Quatre siècles de chantier, un seul édifice
La cathédrale Saint-Gatien de Tours a mis quatre cents ans à sortir de terre. Du milieu du XIIe siècle jusqu’à la Renaissance, les bâtisseurs se sont relayés sans relâche. Loin d’avoir produit un résultat incohérent, cette durée a engendré un édifice où se lisent, travée après travée, les grandes mutations de l’architecture gothique. Le chevet encore primitif cède la place à une nef rayonnante, puis à une façade flamboyante couronnée de lanternons Renaissance. On parcourt l’histoire de l’art en traversant la cathédrale d’est en ouest.
Le nom de l’édifice rend hommage à saint Gatien, considéré comme le premier évêque de Tours au IIIe siècle. Mais c’est saint Martin, évêque au IVe siècle, qui a donné à la ville son rayonnement spirituel. Son tombeau, situé à quelques centaines de mètres, attirait des pèlerins de toute l’Europe. La cathédrale s’inscrit dans cette tradition millénaire.
La façade, du gothique au vocabulaire italien
La façade occidentale de Saint-Gatien est un morceau de bravoure. Commencée au XVe siècle en plein gothique flamboyant, elle fut achevée entre 1507 et 1547 avec des couronnements de tours qui empruntent déjà au répertoire de la Renaissance italienne. Les deux tours, coiffées de lanternons à dômes et colonnes classiques, offrent une silhouette qu’on ne retrouve nulle part ailleurs parmi les cathédrales françaises. L’effet est saisissant : la dentelle de pierre gothique se termine par des formes rondes, presque méditerranéennes.
L’empreinte des artistes italiens
Les sommets des tours portent la marque directe de la première Renaissance italienne. Tours était alors au cœur du Val de Loire, où les rois de France faisaient venir architectes et sculpteurs d’outre-monts. Les lanternons qui coiffent les tours, avec leurs pilastres, leurs coquilles et leurs arabesques, auraient pu naître à Florence ou à Milan. Ce dialogue entre deux cultures donne à la façade une personnalité que j’estime unique dans tout le gothique français.
Des vitraux du XIIIe au XVe siècle
Les vitraux de Saint-Gatien couvrent près de trois siècles de création. Les verrières du chœur, datées du XIIIe siècle, présentent des scènes de la vie des saints et de l’Ancien Testament dans des médaillons aux couleurs profondes. Le bleu et le rouge dominent, intenses, saturés. On sent l’influence des grands ateliers champenois et chartrains.
La rose occidentale
La grande rose de la façade, réalisée au XVe siècle, déploie un réseau flamboyant d’une finesse extrême. Son diamètre dépasse sept mètres. Quand le soleil de fin d’après-midi la traverse, l’intérieur de la nef se teinte d’une lumière chaude, dorée, presque cuivrée. Les vitraux du transept, plus tardifs, adoptent des compositions narratives plus élaborées qui annoncent la peinture de la Renaissance.
Un intérieur d’une harmonie surprenante
On pourrait s’attendre, après quatre siècles de travaux, à un intérieur disparate. C’est le contraire. La nef, élevée à 29 mètres sous voûte, se déploie sur onze travées baignées de lumière. L’élévation à trois niveaux, grandes arcades, triforium et fenêtres hautes, suit le modèle classique du gothique rayonnant et produit un effet de verticalité maîtrisée.
Le chœur, partie la plus ancienne de l’édifice actuel, conserve une atmosphère plus ramassée. Ses voûtes d’ogives primitives et ses chapiteaux à feuillages gardent la mémoire du XIIIe siècle. Le déambulatoire, bordé de chapelles rayonnantes, invite à la lenteur : chaque chapelle recèle ses propres vitraux, peintures murales ou retables.
Le tombeau des enfants de Charles VIII
Parmi les œuvres conservées dans la cathédrale, le tombeau des enfants de Charles VIII et d’Anne de Bretagne mérite qu’on s’y arrête longuement. Attribué à l’atelier de Michel Colombe, ce monument funéraire en marbre représente les deux jeunes princes allongés, les mains jointes, veillés par des anges. Le travail du marbre atteint une délicatesse émouvante : les plis des vêtements, les boucles des cheveux, les plumes des ailes angéliques. On touche ici à la dimension royale de Tours à la fin du XVe siècle, quand la ville servait de capitale de fait au royaume.
Le cloître de la Psalette
Attenant à la cathédrale, le cloître de la Psalette doit son nom à l’école où l’on enseignait le chant des psaumes. Ses galeries, bâties entre le XVe et le XVIe siècle, mêlent gothique flamboyant et Renaissance avec une élégance discrète. On y marche à l’ombre, protégé du bruit de la ville, entre des colonnes fines et des voûtes surbaissées. La bibliothèque du chapitre, accessible depuis le cloître, conserve une charpente en berceau brisé du XVe siècle qui vaut à elle seule le détour.
FAQ
Pourquoi la façade de la cathédrale de Tours mêle-t-elle gothique et Renaissance ?
La construction de la façade s’étendit du XVe au XVIe siècle, période de transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance. Les parties basses furent érigées dans le style flamboyant, tandis que les couronnements des tours, achevés vers 1507-1547, adoptent le vocabulaire de la Renaissance italienne avec lanternons, dômes et pilastres. Ce mélange s’explique par la présence d’artistes italiens appelés en Val de Loire par les rois de France.
Peut-on visiter le cloître de la Psalette ?
Oui, le cloître de la Psalette est ouvert à la visite toute l’année (sauf le mardi hors saison) moyennant un droit d’entrée modique. On y découvre les galeries gothiques et Renaissance, la salle capitulaire et la bibliothèque avec sa remarquable charpente médiévale. L’accès se fait par l’intérieur de la cathédrale. Prévoyez une vingtaine de minutes supplémentaires en plus de la visite de la cathédrale elle-même.
Quel est le rapport entre la cathédrale et saint Martin de Tours ?
La cathédrale est dédiée à saint Gatien, premier évêque de Tours au IIIe siècle. Mais c’est saint Martin qui a fait la renommée spirituelle de la ville au IVe siècle. Son tombeau, situé dans la basilique Saint-Martin à quelques centaines de mètres, était l’un des plus grands lieux de pèlerinage de la chrétienté médiévale. La cathédrale et la basilique formaient les deux pôles religieux d’une ville dont l’influence spirituelle s’étendait bien au-delà de la France.
Quels sont les horaires de la cathédrale de Tours ?
La cathédrale Saint-Gatien est ouverte tous les jours de 9h à 19h, et l’entrée est gratuite. Comptez entre 45 minutes et une heure pour la visite de la cathédrale seule, davantage si vous ajoutez le cloître de la Psalette.
