Un prêtre que personne ne voulait
En 1818, un jeune prêtre de trente-deux ans débarque dans un village de 230 âmes perdu dans les étangs de la Dombes. Il s’appelle Jean-Marie Vianney. Ses supérieurs l’ont envoyé à Ars-sur-Formans parce qu’ils le jugeaient trop limité pour une paroisse plus importante. Élève médiocre au séminaire, il avait peiné à apprendre le latin et avait failli ne jamais être ordonné.
Quarante et un ans plus tard, à sa mort en 1859, ce village inconnu est devenu le centre spirituel de la France. Des foules de pèlerins affluaient de toute l’Europe, parfois jusqu’à vingt mille par semaine dans les dernières années, pour se confesser auprès de ce prêtre dont la réputation avait franchi les frontières. Le contraste entre la modestie de l’homme et l’ampleur de son rayonnement reste, aujourd’hui encore, ce qui frappe le plus à Ars.
La basilique et le corps du saint
La basilique a été construite à partir de 1862, trois ans après la mort du Curé, autour de l’ancienne église paroissiale où il avait célébré tant de messes. L’édifice n’a rien de grandiose. Il est sobre, à l’image de son saint patron.
Au-dessus du maître-autel, dans une châsse de verre et de bronze, repose le corps incorrompu de Jean-Marie Vianney. Le visage est recouvert d’un masque de cire, mais les mains sont authentiques, noircies par le temps. On se tient là, debout ou à genoux, face à un homme mort depuis plus de cent soixante ans dont le corps n’a pas été réduit en poussière. C’est troublant, quelle que soit la foi qu’on porte. Des milliers de pèlerins viennent chaque année se recueillir devant cette châsse. Souvent en silence. Souvent longuement.
La chambre où il ne dormait pas
La maison du Curé d’Ars se visite. On monte un escalier étroit, on pousse une porte, et on découvre la chambre. Un lit de sangles étroit, une chaise, un crucifix. Rien d’autre. Le Curé y dormait à peine trois heures par nuit. Il se levait vers une heure du matin pour descendre à l’église et commencer à confesser dans l’obscurité. La pauvreté de cette pièce est presque dérangeante. On a du mal à croire qu’un homme qui attirait des dizaines de milliers de visiteurs vivait dans un dénuement aussi radical.
Le jardin attenant, où le Curé cultivait quelques légumes, a été conservé. L’ensemble donne une idée concrète de la vie quotidienne d’un prêtre de campagne au XIXe siècle.
Le confessionnal, coeur du pèlerinage
Dans la basilique, le confessionnal où le Curé d’Ars passait jusqu’à seize heures par jour est conservé derrière une grille. Meuble de bois usé, étroit, sans confort. Les pénitents faisaient parfois la queue pendant plusieurs jours et dormaient dans les auberges du village en attendant leur tour. On rapporte que le Curé avait le don de lire dans les consciences : il révélait aux pénitents des péchés qu’ils avaient oubliés ou volontairement omis. Des centaines de témoignages recueillis lors du procès de canonisation confirment cette réputation, et expliquent pourquoi les foules venaient de si loin.
Aujourd’hui, le sacrement de réconciliation reste au coeur de la vie du sanctuaire. Des prêtres sont disponibles en permanence pour confesser. C’est probablement l’endroit de France où l’on se confesse le plus facilement.
Ce qu’on retient d’Ars
Ars n’a rien de spectaculaire. Pas de grande architecture, pas de paysage extraordinaire. Un village de la Dombes, des maisons basses, des champs autour. Et pourtant, on repart changé. La simplicité du lieu agit comme un décapant : elle ramène à l’essentiel. Les célébrations liturgiques sont soignées, la prière est palpable, le silence est respecté. On comprend, en visitant Ars, pourquoi Jean-Marie Vianney a été proclamé patron de tous les curés du monde en 1929.
Visiter Ars : parcours conseillé
Commencez par la basilique tôt le matin, avant l’arrivée des groupes de pèlerins. À 8 h, vous serez presque seul face à la châsse du saint. La lumière rasante filtre par les vitraux latéraux et éclaire le bronze doré. Prenez le temps de vous asseoir dans les premiers rangs. Le silence à cette heure-là est dense, presque physique.
Sortez par le côté gauche de la basilique pour rejoindre la maison du Curé d’Ars, à cinquante mètres. La visite est libre et dure une vingtaine de minutes. Montez l’escalier étroit jusqu’à la chambre. Redescendez par le jardin potager, reconstitué à l’identique avec les légumes que Vianney cultivait. On y voit encore le puits. Derrière la maison, la Providence, bâtiment où le Curé accueillait les orphelines du village, se visite rapidement.
Traversez ensuite la place pour atteindre le Musée de cire. Quarante scènes retracent la vie de Jean-Marie Vianney avec des mannequins articulés. Le rendu est parfois un peu suranné, mais la scénographie reste efficace, surtout pour les enfants. Comptez 45 minutes. L’entrée coûte 5 euros pour les adultes, 3 euros pour les enfants.
Terminez par une promenade dans le village. Ars compte à peine 1 300 habitants. La rue principale, bordée de maisons basses en pisé, n’a pas fondamentalement changé depuis le XIXe siècle. L’ancienne auberge où les pénitents dormaient en attendant leur tour au confessionnal existe toujours. Vous passerez devant l’ancienne école fondée par le Curé et devant la croix de la mission qu’il avait plantée sur la place. La boucle complète, basilique comprise, prend entre trois et quatre heures à un rythme tranquille.
Si vous disposez de temps supplémentaire, assistez à la messe de 11 h 30 dans la basilique. Les chants sont sobres, la liturgie soignée. L’après-midi, le sanctuaire propose parfois des conférences sur la vie du Curé d’Ars, annoncées dans le programme hebdomadaire affiché à l’accueil.
Informations pratiques
Ars-sur-Formans se trouve à 35 km au nord de Lyon. En voiture, prenez l’A6 direction Paris puis la sortie Villefranche-sur-Saône. Depuis la sortie, comptez 15 minutes par la D904. Le sanctuaire dispose d’un parking gratuit de 200 places, rarement plein sauf les jours de fête. Depuis Lyon Part-Dieu, un TER vous dépose à Villefranche-sur-Saône en 22 minutes. De là, la ligne de bus 161 rejoint Ars en 30 minutes, mais les horaires sont irréguliers : vérifiez sur le site du réseau Cars du Rhône. Un taxi depuis Villefranche coûte environ 25 euros.
L’hébergement est limité à Ars même. La Maison Saint-Jean-Marie Vianney, gérée par le sanctuaire, propose des chambres simples à partir de 35 euros la nuit, petit-déjeuner inclus. Réservation nécessaire en été et pendant les retraites. À défaut, Villefranche-sur-Saône offre plusieurs hôtels de chaîne entre 55 et 80 euros la nuit, et Trévoux, ville charmante en bord de Saône à 12 km, possède quelques chambres d’hôtes.
Pour le déjeuner, un seul restaurant à Ars : Le Saint-Curé, sur la place du village. Formule à 15 euros, cuisine correcte sans prétention. Si vous êtes en voiture, la Dombes environnante regorge de bonnes tables. Le restaurant Chez la Mère Blanc à Vonnas, à 20 km, détient trois étoiles Michelin (comptez 200 euros le menu).
Le sanctuaire ne demande aucun droit d’entrée sauf pour le Musée de cire. La basilique ouvre de 7 h à 19 h en hiver, 7 h à 20 h en été. Des confessions sont proposées tous les jours de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Les messes sont célébrées à 7 h 30, 11 h 30 et 17 h 30 en semaine, avec des horaires élargis le dimanche.
La fête du saint Curé d’Ars a lieu le 4 août. C’est le jour le plus fréquenté de l’année. Une messe pontificale est célébrée en plein air, suivie d’une procession avec les reliques. Si vous cherchez le calme, évitez cette date. Les mois de janvier et février sont les plus tranquilles : vous aurez le sanctuaire presque pour vous.
Les alentours méritent aussi une halte. La Dombes, pays des mille étangs, s’étend au nord et à l’est d’Ars. Le parc ornithologique de Villars-les-Dombes (12 km) rassemble 400 espèces d’oiseaux sur 35 hectares. Trévoux, ancienne capitale de la principauté de Dombes sur les bords de la Saône, possède un parlement du XVIIe siècle et de jolies maisons médiévales. Et Pérouges, village médiéval classé parmi les plus beaux de France, se trouve à 25 km au sud-est. En combinant Ars, Pérouges et une balade en Dombes, vous remplissez facilement un week-end depuis Lyon.
FAQ
Comment se rendre à Ars-sur-Formans ?
Ars est à 35 km au nord de Lyon, dans le département de l’Ain. Il n’y a pas de gare. On vient en voiture (sortie autoroute Villefranche-sur-Saône) ou en bus depuis la gare de Villefranche-sur-Saône. En été, des navettes sont parfois organisées depuis Lyon.
Le sanctuaire est-il ouvert toute l’année ?
Oui. La basilique est ouverte tous les jours de 7h à 19h. Les horaires des messes et des confessions sont consultables sur le site officiel du sanctuaire d’Ars.
Que peut-on visiter sur place ?
La basilique avec le corps du saint, la maison du Curé d’Ars, le confessionnal historique, et un musée de cire qui retrace la vie de Jean-Marie Vianney en scènes animées (visite payante). Comptez une demi-journée pour l’ensemble, une journée entière si vous souhaitez assister aux offices.
Peut-on se confesser à Ars ?
Oui, c’est même l’une des vocations premières du sanctuaire. Des prêtres sont disponibles chaque jour pour le sacrement de réconciliation. Les horaires sont affichés à l’accueil du sanctuaire.