Un village provençal marqué par deux apparitions
Cotignac ne ressemble à aucun autre lieu de pèlerinage. Ce village du Var, accroché sous une falaise de tuf percée de grottes, est le seul endroit au monde où la Vierge Marie et saint Joseph sont apparus séparément, à cent quarante et un ans d’écart. Pas dans la même église, pas au même siècle. Deux apparitions distinctes, deux sanctuaires, deux histoires qui se répondent à travers le temps.
Le 10 août 1519, un bûcheron nommé Jean de la Baume coupait du bois sur le mont Verdaille quand la Vierge lui apparut, accompagnée de l’Enfant Jésus, de saint Bernard et de l’archange Michel. Elle demanda qu’on bâtisse une église à cet endroit. Le bûcheron descendit au village, raconta ce qu’il avait vu. On le crut. L’église fut construite.
Le 7 juin 1660, un jeune berger de vingt-deux ans, Gaspard Ricard, gardait son troupeau en pleine sécheresse quand saint Joseph lui apparut. Il lui désigna un rocher et lui dit de le soulever. Dessous, une source jaillit. Elle coule encore aujourd’hui, plus de trois siècles et demi plus tard.
Le sanctuaire Notre-Dame de Grâces
On monte au sanctuaire par une route qui serpente entre les oliviers et les chênes verts. L’air sent le thym, la pierre chaude, la résine. L’église, posée à flanc de colline sur le mont Verdaille, est plus modeste qu’on ne l’imagine. Pas de flèche gothique, pas de parvis monumental. Une façade provençale sobre, des tuiles romaines, un clocher carré.
À l’intérieur, la lumière tombe douce par les vitraux. La statue de la Vierge, vénérée depuis le XVIe siècle, occupe le maître-autel. Les murs sont couverts d’ex-voto, certains très anciens, d’autres récents. Des marins, des soldats, des mères ont laissé là leurs remerciements. On sent que ce lieu vit, qu’il ne s’est pas figé dans un passé lointain.
C’est ici que Louis XIII et Anne d’Autriche vinrent en pèlerinage pour demander un héritier. Neuf mois plus tard naissait le futur Louis XIV. La coïncidence est troublante. Le roi avait attendu vingt-trois ans un fils. Après Cotignac, l’attente prit fin.
Le monastère Saint-Joseph
En redescendant vers le village, on rejoint le monastère Saint-Joseph en une vingtaine de minutes à pied. Le lieu est plus retiré, plus silencieux. Les Bénédictines qui y vivent entretiennent la source de Gaspard Ricard. On peut s’y recueillir, remplir un flacon d’eau à la fontaine. Le débit n’a jamais tari depuis 1660, même pendant les étés les plus secs.
Le contraste entre les deux sanctuaires frappe. Notre-Dame de Grâces, là-haut, respire l’ampleur, la vue sur la plaine provençale, la lumière du ciel ouvert. Saint-Joseph, en bas, est tourné vers l’intérieur, vers la terre, vers cette eau qui sourd du rocher. L’un appelle le regard vers le haut, l’autre invite à se pencher, à écouter.
Ce qui rend Cotignac singulier
Beaucoup de sanctuaires mariaux existent en France. Cotignac se distingue par trois éléments que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Le premier est la double apparition. La Vierge et saint Joseph, séparément, dans le même village. L’Église a reconnu les deux événements. Le sanctuaire de Saint-Joseph est d’ailleurs le seul en France dédié spécifiquement au père nourricier du Christ.
Le deuxième est le lien direct avec la monarchie française. Le vœu de Louis XIII, la naissance de Louis XIV, la consécration de la France à la Vierge Marie qui s’ensuivit : Cotignac est au cœur de cette histoire.
Le troisième est l’environnement. On est loin des grandes foules de Lourdes ou de Lisieux. Le Var impose son rythme. Les cigales chantent, la chaleur ralentit le pas, on s’assoit à l’ombre d’un platane pour boire un café avant de reprendre la montée. Le pèlerinage ici se mêle à la vie provençale sans effort.
Préparer sa visite
La route depuis Aix-en-Provence prend environ une heure. Depuis Nice, comptez une heure trente. Aucune gare ne dessert directement le village ; la voiture reste le moyen le plus pratique.
On peut visiter les deux sanctuaires en une demi-journée, mais prendre la journée entière permet de marcher entre les deux sites sans se presser, de s’arrêter au village pour déjeuner, de profiter du calme. Les messes sont célébrées quotidiennement dans les deux sanctuaires. Les grandes fêtes tombent le 10 août (apparition de la Vierge) et le 7 juin (apparition de saint Joseph).
L’été est la saison la plus agréable pour la visite, mais aussi la plus chaude. Le printemps, quand la garrigue est en fleur et que la lumière reste douce, est probablement le meilleur moment.
Visiter Cotignac : parcours conseillé
Commencez par Notre-Dame de Grâces, tôt le matin. Le parking se trouve en contrebas du sanctuaire, à cinq minutes de marche. La montée par la route goudronnée est douce, même pour des enfants. Si vous préférez le sentier piétonnier qui part du village, comptez vingt-cinq minutes en marchant tranquillement. L’arrivée par ce chemin est la plus belle : on débouche entre les oliviers, l’église apparaît d’un coup, la plaine du Var s’ouvre en contrebas jusqu’aux premières collines du Haut-Var.
Prévoyez quarante-cinq minutes à l’intérieur. Les ex-voto méritent une lecture attentive. Certains datent du XVIIe siècle, peints sur des plaques de bois. On y voit des naufrages évités, des guérisons d’enfants, des soldats rentrés vivants des guerres napoléoniennes. Le mur du fond, près de la sacristie, rassemble les plus anciens. À gauche de l’autel, une petite salle expose des documents sur la venue de Louis XIII et Anne d’Autriche en février 1638.
Redescendez ensuite vers le village par le même chemin ou par la route. Au village, arrêtez-vous sur la place de la Mairie. Le café qui fait l’angle sert un espresso correct et des navettes provençales. Le marché du mardi matin occupe toute la rue principale. Vous verrez la falaise de tuf au-dessus des toits, percée de grottes troglodytiques habitées jusqu’au XIXe siècle. On peut monter aux grottes par un escalier taillé dans la roche (gratuit, dix minutes), mais le passage est étroit et déconseillé aux personnes sujettes au vertige.
Du village, prenez la D22 en direction du monastère Saint-Joseph (panneau fléché). À pied, le trajet prend vingt minutes par un chemin plat qui longe des vignes et des champs d’oliviers. Le monastère est ouvert de 9 h à 12 h et de 14 h 30 à 17 h 30 (horaires à vérifier en hiver). La source se trouve à gauche de l’entrée principale, accessible librement. Apportez une bouteille vide si vous souhaitez emporter de l’eau. La chapelle est minuscule, dix à quinze places assises. Les jours de semaine hors saison, vous serez probablement seul.
Informations pratiques
Depuis Paris, le trajet le plus rapide passe par le TGV jusqu’à Aix-en-Provence TGV (3 h), puis une location de voiture pour les 80 km restants (1 h 10). Depuis Lyon, comptez 3 h 30 de route par l’A7 puis la sortie Brignoles. Depuis Nice, 1 h 30 par l’A8 et la sortie Le Luc. Il n’existe aucune liaison ferroviaire directe vers Cotignac. La ligne de bus LR 61 (réseau Zou!) relie Brignoles à Cotignac en 35 minutes, mais ne circule que deux à trois fois par jour en semaine, et pas du tout le dimanche.
Pour dormir, le village compte deux hôtels (le Lou Calen, chambres à partir de 75 euros, et l’Hostellerie de Cotignac à partir de 90 euros) et plusieurs gîtes ruraux aux alentours. En été, réservez au moins deux semaines à l’avance. Les campings les plus proches se trouvent à Carcès (8 km) et Entrecasteaux (10 km).
Côté budget, la visite elle-même ne coûte rien. Les deux sanctuaires sont gratuits. Comptez 15 à 20 euros par personne pour un déjeuner au village (deux ou trois restaurants proposent une cuisine provençale honnête). Le plein d’essence et les péages depuis Aix reviendront à environ 25 euros aller-retour.
Le meilleur moment pour venir reste le mois de mai. La garrigue sent le romarin et le thym, les températures tournent autour de 22 à 25 degrés, et la fréquentation reste faible. Juin est agréable aussi, surtout autour de la fête de saint Joseph le 7. Juillet et août sont chauds (35 degrés certains jours) et le chemin vers Notre-Dame de Grâces est en plein soleil. Si vous venez en été, partez avant 9 heures.
Ce que le pèlerin retient de Cotignac
Ce n’est pas la taille des sanctuaires qui marque. Ce n’est pas la foule, puisqu’il n’y en a presque pas. C’est l’échelle. Tout est petit à Cotignac. Le village, les chapelles, la source. Et cette petitesse change quelque chose dans la façon dont on prie.
À Lourdes, on est porté par la masse. Dix mille personnes qui chantent le même Ave Maria, c’est une force qui vous soulève. À Cotignac, c’est l’inverse. Vous êtes seul devant la source, seul dans la chapelle du monastère, seul sur le sentier entre les deux sanctuaires. Le silence de la garrigue entre dans la prière. On entend les cigales, le vent dans les pins, le bruit de l’eau qui coule depuis 1660. Il n’y a rien à faire, rien à suivre, aucun programme. Juste marcher, s’arrêter, repartir.
Les pèlerins qui reviennent (et beaucoup reviennent) parlent souvent de saint Joseph. Sa présence ici est discrète, comme l’était sa vie. Pas de basilique en son honneur, pas de statue monumentale. Un monastère modeste, une source, une mémoire. Les familles qui cherchent un enfant viennent prier ici. Les couples en difficulté aussi. La tradition est ancienne et tenace : depuis Louis XIII, on vient demander à Cotignac ce que la médecine ou la patience n’ont pas donné.
On repart avec l’odeur de la garrigue sur les vêtements. C’est un souvenir concret, presque trivial. Mais des semaines plus tard, en ouvrant un sac, cette odeur de thym sec et de pierre chaude ramène tout : la lumière, le chemin, le silence de la chapelle. Cotignac s’imprime dans les sens autant que dans l’esprit.
FAQ
Peut-on visiter les deux sanctuaires de Cotignac à pied ?
Oui. Notre-Dame de Grâces et le monastère Saint-Joseph sont distants d’environ deux kilomètres. Le chemin entre les deux passe par le village et se parcourt en vingt à trente minutes. L’ensemble se fait aisément en une demi-journée.
Quelles sont les dates importantes à Cotignac ?
Les deux grandes fêtes sont le 7 juin, anniversaire de l’apparition de saint Joseph à Gaspard Ricard, et le 10 août, anniversaire de l’apparition de la Vierge Marie à Jean de la Baume. Des messes et des processions sont organisées ces jours-là.
La source de saint Joseph coule-t-elle toujours ?
Oui. La source indiquée par saint Joseph en 1660 n’a jamais cessé de couler. On peut s’y rendre librement au monastère Saint-Joseph et y puiser de l’eau.
Cotignac est-il accessible sans voiture ?
Difficilement. Le village n’est pas desservi par le train. Quelques lignes de bus départementales existent depuis Brignoles, mais les horaires sont limités. La voiture reste le moyen le plus fiable pour s’y rendre depuis Aix-en-Provence ou Nice.