La flèche qui tutoie le ciel
Pendant plus de deux siècles, de 1439 à 1874, la cathédrale de Strasbourg fut le plus haut édifice du monde. Rien ne la dépassait. Ni tour, ni clocher, ni construction humaine d’aucune sorte. Sa flèche unique, lancée à 142 mètres, reste aujourd’hui la deuxième plus haute de France, derrière Rouen.
Ce qui frappe d’abord, c’est la couleur. Taillée dans le grès rose des Vosges, la cathédrale change de teinte selon l’heure et la météo. Dorée au soleil levant. Rose tendre en milieu de journée. Presque rouge sous l’orage, quand les nuages bas rasent la flèche. Le soir, quand les projecteurs s’allument, le grès vire à l’orangé et la façade semble irradier de l’intérieur. On ne se lasse pas de la regarder.
Quatre siècles de construction
L’histoire du chantier de Strasbourg est un feuilleton de quatre siècles. La construction commença en 1015 en style roman, sous l’évêque Werner de Habsbourg. Le chœur et le transept conservent cette base romane, massive, avec des murs épais et des arcs en plein cintre. On sent bien la différence quand on passe de la nef gothique au transept roman : l’espace se resserre, la lumière diminue, l’ambiance change du tout au tout.
La nef, lancée en 1240, adopta le style gothique français. Les piliers s’amincissent, les voûtes montent, la lumière entre à flots. C’est un contraste saisissant avec le chœur. La façade occidentale, commencée en 1277 par le maître d’œuvre Erwin von Steinbach, est un sommet du gothique flamboyant. La dentelle de pierre qui recouvre les murs est d’une finesse hallucinante. Victor Hugo, en la voyant, parla d’un « prodige du gigantesque et du délicat ». La formule est juste.
La flèche nord fut achevée en 1439. La flèche sud ne fut jamais construite. On ignore la raison exacte : manque d’argent, problèmes de fondations, changement de priorités. Toujours est-il que cette absence donne à la cathédrale sa silhouette asymétrique, immédiatement reconnaissable. Certains le regrettent. Personnellement, je trouve que cette asymétrie lui donne un caractère que les façades parfaitement symétriques n’ont pas.
L’horloge astronomique
L’horloge astronomique de Strasbourg est une machine extraordinaire. La version actuelle, construite entre 1838 et 1843 par Jean-Baptiste Schwilgué, remplaça une horloge Renaissance qui ne fonctionnait plus depuis 1788. Le mécanisme occupe un meuble de 18 mètres de haut, couvert de cadrans, d’aiguilles et de figurines peintes.
Chaque jour à 12h30, le spectacle commence. Les apôtres défilent devant le Christ. Le coq chante trois fois en battant des ailes. La Mort frappe les heures. Les quatre âges de la vie passent à tour de rôle devant la faucheuse. C’est un spectacle de quelques minutes, un peu macabre, mais fascinant. La salle se remplit dès 11h30 et les meilleures places partent vite.
Au-delà du spectacle, l’horloge est un véritable calculateur astronomique. Elle indique l’heure solaire, le jour de la semaine, le mois, l’année, le signe du zodiaque, la phase de la lune, la position des planètes visibles à l’œil nu, les éclipses de soleil et de lune, et la date de Pâques. Schwilgué, horloger autodidacte devenu professeur, passa trente ans de sa vie à concevoir ce mécanisme. Le résultat force le respect.
La rosace et les vitraux
La grande rosace de la façade, d’un diamètre de 13,6 mètres, est l’une des plus belles d’Europe. Ses seize pétales irradient comme un soleil de pierre et de verre. Vue de l’intérieur, en fin de journée, quand le soleil couchant la traverse, elle projette un disque de couleurs sur les dalles de la nef.
Les vitraux les plus anciens datent du XIIe et du XIIIe siècle. Ceux du bas-côté nord, représentant des empereurs du Saint-Empire, rappellent que Strasbourg fut longtemps une ville impériale allemande. L’histoire de la cathédrale est inséparable de cette double appartenance culturelle, française et germanique, qui fait la singularité de l’Alsace.
La plateforme panoramique
On accède à la plateforme par un escalier en colimaçon de 332 marches, creusé dans l’épaisseur du mur de la façade. La montée est raide. Les marches sont usées par des siècles de pas. Mais arrivé en haut, à 66 mètres, le panorama récompense l’effort. Strasbourg s’étale en contrebas, avec ses toits pentus, la Petite France, l’Ill qui serpente. Par temps clair, on distingue la Forêt-Noire à l’est et, certains jours d’hiver très dégagés, les Alpes au sud. L’accès coûte quelques euros et les files d’attente sont raisonnables en dehors de l’été.
FAQ
Pourquoi la cathédrale n’a-t-elle qu’une seule flèche ?
La flèche sud ne fut jamais construite. Les raisons exactes restent débattues : contraintes financières, instabilité du sol, ou simplement un chantier qui s’essouffla après quatre siècles de travaux. Des projets de seconde flèche furent proposés au XIXe siècle, mais aucun n’aboutit.
Comment voir le spectacle de l’horloge astronomique ?
Le défilé des automates a lieu chaque jour à 12h30. Les billets sont en vente à l’entrée sud de la cathédrale à partir de 11h30. Arrivez tôt : en été, les places partent en moins de vingt minutes. Le billet coûte quelques euros et donne aussi accès à un film explicatif projeté dans la cathédrale avant le spectacle.
Peut-on monter jusqu’à la flèche ?
Non, l’accès public s’arrête à la plateforme, à 66 mètres. Il faut gravir 332 marches par un escalier en colimaçon assez étroit. Le panorama couvre Strasbourg, la plaine d’Alsace, les Vosges à l’ouest et la Forêt-Noire à l’est.
La cathédrale est-elle classée au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
La cathédrale elle-même n’est pas inscrite individuellement, mais elle fait partie de la Grande Île de Strasbourg, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. C’est le premier centre-ville entier à avoir reçu ce classement en France.




