinze minutes à pied de la cathédrale. La confrontation entre la toile et l’édifice réel reste une expérience saisissante.

La Tour de Beurre et la Tour Saint-Romain

La façade de Rouen possède deux tours, et elles ne se ressemblent pas. C’est l’une des premières choses qu’on remarque.

La tour sud, achevée en 1507, s’appelle la Tour de Beurre. La légende veut que les Rouennais aient financé sa construction grâce aux indulgences accordées à ceux qui consommaient du beurre pendant le Carême. Histoire vraie ou folklore ? Les historiens ne tranchent pas. Ce qui est certain, c’est que cette tour de 75 mètres est un chef-d’œuvre du gothique flamboyant tardif. Chaque étage est percé de baies à remplages sinueux, et la pierre calcaire a été ciselée avec une précision qui confine à l’orfèvrerie. Elle abrite un carillon de 56 cloches, dont certaines sonnent toujours les heures.

La Tour Saint-Romain, au nord, est plus ancienne et plus austère. Ses parties basses datent du XIIe siècle. Elle est trapue, sobre, presque sévère à côté de sa voisine méridionale. Cette asymétrie donne à la façade un caractère immédiatement reconnaissable. Aucune autre cathédrale française ne présente un tel contraste entre ses deux tours.

L’intérieur : 137 mètres de nef

En poussant les portes, on est frappé par la longueur. 137 mètres de la façade au fond de l’abside. Les voûtes d’ogives montent à 28 mètres, portées par des piliers fasciculés dont les nervures filent d’un seul élan du sol aux clés de voûte. La lumière entre par les fenêtres hautes et par les verrières du déambulatoire.

Les vitraux ont beaucoup souffert. Les bombardements alliés de 1944, pendant la bataille de Normandie, ont pulvérisé une partie des verrières anciennes. Mais celles qui restent sont remarquables. Les chapelles du déambulatoire conservent des panneaux du XIIIe siècle dont les bleus rivalisent avec ceux de Chartres. Certaines verrières modernes, installées après la guerre, offrent un contrepoint intéressant aux vitraux médiévaux.

Les tombeaux : Richard, Rollon et les Amboise

La cathédrale de Rouen est aussi une nécropole. On y trouve les restes de personnages considérables.

Le cœur de Richard Cœur de Lion repose ici depuis 1199. Le roi d’Angleterre et duc de Normandie avait demandé que son cœur soit déposé à Rouen, sa ville normande préférée. Le coffret qui le contenait a été retrouvé en 1838 lors de fouilles archéologiques.

Le gisant de Rollon, premier duc de Normandie, rappelle les origines vikings de la région. C’est ce chef scandinave qui obtint la Normandie du roi de France Charles le Simple en 911, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte.

Dans le transept sud, le tombeau des cardinaux d’Amboise est un monument à lui seul. Sculpté entre 1515 et 1525, il mêle le gothique finissant et la Renaissance italienne naissante dans un ensemble de marbre blanc et noir d’une virtuosité technique stupéfiante.

Les épreuves du temps

Cette cathédrale a été frappée, brûlée, bombardée. La foudre a touché la flèche à plusieurs reprises au cours des siècles. L’incendie de 1822 a détruit la flèche de bois et de plomb. Puis sont venus les bombardements de 1944, les plus dévastateurs : le transept sud a été gravement endommagé, des pans entiers de verrières ont volé en éclats, la toiture a brûlé par endroits.

La restauration a commencé dès la Libération et se poursuit encore aujourd’hui. La pollution industrielle de l’agglomération rouennaise a longtemps accéléré l’érosion de la pierre calcaire, noircie et rongée par les pluies acides. Les campagnes de nettoyage et de consolidation sont permanentes. Quand on regarde la façade, on distingue les zones récemment restaurées, claires et nettes, et celles qui attendent encore leur tour, plus sombres et patinées.

FAQ

Pourquoi la flèche de Rouen est-elle en fonte ?

L’incendie de septembre 1822 a détruit l’ancienne flèche en bois recouverte de plomb. Pour la remplacer, les architectes Jean-Antoine Alavoine puis Barthélemy ont opté pour la fonte, matériau industriel considéré alors comme résistant au feu et plus léger que la pierre. La construction a duré de 1825 à 1876, et la flèche atteint 151 mètres. Ce choix divise encore : certains trouvent l’aiguille de métal élégante, d’autres la jugent trop fine pour la masse de l’édifice.

Où voir les tableaux de Monet sur la cathédrale ?

Les trente toiles de la série sont dispersées dans le monde. Le musée d’Orsay à Paris en conserve plusieurs, le musée des Beaux-Arts de Rouen aussi. D’autres se trouvent au Metropolitan Museum de New York, à la National Gallery of Art de Washington ou au musée Marmottan Monet à Paris. Il n’existe pas de lieu où les voir toutes réunies, ce qui est frustrant mais donne une bonne raison de visiter plusieurs musées.

Peut-on monter dans les tours de la cathédrale ?

L’accès aux tours n’est pas ouvert de façon régulière. Des raisons de sécurité liées aux travaux de restauration en cours limitent les visites. Des ouvertures exceptionnelles sont parfois organisées lors des Journées européennes du patrimoine, en septembre. Le mieux est de contacter l’office de tourisme de Rouen avant de s’y rendre pour connaître les dates précises.

Combien de temps faut-il pour visiter la cathédrale ?

Comptez une bonne heure pour faire le tour de l’intérieur sans vous presser. Si vous voulez aussi voir la façade sous différentes lumières comme Monet, revenez à plusieurs moments de la journée. L’entrée est gratuite. Le quartier autour de la cathédrale, avec la rue du Gros-Horloge et le palais de justice, mérite au moins une demi-journée supplémentaire.

Activités et visites guidées

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