Pèlerinage à Chartres : cathédrale et Pentecôte

Lieu
Chartres, Eure-et-Loir
Meilleure période
Mai à septembre
Durée
1-2 jours
Difficulté
Facile
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Chartres : Le Pèlerinage de la Cathédrale Notre-Dame
PtrQs• CC BY-SA 4.0

La cathédrale que l’on voit de loin

On la repère à vingt kilomètres. Elle surgit au-dessus de la plaine de Beauce comme un navire de pierre ancré dans les blés. La cathédrale Notre-Dame de Chartres porte deux flèches asymétriques : l’une romane, sobre et pyramidale ; l’autre gothique flamboyant, hérissée de crochets. C’est l’un des monuments les plus visités de France, mais c’est d’abord un lieu de pèlerinage. Il faut la comprendre ainsi.

Depuis le haut Moyen Âge, Chartres attire les fidèles venus vénérer une relique insigne : le Voile de la Vierge, ou Sancta Camisa, offert à la cathédrale par Charles le Chauve en 876. Cette étoffe de soie, longue de cinq mètres, aurait été portée par la Vierge Marie lors de l’Annonciation ou de la Nativité. Sa présence fit de Chartres l’un des plus grands centres de dévotion mariale d’Occident. La cathédrale actuelle, reconstruite en trente ans après l’incendie de 1194, fut conçue tout entière pour accueillir les foules de pèlerins.

Le pèlerinage de Paris à Chartres

Chaque année à la Pentecôte, plus de quinze mille marcheurs parcourent les cent kilomètres qui séparent Paris de Chartres en trois jours. Ce pèlerinage, relancé en 1983 par l’association Notre-Dame de Chrétienté, est devenu le plus grand pèlerinage pédestre de France.

On part de Notre-Dame de Paris le samedi matin. Trois jours de marche sur les routes de l’Île-de-France et de la Beauce, organisés par chapitres thématiques. On prie le chapelet, on chante, on campe dans les champs le soir, on dort peu. Des étudiants marchent à côté de retraités. Des familles avec poussettes croisent des religieux en habit. La fatigue aidant, les conversations prennent vite une franchise qu’on n’aurait jamais en temps normal.

L’arrivée devant la cathédrale, le lundi de Pentecôte, est un moment que les habitués disent ne jamais oublier. Après trois jours d’effort et de prière, les flèches apparaissent d’abord à l’horizon, puis grandissent pendant une heure de marche. Le dernier kilomètre se fait souvent en silence.

Les trésors de la cathédrale

Les vitraux

Chartres possède le plus bel ensemble de vitraux médiévaux au monde. 176 verrières couvrent 2 600 mètres carrés de surface. La plupart datent du XIIIe siècle. Leur état de conservation est stupéfiant, car la cathédrale a échappé aux destructions des guerres de Religion et de la Révolution.

Le célèbre bleu de Chartres, dont le secret de fabrication reste partiellement inexpliqué, donne à l’intérieur une couleur qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce n’est pas un bleu ordinaire : il absorbe le rouge et laisse passer une lumière violacée, presque mystique, qui change d’intensité selon les heures et les saisons. Par un matin d’hiver ensoleillé, l’effet coupe le souffle.

Chaque vitrail raconte une histoire biblique ou hagiographique avec une précision narrative étonnante. La verrière de Notre-Dame de la Belle Verrière, dans le déambulatoire sud, est considérée comme le plus beau vitrail du monde. Le visage de la Vierge y rayonne d’un bleu profond, entouré d’anges rouges.

Le labyrinthe

Tracé sur le dallage de la nef, le labyrinthe de Chartres date du début du XIIIe siècle. Ce parcours de 261 mètres, enroulé sur un cercle de 12,9 mètres de diamètre, symbolise le chemin de Jérusalem. Les pèlerins le parcourent à genoux ou debout, dans un exercice de méditation et de prière. Le vendredi, les chaises sont retirées pour permettre ce parcours. Le reste de la semaine, le labyrinthe est malheureusement recouvert par le mobilier de la nef.

C’est le seul labyrinthe médiéval de cathédrale qui soit resté intact en France. Celui de Reims a été détruit au XVIIIe siècle, celui d’Amiens reconstitué. Celui de Chartres est l’original, usé par huit siècles de pas.

Le portail Royal

La façade occidentale, dite portail Royal, date de 1145-1155. Les statues-colonnes des ébrasements représentent des personnages de l’Ancien Testament avec une sérénité et une élégance qui annoncent déjà le gothique. Regardez leurs visages : allongés, légèrement souriants, d’une douceur qu’on ne trouve pas dans la sculpture romane antérieure. Le tympan central montre le Christ en majesté entouré du tétramorphe.

La crypte et le puits des Saints-Forts

La crypte de Chartres est la plus grande de France. Elle date principalement du XIe siècle et conserve la mémoire des sanctuaires antérieurs. On y descend par deux escaliers latéraux. La pénombre est épaisse, le contraste avec la luminosité de la cathédrale supérieure, brutal.

Le puits des Saints-Forts, profond de 33 mètres, remonte à l’époque gallo-romaine. La tradition veut que des premiers chrétiens y aient été précipités lors des persécutions. La Vierge noire de la crypte, Notre-Dame de Sous-Terre, est une statue du XVIe siècle qui remplace une effigie médiévale détruite à la Révolution. Les pèlerins s’y recueillent encore chaque jour.

Informations pratiques

La cathédrale est ouverte tous les jours de 8h30 à 19h30 (21h en été). L’entrée est gratuite. Les visites guidées de la crypte et de la tour nord sont payantes et organisées par l’Office de tourisme, situé juste en face du portail sud.

Chartres est accessible en une heure depuis Paris-Montparnasse par le TER. La ville elle-même mérite une demi-journée : les ruelles médiévales qui descendent vers l’Eure, les maisons à colombages, les lavoirs restaurés. La plupart des visiteurs les ignorent, et c’est dommage.

Visiter Chartres : parcours conseillé sur une journée

Arrivez par le premier TER depuis Paris-Montparnasse (départ vers 7h, arrivée 7h55, 16 euros plein tarif). De la gare, la cathédrale est à 600 mètres en montant la rue Jehan de Beauce. Vous l’apercevrez presque immédiatement.

Entrez par le portail Royal à 8h30, dès l’ouverture. La nef est encore sombre, les vitraux commencent à s’allumer à mesure que le soleil monte. C’est le meilleur moment pour observer le bleu de Chartres dans la verrière de Notre-Dame de la Belle Verrière, côté sud. La lumière rasante du matin traverse le verre et projette des taches bleues et rouges sur les piliers de calcaire. Restez vingt minutes, le temps que vos yeux s’habituent à la pénombre.

Faites ensuite le tour du déambulatoire en passant par le chevet. Le Voile de la Vierge est dans une châsse vitrée côté nord, signalée par un panneau discret. Beaucoup de visiteurs passent devant sans s’arrêter. L’étoffe, pliée derrière la vitre, paraît fragile et ordinaire. C’est précisément ce qui frappe : cette relique a traversé douze siècles.

Si vous venez un vendredi, réservez la fin de matinée au labyrinthe. Les chaises de la nef sont retirées entre 10h et 17h, et vous pouvez parcourir les 261 mètres du tracé librement. Commencez par l’entrée côté ouest, marchez lentement. Le parcours complet dure 15 à 20 minutes. Les habitués le font pieds nus ou à genoux, mais la marche debout et recueillie suffit. Le sol de calcaire est usé, lisse, presque doux sous les semelles.

Après la cathédrale, montez à la tour nord (7 euros, 300 marches). La vue depuis le sommet couvre la plaine de Beauce sur 360 degrés. Par temps clair, on distingue les clochers de villages à 15 kilomètres. L’après-midi, visitez la crypte avec un guide (départ depuis l’Office de tourisme, 5 euros, 45 minutes). Le puits des Saints-Forts, avec ses 33 mètres de profondeur, vous plonge dans la strate gallo-romaine du site.

Gardez une heure pour la ville basse, en descendant les escaliers de la rue du Bourg vers l’Eure. Les maisons à colombages des XIVe et XVe siècles s’entassent le long de la rivière. Les lavoirs médiévaux ont été restaurés. C’est calme, presque campagnard. La plupart des visiteurs restent sur le parvis et ratent ce quartier. Le pont Bouju offre le meilleur point de vue sur le chevet de la cathédrale, avec la rivière au premier plan.

Pour le déjeuner, la rue des Changes (entre la cathédrale et la place Billard) concentre les restaurants. Un menu du jour tourne autour de 14 euros. Évitez les crêperies du parvis, surfacturées et médiocres.

Ce que le pèlerin retient de Chartres

Chartres n’est pas un pèlerinage de foule. Ce n’est ni Lourdes ni Fatima. Hors week-end de Pentecôte, le visiteur entre seul dans la cathédrale, s’assoit, et se retrouve face au silence. La nef est si haute (37 mètres sous voûte) que les bruits de pas s’y perdent. On entend parfois le vent siffler à travers les joints des vitraux. Le regard monte, suit les nervures d’ogive, se perd dans le bleu.

Ceux qui ont fait le pèlerinage de Pentecôte gardent un souvenir différent. Trois jours de marche sur les routes plates de la Beauce, les pieds en feu, les épaules brûlées par le soleil ou trempées par la pluie. On dort dans des champs sur un tapis de sol. On se réveille à 5h. On marche, on prie, on recommence. Le troisième jour, quand les flèches apparaissent à l’horizon de blé, quelque chose lâche. Des marcheurs pleurent sans raison précise. D’autres accélèrent le pas. L’entrée dans la cathédrale, après la messe finale sur l’esplanade, est un moment d’une densité difficile à décrire. On pose son sac, on s’assoit, et la fatigue se transforme en quelque chose d’autre.

Chartres agit par accumulation. Ce n’est pas un lieu qui provoque un choc immédiat. C’est un lieu qui se dépose en vous, couche après couche, comme les strates de la crypte : le calcaire gallo-romain, les murs carolingiens, les voûtes gothiques, et au-dessus, la lumière bleue qui traverse huit siècles de verre sans faiblir.

FAQ

Quand a lieu le pèlerinage de Chartres ?

Le pèlerinage de Paris à Chartres a lieu chaque année le week-end de la Pentecôte, du samedi au lundi. L’inscription se fait en ligne sur le site de Notre-Dame de Chrétienté, généralement à partir de février. Le pèlerinage est ouvert à tous, y compris aux familles avec enfants.

La cathédrale est-elle gratuite ?

Oui, l’entrée de la cathédrale est libre et gratuite. Seules les visites guidées de la tour nord (7 euros) et de la crypte (5 euros) sont payantes. Les visites de la crypte partent de l’Office de tourisme à heures fixes.

Peut-on parcourir le labyrinthe ?

Oui, mais uniquement le vendredi entre 10h et 17h, lorsque les chaises de la nef sont retirées. Le reste de la semaine, le labyrinthe est recouvert par le mobilier liturgique. Le parcours prend environ 20 minutes si l’on marche lentement, davantage à genoux.

Où voir le Voile de la Vierge ?

Le Voile de la Vierge (Sancta Camisa) est exposé dans une châsse du déambulatoire nord, derrière le chœur. Il est visible en permanence pendant les heures d’ouverture de la cathédrale. La signalétique est discrète, et beaucoup de visiteurs passent devant sans le remarquer. N’hésitez pas à demander aux bénévoles d’accueil si vous ne le trouvez pas.

Activités et visites guidées

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