Pèlerinage à Compostelle : guide complet du Camino

Lieu
Saint-Jacques-de-Compostelle, Galice
Meilleure période
Mai à octobre
Durée
4 à 6 semaines
Difficulté
Difficile
Compostelle Espagne Galice chemin saint Jacques
Saint-Jacques-de-Compostelle : Le Grand Pèlerinage Europeen
Fabien Barrau• CC BY-SA 4.0

Pourquoi Compostelle attire encore des centaines de milliers de pèlerins

Depuis plus de mille ans, des marcheurs venus de toute l’Europe convergent vers la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, où reposeraient les restes de l’apôtre Jacques le Majeur. Ce pèlerinage est l’un des trois grands pèlerinages de la chrétienté, avec Rome et Jérusalem. Le renouveau est spectaculaire depuis les années 1980. En 2024, plus de 400 000 pèlerins ont reçu la Compostela, le certificat qui atteste l’achèvement du chemin.

Mais les chiffres ne disent pas l’essentiel. Ce qui ramène les marcheurs année après année, c’est autre chose. Cinq semaines de marche qui dépouillent les habitudes. La vie se réduit à quelques gestes : poser un pied devant l’autre, manger, dormir, repartir. Et quelque chose s’ouvre, un espace intérieur que la vie ordinaire ne laisse jamais vacant.

Les principaux chemins vers Compostelle

Le Camino Francés

C’est l’itinéraire classique. 800 kilomètres depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, à travers la Navarre, la Rioja, la Castille et la Galice. Les étapes traversent Pampelune, Burgos, León, Astorga. Le chemin est parfaitement balisé, les albergues (gîtes pour pèlerins) nombreuses. C’est aussi le plus fréquenté : en haute saison, trouver un lit peut devenir un souci quotidien.

Le Camino del Norte

Il longe la côte cantabrique sur 825 kilomètres depuis Irun. Plus montagneux, moins fréquenté, il traverse des paysages côtiers à couper le souffle. Falaises battues par l’Atlantique, ports de pêche basques et asturiens, forêts d’eucalyptus trempées de brume. Le dénivelé cumulé est sensiblement plus élevé que sur le Francés.

Le Camino Portugués

Depuis Porto, comptez 240 kilomètres. Depuis Lisbonne, 620. L’itinéraire côtier, qui passe par Vigo, est devenu très populaire ces dernières années. Moins exigeant physiquement, il convient bien à un premier Camino.

Les quatre voies françaises

Depuis la France, quatre routes historiques mènent aux Pyrénées : la via Turonensis depuis Paris, la via Lemovicensis depuis Vézelay, la via Podiensis depuis Le Puy-en-Velay et la via Tolosana depuis Arles. La voie du Puy est la plus parcourue côté français, et c’est mérité. Ses paysages sont magnifiques, ses étapes jalonnées d’églises romanes remarquablement préservées.

La cathédrale de Saint-Jacques

La cathédrale de Saint-Jacques, but ultime de tous ces chemins, est un édifice roman du XIe siècle profondément remanié en style baroque au XVIIe. On entre généralement par la façade de l’Obradoiro, grandiose escalier de pierre qui débouche sur le narthex.

Le Pórtico de la Gloria, sculpté par Maître Mateo en 1188, est le sommet de la sculpture romane européenne. Après des années de restauration, il se visite désormais sur réservation. Les 200 figures qui le composent gardent des traces de polychromie d’origine : on devine encore du bleu, de l’or, du rouge.

Lors des grandes fêtes, le botafumeiro, un encensoir géant de 80 kilos, est balancé à travers le transept par huit hommes. L’engin atteint 70 km/h au bout de ses cordes. L’odeur d’encens, la fumée qui envahit la nef, le vacarme des chaînes. Ça prend aux tripes, même les non-croyants.

Préparer son Camino

La credencial, ou carnet du pèlerin, est indispensable. Elle se fait tamponner à chaque étape (albergues, églises, bars) et constitue la preuve de votre parcours. On l’obtient auprès des associations jacquaires françaises ou à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Le sac à dos ne doit pas dépasser 10 % de votre poids corporel, sous peine de tendinites et d’ampoules à répétition. Emportez peu de vêtements (vous laverez chaque soir) et de bonnes chaussures déjà rodées sur au moins 200 kilomètres. Un duvet léger suffit car les albergues fournissent des matelas.

La meilleure période se situe entre mai et juin, ou en septembre. Juillet et août sont étouffants sur la Meseta castillane (40 °C certains jours) et les chemins sont bondés. L’hiver, beaucoup d’albergues ferment.

Ce que le chemin change

On part souvent avec des motivations confuses. Défi sportif. Rupture à digérer. Quête spirituelle. Simple curiosité. Au bout de quelques jours, ces raisons initiales s’effacent. Le corps impose son rythme. Les rencontres, imprévisibles et souvent profondes, tissent une fraternité éphémère. Le soir, dans les dortoirs, on dit à des inconnus des choses qu’on ne dirait pas à ses proches. La fatigue fait tomber les masques.

Beaucoup de marcheurs disent que le vrai pèlerinage commence au retour, quand il faut réintégrer le quotidien avec ce que le chemin a ouvert.

Les étapes qui marquent le Camino Francés

Certaines étapes du chemin restent gravées plus que d’autres. La traversée des Pyrénées le premier jour, de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux, est un baptême du feu : 25 km avec 1 300 mètres de dénivelé positif. On monte dans le brouillard basque, on passe la frontière sans la voir, et on arrive au monastère de Roncevaux trempé de sueur, les jambes tremblantes. La collégiale gothique du XIIIe siècle vous attend avec un office du soir et la bénédiction des pèlerins. Ce premier soir donne le ton.

La Meseta, entre Burgos et León, est l’épreuve que beaucoup redoutent. Deux cents kilomètres de plateau céréalier à 800 mètres d’altitude, sans ombre, sans relief, sans village pendant parfois 20 km. Certains pèlerins trouvent cela insupportable. D’autres y vivent les jours les plus forts du chemin. Le ciel est immense, le silence total, et la marche devient une méditation involontaire. On avance, c’est tout.

La Cruz de Ferro, col à 1 500 mètres dans les monts du León, marque le point culminant du Francés. Chaque pèlerin dépose une pierre au pied d’une croix de bois plantée sur un monticule. La tradition veut que cette pierre représente un fardeau dont on se décharge. Le tas de cailloux est énorme, haut de plusieurs mètres. Certains y laissent des lettres, des photos, des objets. Le lieu est sobre, venté, sans chapelle ni gardien. C’est l’un des moments les plus intenses du chemin.

L’arrivée à Santiago, enfin. On entre par le Monte del Gozo, la « colline de la joie », d’où l’on aperçoit pour la première fois les tours de la cathédrale, à 5 km. Les pèlerins pleurent souvent à cet endroit. Le dernier tronçon traverse la banlieue moderne de Santiago, ce qui casse un peu la magie. Mais quand on débouche sur la Praza do Obradoiro et qu’on lève les yeux vers la façade baroque, tout le chemin se concentre dans cet instant. La messe du pèlerin, à midi, rassemble chaque jour des centaines de marcheurs épuisés et heureux dans la nef romane.

Informations pratiques

Le point de départ classique est Saint-Jean-Pied-de-Port, accessible en train depuis Bayonne (1 h 10, environ 7 euros). Depuis Paris, un TGV rejoint Bayonne en 4 h 30 (billets entre 45 et 95 euros). Le bureau des pèlerins de Saint-Jean-Pied-de-Port (39 rue de la Citadelle) délivre la credencial et fournit des informations sur les étapes. Il est ouvert de mars à octobre.

Le budget quotidien sur le Camino Francés varie selon le confort choisi. En albergue municipale (6 à 12 euros la nuit, dortoir de 20 à 80 lits), avec un petit-déjeuner au bar (café con leche et tostada, 3 euros) et un menú del peregrino le soir (10 à 12 euros pour trois plats et du vin), vous dépenserez entre 25 et 30 euros par jour. Les albergues privées coûtent entre 12 et 18 euros et offrent plus de confort (dortoirs plus petits, parfois des chambres doubles). Si vous préférez les petits hôtels ou les casas rurales, comptez 35 à 50 euros la nuit, et un budget total de 50 à 70 euros par jour.

La liste d’équipement est courte : deux tenues de marche, une tenue pour le soir, un duvet léger (les albergues fournissent des matelas, pas de draps), une paire de sandales pour le soir, une trousse de pharmacie (compresses, Compeed pour les ampoules, anti-inflammatoire). Le sac ne doit pas dépasser 7 à 8 kilos. Chaque gramme supplémentaire se paie en souffrance au bout de dix jours. Les marcheurs expérimentés postent leur surplus au bureau de poste de la prochaine grande ville, ou les abandonnent dans les « boîtes de partage » des albergues.

Pour le retour depuis Santiago, l’aéroport de Santiago-Lavacolla propose des vols low-cost vers Paris (Ryanair, Vueling, à partir de 30 euros si vous réservez tôt). Le bus pour Madrid (Alsa, 7 heures, 40 à 55 euros) ou le train (Renfe, 5 h 30 en Alvia, 35 à 60 euros) sont des alternatives. Beaucoup de pèlerins prolongent jusqu’à Finisterre, à 90 km de Santiago (trois jours de marche supplémentaires), pour voir l’océan Atlantique au « bout du monde ».

FAQ

Combien de temps faut-il pour faire le Camino Francés ?

Comptez 30 à 35 jours de marche pour les 800 kilomètres depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, à raison de 25 kilomètres par jour. Prévoyez deux ou trois jours de repos supplémentaires, notamment à Burgos et León qui méritent une journée de visite.

Faut-il être catholique pour faire le chemin ?

Non. Le chemin est ouvert à tous, croyants ou non. Environ la moitié des pèlerins déclarent une motivation religieuse, l’autre moitié invoque des raisons spirituelles, culturelles ou sportives. À l’arrivée, ceux qui ne souhaitent pas la Compostela (document religieux) peuvent demander un certificat civil de parcours.

Comment obtenir la Compostela ?

Il faut présenter sa credencial tamponnée au bureau des pèlerins de Santiago (Oficina del Peregrino, Rúa Carretas 33), en justifiant d’au moins 100 kilomètres à pied ou 200 kilomètres à vélo. Le bureau est ouvert tous les jours de 8h à 20h en haute saison.

Quel budget prévoir ?

Comptez entre 25 et 40 euros par jour selon votre mode de vie. Les albergues municipales coûtent entre 6 et 12 euros la nuit. Un repas du jour (menú del peregrino) revient à 10-12 euros. Le poste le plus variable reste le transport aller-retour.

Activités et visites guidées

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