Cathédrale de Toulouse : deux styles, une nef inachevée

Style architectural
Gothique méridional et roman
Construction
XIe-XIIIe siècle
Hauteur
Non renseignée

Informations pratiques

Horaires
Lun-sam 8h-19h, dim 9h-19h
Tarifs
Gratuit
Durée de visite
30min-45min
gothique meridional roman Occitanie inachevée Haute-Garonne
Cathédrale de Toulouse
Didier Descouens• CC BY-SA 4.0

L’étrange cathédrale

La cathédrale Saint-Étienne de Toulouse est probablement la plus déroutante de France. Là où la plupart des cathédrales affichent au moins une unité stylistique de façade, celle de Toulouse juxtapose brutalement deux édifices distincts, construits à des époques différentes et selon des orientations qui ne coïncident pas. On passe sans transition d’une nef romane large et basse à un choeur gothique étroit et élancé. Les deux parties sont désaxées de plusieurs degrés. L’effet est immédiat : quelque chose cloche, et c’est précisément ce qui rend l’endroit fascinant.

Cette configuration n’est pas un accident. C’est le résultat d’un projet ambitieux que personne n’a jamais terminé. La cathédrale de Toulouse raconte, dans sa chair de brique et de pierre, l’histoire d’une ambition contrariée. Un chantier interrompu. Des compromis architecturaux qui, loin de constituer un échec, ont produit un monument sans véritable équivalent en Europe.

La nef raymondine, le roman méridional

La partie la plus ancienne de la cathédrale porte le nom de nef raymondine, en référence au comte Raymond VI de Toulouse. Elle date des XIe et XIIe siècles. Large de 19 mètres, elle forme un vaisseau unique d’une ampleur qui surprend quand on la compare aux nefs étroites des cathédrales du nord. La charpente en bois d’origine fut remplacée au XVIe siècle par une voûte en brique. L’espace qu’elle définit est profondément méridional.

L’empreinte du Midi

La nef raymondine s’inscrit dans la tradition du roman méridional que l’on retrouve dans les grandes églises de pèlerinage du sud de la France, à commencer par Saint-Sernin de Toulouse, toute proche. L’utilisation de la brique, matériau emblématique de la Ville rose, donne à l’espace une chaleur et une intimité que la pierre calcaire du nord ne procure pas. Les murs sont épais, percés de rares ouvertures. La lumière entre avec parcimonie. On est loin des murs de verre des cathédrales d’Île-de-France. Ici, l’architecture crée un sentiment d’enveloppement, presque de protection. Une forteresse spirituelle autant qu’un lieu de prière.

Le choeur gothique, l’ambition du nord

Après la croisade contre les Albigeois (1209-1229) et le rattachement du comté de Toulouse à la couronne de France, tout changea. Un projet grandiose fut conçu vers 1272 par l’évêque Bertrand de l’Isle-Jourdain : remplacer l’ancienne cathédrale romane par un édifice entièrement gothique, inspiré des grandes cathédrales du nord. Le nouveau choeur devait être le premier élément d’une cathédrale capable de rivaliser avec Paris ou Narbonne. L’ambition politique était aussi claire que l’ambition architecturale : imposer la marque du pouvoir royal français dans une ville récemment conquise.

Un projet interrompu

Seul le choeur fut achevé. Ses voûtes d’ogives s’élèvent à 28 mètres, ses grandes fenêtres à meneaux laissent entrer la lumière à flots, son déambulatoire à chapelles rayonnantes suit le plan classique des grandes cathédrales gothiques. Le contraste avec la nef romane est violent. Le projet prévoyait la démolition complète de la nef raymondine et son remplacement par une nef gothique aux mêmes proportions que le choeur. Mais les travaux s’arrêtèrent, probablement faute de financements suffisants. La nef romane fut conservée. Un raccordement approximatif fut réalisé entre les deux parties, et le désaxement entre la nef et le choeur resta en l’état. Aucun puriste n’a jamais été satisfait de ce compromis, mais c’est justement ce qui donne à l’édifice son caractère irremplaçable.

La rosace et les vitraux

Le choeur gothique conserve un ensemble de vitraux du XIVe siècle qui mérite qu’on prenne le temps de les observer. Les verrières des chapelles rayonnantes présentent des scènes de la vie des saints dans des médaillons aux couleurs vives, typiques de l’art du vitrail méridional. La rosace du transept sud, bien que remaniée au fil des siècles, offre un exemple intéressant de l’adaptation du gothique rayonnant au contexte toulousain : les tons sont plus chauds, les compositions moins hiératiques que dans le nord.

Le mobilier et les tapisseries

Le choeur abrite un ensemble de stalles du XVIe siècle et une série de tapisseries flamandes représentant des scènes de la vie de saint Étienne, patron de la cathédrale. Ces tapisseries, acquises par le chapitre au XVIIe siècle, ajoutent une touche de couleur et de narration à l’intérieur du choeur. Le maître-autel baroque date de la Contre-Réforme. Il est massif, doré, presque excessif dans ce cadre médiéval, mais il a le mérite de rappeler que la cathédrale n’a jamais cessé de vivre et de se transformer.

Le clocher-mur et la tour octogonale

La façade occidentale, côté nef romane, présente un clocher-mur de brique typiquement toulousain. Cette structure plate, percée d’arcades pour les cloches, se retrouve dans des dizaines d’églises du Languedoc et du Lauragais. C’est un marqueur architectural du Midi aussi net que le clocher pointu l’est pour le nord. La tour octogonale du choeur, quant à elle, reste inachevée. Elle devait à l’origine s’élever bien plus haut, mais les travaux furent abandonnés en même temps que le reste du projet gothique. Encore un témoignage de cette ambition avortée qui donne à Saint-Étienne son identité si particulière.

Le contexte historique, la croisade et ses conséquences

La dualité architecturale de la cathédrale reflète un bouleversement historique majeur. Avant la croisade contre les Albigeois, Toulouse était la capitale d’un comté indépendant, prospère et tolérant, dont la culture méridionale s’exprimait dans la nef romane. Après la croisade, le rattachement forcé à la France entraîna l’imposition des modèles architecturaux du nord, visibles dans le choeur gothique. La cathédrale porte dans sa structure même la trace de ce traumatisme culturel. La nef raymondine et le choeur gothique ne se raccordent pas, comme deux mondes qui refusent de fusionner complètement. Sept siècles plus tard, la fracture est toujours lisible.

FAQ

Pourquoi la cathédrale de Toulouse semble-t-elle composée de deux églises différentes ?

C’est effectivement le cas. La nef romane, dite raymondine, date des XIe-XIIe siècles et appartient à la tradition architecturale méridionale. Le choeur gothique, construit à partir de 1272 après la croisade contre les Albigeois, devait remplacer l’ensemble de l’édifice roman par une cathédrale gothique de style nordique. Le projet ne fut jamais achevé, et les deux parties furent raccordées de manière approximative, créant cette juxtaposition unique et désaxée.

Pourquoi la cathédrale de Toulouse est-elle en brique ?

La région toulousaine, située dans la plaine alluviale de la Garonne, ne dispose pas de carrières de pierre calcaire à proximité. La brique de terre cuite, matériau abondant et bon marché, devint le matériau de construction par excellence, donnant à Toulouse son surnom de Ville rose. La cathédrale, comme la quasi-totalité des édifices anciens de la ville, est construite en brique foraine, cette brique plate et allongée caractéristique de la région.

Existe-t-il d’autres cathédrales inachevées en France ?

Oui. Beauvais ne possède pas de nef, Narbonne n’a qu’un choeur, Troyes n’a qu’une seule tour. Mais la cathédrale de Toulouse présente un cas à part : ce n’est pas simplement un projet inachevé, c’est la juxtaposition de deux projets différents appartenant à deux époques et deux cultures architecturales distinctes. Aucune autre cathédrale française ne présente un tel décalage stylistique et géométrique au sein d’un même édifice.

La cathédrale de Toulouse est-elle classée monument historique ?

Oui, la cathédrale Saint-Étienne est classée monument historique depuis 1862, ce qui en fait l’un des tout premiers édifices protégés en France. Elle ne figure pas au patrimoine mondial de l’UNESCO, contrairement à la basilique Saint-Sernin voisine inscrite au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. L’entrée est gratuite et la cathédrale est ouverte tous les jours de l’année.

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