Un trésor méconnu des Flandres françaises
Saint-Omer est une ville paisible du Pas-de-Calais, 15 000 habitants, un marais classé derrière elle. Son ancienne cathédrale Notre-Dame abrite l’une des collections d’art sacré les plus riches du nord de la France. Le siège épiscopal a disparu en 1801, lors du Concordat. L’église garde pourtant son titre de cathédrale et, surtout, un patrimoine mobilier d’une densité stupéfiante. On entre en pensant visiter une église de province. On ressort en ayant traversé un musée d’art flamand et artésien.
La construction s’étala du XIIe au XVe siècle. Le transept et la base de la tour datent du XIIe, le chœur du XIIIe, la nef des XIVe et XVe siècles. On passe du roman tardif au gothique flamboyant sans rupture, comme si l’édifice avait poussé lentement au fil des générations.
L’orgue : un instrument d’exception
L’orgue de Saint-Omer est considéré comme l’un des plus beaux du nord de la France. Le buffet monumental date du XVIIIe siècle : tourelles, plates-faces, boiseries sculptées, dorées, polychromées. Des anges musiciens, des guirlandes, des trophées d’instruments. Le meuble seul vaut le déplacement.
La partie instrumentale, restaurée à plusieurs reprises, conserve des éléments anciens qui remontent au XVIe siècle. La qualité de l’harmonisation et la variété des jeux attirent des organistes du monde entier. Des concerts réguliers permettent d’entendre ces sonorités dans l’acoustique de la nef gothique. Quand l’orgue joue à pleine puissance, le son n’est pas seulement audible ; on le sent vibrer dans la poitrine.
L’horloge astronomique
La cathédrale possède une horloge astronomique remarquable. Le mécanisme indique l’heure, mais aussi les phases de la lune, la position du soleil dans le zodiaque et le calendrier des fêtes mobiles. Plusieurs transformations se sont succédé au fil des siècles, mais le cadran reste fascinant par la densité de ses indications. Il faut prendre le temps de le déchiffrer cercle par cercle.
Cette horloge s’inscrit dans une tradition propre aux Flandres et aux Pays-Bas, où les horloges monumentales ornaient cathédrales et beffrois civils. Dans une culture urbaine et marchande, mesurer le temps comptait autant que prier. Les horloges flamandes sont à la fois instruments scientifiques et œuvres d’art. Celle de Saint-Omer est l’une des dernières encore en place dans une église du nord de la France.
Un musée d’art sacré à ciel ouvert
La cathédrale rassemble une collection exceptionnelle d’œuvres d’art accumulées sur des siècles. Peintures de l’école flamande aux tons chauds et aux détails minutieux. Sculptures médiévales et Renaissance. Dalles funéraires gravées avec une précision qui permet encore de lire les noms et les dates après cinq cents ans. Pièces d’orfèvrerie. Le cénotaphe de saint Omer, fondateur de la ville au VIIe siècle, occupe une place d’honneur dans le chœur.
Les vitraux
Les guerres ont durement frappé le nord de la France, et les verrières n’ont pas été épargnées. Pourtant, des ensembles du XIIIe et du XVe siècle subsistent. Les vitraux du chœur, restaurés avec soin, déploient des compositions narratives aux couleurs éclatantes. Le rouge et le bleu dominent, palette classique du vitrail médiéval.
Saint-Omer, ville d’art et d’histoire
La cathédrale s’inscrit dans un patrimoine urbain qui mérite qu’on s’y attarde. Saint-Omer, ancienne ville forte des Flandres françaises, conserve un centre historique de grande qualité : places bordées de maisons flamandes à pignons, jardins, marais arrière-littoral unique en France. La bibliothèque municipale abrite un incunable de Gutenberg et de précieux manuscrits médiévaux.
Le diocèse de Saint-Omer fut fondé au VIIe siècle par saint Omer (Audomar), un moine venu du monastère de Luxeuil pour évangéliser le pays des Morins. Il fut supprimé à la Révolution. La cathédrale conserve la mémoire de cette longue histoire religieuse, dans une région au carrefour des influences françaises, flamandes et anglaises. Un lieu chargé de strates, comme la terre grasse du marais.
FAQ
Pourquoi l’église est-elle encore appelée cathédrale ?
Le statut officiel a disparu en 1801, quand le Concordat supprima le diocèse de Saint-Omer et le rattacha à celui d’Arras. L’édifice garde cependant son titre honorifique, en raison de son histoire et de son patrimoine. Les habitants continuent de l’appeler cathédrale, et personne ne songe à leur donner tort.
L’orgue peut-il être entendu en concert ?
Oui. Des concerts réguliers sont organisés, notamment dans le cadre de festivals de musique sacrée. Des organistes de renommée internationale viennent jouer sur cet instrument. Les programmes sont disponibles à l’office de tourisme de Saint-Omer.
Que peut-on voir d’autre dans la cathédrale ?
Peintures flamandes, sculptures médiévales, dalles funéraires gravées, pièces d’orfèvrerie, vitraux du XIIIe au XVe siècle, cénotaphe de saint Omer. Comptez au moins 45 minutes pour une visite attentive. L’ensemble justifie le détour par Saint-Omer.
Le marais audomarois est-il accessible depuis la cathédrale ?
Oui, à quelques minutes en voiture du centre-ville. Ce marais cultivé, dernier marais maraîcher de France, se visite en barque traditionnelle (bacôve). Après la pierre et le sacré, l’eau et le vert. Les deux expériences se complètent bien.
