La cité du Poverello
On sent Assise avant de la voir. L’air de l’Ombrie porte une douceur particulière quand on remonte les ruelles de pierre rose vers le sommet de la colline. Quelque chose de presque palpable. Cette petite cité médiévale est accrochée aux flancs du mont Subasio, à 400 mètres d’altitude. Celui qui y naquit en 1181 ou 1182 a tout changé ici. François Bernardone, fils d’un riche marchand drapier, a renoncé à la fortune paternelle pour épouser « Dame Pauvreté ». Il a fondé l’ordre des Frères mineurs, bouleversé la spiritualité médiévale par son rapport brut à la nature et à Dieu, et reçu les stigmates : le premier cas reconnu dans l’histoire de l’Église.
Assise n’a pas changé de visage depuis le XIIIe siècle. Murs ocre, oliviers argentés en contrebas, silence des places à l’heure de la sieste. Tout ramène au dépouillement voulu par François. C’est probablement le pèlerinage le plus accessible d’Italie.
Les lieux essentiels du pèlerinage
La basilique Saint-François
La basilique comprend deux églises superposées construites entre 1228 et 1253. C’est un monument majeur de l’art médiéval italien. L’église inférieure plonge le visiteur dans une pénombre voulue. Voûtes basses, fresques de Cimabue et de Simone Martini, odeur de pierre froide et de cire. On descend vers la crypte comme on descend en soi-même. Le tombeau de saint François, redécouvert en 1818 après avoir été caché pendant des siècles, se trouve dans un caveau de pierre brute. Pas d’or, pas de marbre. Juste la roche nue. François aurait voulu exactement cela.
L’église supérieure contraste radicalement. La lumière inonde la nef unique. Les vingt-huit scènes de la vie de saint François peintes par Giotto (vers 1296-1304) ont révolutionné la peinture occidentale par leur fraîcheur narrative. Le panneau où François prêche aux oiseaux reste l’une des images les plus connues de l’art sacré.
La Portioncule
En contrebas de la ville, la petite chapelle de la Portioncule fait à peine 4 mètres sur 7. Elle est enchâssée dans l’immense basilique Sainte-Marie-des-Anges, construite au XVIe siècle pour la protéger. Le contraste est saisissant : cette minuscule église de pierre disparaît presque sous les voûtes baroques qui l’enveloppent. C’est le lieu de naissance de l’ordre franciscain. François y réunit ses premiers compagnons en 1209. Il y mourut aussi, couché à même le sol, le 3 octobre 1226.
Chaque 2 août, la Portioncule accorde l’indulgence plénière dite « du Pardon d’Assise », instituée par François lui-même après une vision. Des milliers de pèlerins s’y pressent ce jour-là.
L’Eremo delle Carceri
À 4 km d’Assise, un sentier grimpe à travers la forêt de chênes verts du Subasio jusqu’à cet ermitage perché à 800 mètres d’altitude. Le mot « carceri » signifie « lieux de réclusion ». François et ses compagnons venaient se retirer dans ces grottes naturelles pour prier en silence, loin de tout. Quand on marche sur ces sentiers, on n’entend que les oiseaux et les feuilles. On comprend pourquoi François composa ici son Cantique des Créatures.
La basilique Sainte-Claire
Les visiteurs pressés passent souvent à côté de cette église gothique du XIIIe siècle. C’est dommage. Elle abrite le crucifix de San Damiano, celui qui parla à François en 1205 et lui demanda de « réparer sa maison ». Le corps de sainte Claire, visible dans la crypte, repose dans un reliquaire de verre depuis 1850.
Conseils pratiques pour les pèlerins
Prévoyez des chaussures confortables. Assise est une ville en pente, et le trajet vers l’Eremo delle Carceri demande une bonne heure de marche. Le printemps (avril-mai) et le début de l’automne (septembre-octobre) sont les meilleures périodes : températures douces, moins de touristes qu’en été, lumière dorée sur les pierres. En juillet-août, la chaleur ombrienne dépasse souvent 35 °C et les groupes organisés saturent les basiliques.
Toutes les églises et basiliques d’Assise sont gratuites. Un silence respectueux y est demandé, et les photographies sont interdites dans la basilique inférieure de Saint-François.
Visiter Assise : parcours conseillé
Commencez par la basilique Saint-François, tôt le matin, avant neuf heures. Les cars de touristes débarquent vers dix heures et l’église inférieure devient alors difficile à apprécier. Accordez-vous quarante-cinq minutes dans la crypte et devant les fresques de Cimabue. Puis montez à l’église supérieure pour les Giotto. La lumière du matin, qui entre par les vitraux de la nef, rend les couleurs des fresques plus vives qu’à toute autre heure.
En sortant, remontez la via San Francesco vers la Piazza del Comune. Cette place était déjà le forum romain d’Asisium. Le temple de Minerve, converti en église au XVIe siècle, conserve six colonnes corinthiennes du Ier siècle avant J.-C. Goethe, en visite en 1786, ne s’intéressa qu’à ce temple et ignora les basiliques. On peut le regretter pour lui.
Continuez vers la basilique Sainte-Claire, à dix minutes. Le crucifix de San Damiano se trouve dans une chapelle latérale de la crypte. Prenez le temps. Cet objet de bois peint, daté du XIIe siècle, a changé le cours de la vie de François. Puis descendez par la Porta Nuova vers l’église San Damiano elle-même, à 1,5 km en contrebas. C’est dans cette petite église en ruines que le crucifix parla à François. Claire y fonda son ordre. Le jardin intérieur, minuscule, sent la lavande et le romarin. Peu de touristes viennent jusque-là. C’est le lieu le plus paisible d’Assise.
L’après-midi, prenez le sentier 50 vers l’Eremo delle Carceri. Le départ se fait à la Porta Cappuccini, dans la partie haute de la ville. Comptez une heure de montée à travers la forêt de chênes verts et de buis. Le sentier est caillouteux mais sans difficulté technique. À l’ermitage, visitez la grotte de François (on y entre courbé, c’est un trou dans la roche à peine assez grand pour s’allonger) et le vieux chêne mort où, selon la tradition, les oiseaux se posaient pour l’écouter prêcher. Le retour par le même sentier prend quarante minutes.
Si vous disposez d’un troisième jour, descendez en bus jusqu’à la Portioncule dans la plaine. Le trajet dure dix minutes depuis la Piazza Matteotti. Arrivez avant les groupes. La Portioncule est si petite qu’elle se visite en quelques minutes, mais restez-y plus longtemps. C’est un lieu de prière, pas de visite.
Informations pratiques
Depuis Paris, le trajet le plus direct passe par Rome. Un vol Paris-Rome Fiumicino dure 2 h 15 (comptez 80 à 200 euros selon la saison). De Rome Termini, le train régional pour Assise met environ 2 h 10, avec un changement à Foligno. Le billet coûte entre 10 et 15 euros. Depuis Florence Santa Maria Novella, le trajet dure 2 h 30 avec changement à Terontola-Cortona, pour le même prix. La gare d’Assise se trouve en contrebas de la ville, à Santa Maria degli Angeli (à côté de la Portioncule). Un bus local (ligne C) monte au centre historique en dix minutes pour 1,30 euro.
En voiture depuis la France, l’autoroute A1 jusqu’à Orte puis la E45 vers Pérouse est l’itinéraire le plus courant. Comptez environ 10 heures de route depuis Lyon, péages compris (environ 70 euros). Un parking couvert se trouve sous la Piazza Matteotti (1,55 euro de l’heure, 15 euros la journée). Le centre historique est fermé à la circulation.
Pour l’hébergement, Assise propose un éventail large. Les couvents ouverts aux pèlerins (Casa dei Frati, Suore Francescane) facturent entre 35 et 50 euros la nuit en chambre simple avec petit-déjeuner. Des chambres d’hôtes dans le centre historique se trouvent entre 60 et 90 euros. Les hôtels trois étoiles démarrent autour de 80 euros. Réservez au moins un mois à l’avance pour la période de Pâques et pour la fête de saint François, le 4 octobre.
Côté restauration, un repas complet dans une trattoria d’Assise coûte entre 15 et 25 euros. Ne manquez pas les strangozzi (pâtes locales épaisses, servies au tartufo nero, la truffe noire de Norcia) et la torta al testo, une galette de pain cuite sur la pierre garnie de fromage et de charcuterie. L’huile d’olive du Subasio, fruitée et poivrée, est parmi les meilleures d’Ombrie.
Ce que le pèlerin garde d’Assise
Le souvenir le plus persistant n’est ni les fresques de Giotto, ni la vue depuis la Rocca Maggiore. C’est le silence de la crypte. La pierre brute du tombeau de François, sans ornement, dans une lumière à peine suffisante pour distinguer les murs. On reste là quelques minutes, parfois davantage, et quelque chose se dépose. Le bruit du monde s’éloigne.
François voulait la pauvreté radicale. Il a demandé à être enterré au lieu-dit le « Colle dell’Inferno », la colline de l’Enfer, là où l’on exécutait les condamnés. Ses frères ont renommé l’endroit « Colle del Paradiso ». Mais la crypte garde la mémoire du premier nom. Il y a une humilité réelle dans ce lieu, qui résiste à la piété décorative accumulée au-dessus.
Quand on quitte Assise, on emporte aussi le souvenir des sentiers du Subasio. Le parfum de la forêt après la pluie. Le chant des mésanges dans les chênes verts. François écrivait dans son Cantique des Créatures : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur la Lune et les étoiles. » Il ne faisait pas de poésie. Il décrivait ce qu’il voyait depuis sa grotte.
FAQ
Comment se rendre à Assise ?
Train depuis Rome (environ 2h) ou Florence (2h30) jusqu’à la gare d’Assise-Santa Maria degli Angeli, puis dix minutes de bus jusqu’au centre historique. En voiture, l’autoroute E45 dessert Assise depuis Pérouse en trente minutes.
Combien de temps prévoir pour le pèlerinage ?
Deux jours pleins permettent de visiter la basilique Saint-François, la Portioncule et la basilique Sainte-Claire. Si vous ajoutez un troisième jour, vous aurez le temps de monter à l’Eremo delle Carceri, de parcourir les sentiers du Subasio et de ménager de vrais temps de prière dans chaque lieu.
L’entrée des basiliques est-elle gratuite ?
Oui, toutes les basiliques et églises d’Assise sont en accès libre. Seuls certains musées annexes (Musée du Trésor de la basilique, Pinacothèque communale) demandent un billet d’entrée.
Quel lien entre Assise et le pape François ?
Le pape François, élu en 2013, a choisi son nom en hommage direct à saint François d’Assise. Il s’est rendu en pèlerinage à Assise en octobre 2013, puis à nouveau en 2016 pour la commémoration du 800e anniversaire du Pardon d’Assise.




