Ce que la Terre Sainte fait aux pèlerins
Aucun pèlerinage ne ressemble à celui-ci. À Lourdes ou à Rome, on visite des lieux construits pour honorer des événements. En Terre Sainte, on marche sur les lieux eux-mêmes. La colline du Golgotha est toujours là, enchâssée dans une église. Le lac de Tibériade est le même lac que celui où Pierre a jeté ses filets. L’Évangile cesse d’être un texte ; il devient un paysage, une lumière, une odeur de poussière chaude.
C’est le plus ancien pèlerinage de la chrétienté. Dès le IVe siècle, des chrétiens faisaient le voyage depuis l’Europe. Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, est venue en 326 identifier les lieux de la Passion et y a fait bâtir des églises. Depuis, le flot n’a jamais cessé, malgré les croisades, les conquêtes, les guerres.
Jérusalem, le cœur du pèlerinage
On n’est pas préparé à Jérusalem. La vieille ville, ceinte de ses murailles ottomanes, tient dans un kilomètre carré. Tout s’y concentre, tout s’y superpose. Le quartier chrétien jouxte le quartier musulman, le Mur occidental longe l’esplanade des Mosquées. Trois religions, trois mémoires, un même sol.
Le Saint-Sépulcre
Le Saint-Sépulcre déroute au premier contact. On s’attend à une cathédrale lumineuse ; on trouve un édifice sombre, labyrinthique, partagé entre six confessions chrétiennes selon un protocole figé depuis 1853. Les moines coptes campent sur le toit. Les Grecs orthodoxes tiennent le Catholicon central. Les Franciscains gardent la chapelle de la Crucifixion.
C’est justement ce désordre apparent qui touche. On monte un escalier raide jusqu’au rocher du Calvaire, on se met à genoux pour glisser la main dans le trou où la croix aurait été plantée. Quelques mètres plus bas, on entre dans l’édicule du tombeau. L’espace est minuscule, quatre ou cinq personnes au maximum. On pose la main sur la dalle de marbre. Le silence se fait, même quand la file d’attente s’impatiente dehors.
La Via Dolorosa
Le Chemin de Croix traverse la vieille ville en quatorze stations, depuis la forteresse Antonia jusqu’au Saint-Sépulcre. Le vendredi après-midi, les Franciscains conduisent une procession ouverte à tous. On marche dans les ruelles étroites du souk, entre les étals d’épices et les boutiques de souvenirs. Les stations sont parfois difficiles à repérer, marquées par de simples plaques sur des murs. Le parcours prend une quarantaine de minutes, davantage le vendredi quand la foule est dense.
Le Mont des Oliviers
De l’autre côté de la vallée du Cédron, le Mont des Oliviers domine la vieille ville. La vue depuis le sommet est celle que le Christ lui-même avait sous les yeux. On descend par un sentier qui passe devant l’église du Dominus Flevit, où Jésus pleura sur Jérusalem, puis devant le jardin de Gethsémani. Les oliviers qui s’y trouvent ont entre huit cents et deux mille ans selon les datations. Certains étaient peut-être déjà là cette nuit-là.
Bethléem
Bethléem est à dix kilomètres au sud de Jérusalem. On passe un checkpoint, un mur de séparation. Le contraste est brutal. La basilique de la Nativité, l’une des plus anciennes églises du monde, se dresse sur la place de la Mangeoire. On entre par une porte basse, la porte de l’Humilité, qui oblige à se courber. L’intérieur est vaste, soutenu par des colonnes du IVe siècle, leurs chapiteaux encore peints de rouge et d’or.
On descend par un escalier étroit jusqu’à la grotte. Une étoile d’argent à quatorze branches, scellée dans le sol, marque le lieu traditionnel de la naissance. L’espace est exigu, chaud, éclairé par des lampes à huile. On s’y bouscule un peu, on prie vite, on remonte. Mais l’image reste. Cette grotte creusée dans le calcaire, ce plafond bas, cette chaleur : on comprend physiquement ce que signifie naître dans la pauvreté.
Nazareth et la Galilée
Nazareth est à cent cinquante kilomètres au nord de Jérusalem, au cœur de la Galilée. La basilique de l’Annonciation, construite en 1969, est un édifice moderne et massif qui enveloppe la grotte où, selon la tradition, l’ange Gabriel annonça à Marie qu’elle porterait le fils de Dieu. La grotte elle-même, en contrebas de la nef, est petite et nue. Les murs de la basilique supérieure sont ornés de représentations de la Vierge offertes par des dizaines de pays ; chaque culture y a projeté son propre visage de Marie.
Au bord du lac de Tibériade, on visite Capharnaüm, le village de Pierre, où les ruines d’une synagogue du Ier siècle sont encore visibles. Tabgha, lieu de la multiplication des pains, conserve une mosaïque byzantine célèbre représentant les pains et les poissons. Le mont des Béatitudes, colline douce couverte de jardins, surplombe le lac. C’est là que Jésus prononça le Sermon sur la montagne. Le matin tôt, quand la brume se lève sur l’eau, le lieu a quelque chose d’intact.
Conseils pour organiser le pèlerinage
Un pèlerinage classique en Terre Sainte dure huit à dix jours. Ce n’est pas trop. Jérusalem seule demande trois ou quatre jours pour les lieux majeurs. Bethléem se visite en une demi-journée. La Galilée (Nazareth, Tibériade, Capharnaüm) occupe deux jours pleins.
Privilégiez un voyage organisé par une agence spécialisée. La logistique est lourde : checkpoints, changements de territoire, guides locaux obligatoires dans certains lieux. Un bon accompagnateur spirituel transforme le voyage. La différence entre un guide touristique et un prêtre qui ouvre l’Évangile devant le lac de Tibériade est immense.
Le printemps (mars à mai) et l’automne (septembre à novembre) sont les meilleures périodes. L’été est caniculaire dans le désert de Judée et à Jérusalem, où les températures dépassent régulièrement trente-cinq degrés. L’hiver est doux mais pluvieux.
Budget et transports depuis la France
Les vols directs Paris-Tel Aviv durent 4h30. Air France, El Al et les compagnies low-cost (Transavia, easyJet) proposent des allers-retours entre 200 et 400 euros selon la saison. Depuis Lyon, comptez une escale et 250 à 450 euros. L’aéroport Ben Gourion, situé entre Tel Aviv et Jérusalem, est relié à Jérusalem par le train rapide (20 minutes, 16 shekels soit environ 4 euros) ou par les navettes partagées (sherout) pour 65 shekels (environ 17 euros).
Un pèlerinage organisé par une agence spécialisée coûte entre 1 800 et 2 500 euros par personne pour 8 jours, vol inclus. Ce tarif comprend l’hébergement en hôtel 3 étoiles, les repas, le transport sur place, le guide et l’accompagnateur spirituel. C’est cher, mais la logistique en Terre Sainte justifie ce prix. Les déplacements entre les zones, les guides locaux obligatoires, les pourboires à prévoir (5 à 10 euros par jour et par personne pour le chauffeur et le guide) : tout cela s’additionne vite en individuel.
Si vous voyagez seul, l’hébergement à Jérusalem va de 25 euros la nuit en auberge de pèlerins (la Casa Nova des Franciscains, dans la vieille ville, est la plus connue) à 150 euros en hôtel confortable. Les maisons d’accueil tenues par des congrégations religieuses offrent un excellent compromis : l’Austrian Hospice, sur la Via Dolorosa, propose des chambres à 80 euros avec une terrasse sur les toits de la vieille ville. La vue depuis cette terrasse vaut tous les panoramas d’Israël.
Pour les repas, le quartier chrétien de la vieille ville offre des restaurants corrects entre 8 et 15 euros le plat. Le houmous d’Abu Shukri, près de la cinquième station, est servi tiède, crémeux, avec du pain frais, pour moins de 5 euros. En dehors de la vieille ville, les restaurants de Jérusalem-Ouest pratiquent des prix occidentaux : comptez 20 à 30 euros par repas. En Galilée, les prix baissent sensiblement.
Les transports entre les sites sont le point délicat du voyage individuel. Le bus 231 relie Jérusalem à Bethléem (30 minutes, 5 shekels), mais il faut traverser le checkpoint à pied. Pour la Galilée, le bus Egged Jérusalem-Tibériade prend environ 2h30 (42 shekels). La location de voiture est possible (à partir de 30 euros par jour) mais la conduite en Israël demande de l’habitude : les panneaux sont en hébreu, arabe et anglais, et les routes sont souvent encombrées.
Ce que le pèlerin retient de la Terre Sainte
Ce qui frappe d’abord, c’est la taille. Tout est petit. Le tombeau du Christ tient dans un placard. La grotte de la Nativité à Bethléem a la superficie d’un salon. Le lac de Tibériade ressemble à un étang quand on le compare aux lacs alpins. Le Jourdain, à l’endroit du baptême, est un ruisseau de cinq mètres de large. Les distances aussi sont courtes : Bethléem est à 10 km de Jérusalem, Nazareth à 150 km. Tout le pays de la Bible tiendrait dans un département français.
Cette petitesse change la lecture des Évangiles. On comprend que le Christ n’a jamais voyagé loin. Que ses paraboles parlent de collines sèches, de figuiers, de vignes poussant sur des terrasses de pierre, parce que c’est ce qu’il voyait chaque jour. Que la pêche miraculeuse avait lieu sur un lac où l’on aperçoit la rive opposée à l’oeil nu.
L’autre chose qui reste, c’est le bruit. Jérusalem est bruyante. Le muezzin appelle à la prière à 4h30 du matin. Les cloches des églises répondent à 6h. Les commerçants du souk crient, les pèlerins chantent, les soldats patrouillent. Prier au Saint-Sépulcre, c’est prier dans le vacarme. On n’est jamais seul, jamais au calme. Le recueillement ne vient pas du silence extérieur. Il se construit contre le bruit, malgré lui. Beaucoup de pèlerins disent que c’est justement cette difficulté qui rend la prière plus réelle.
Et puis il y a les matins au bord du lac de Tibériade. Le contraste avec Jérusalem est total. L’eau est plate, les collines descendent en pente douce, les eucalyptus sentent fort dans la chaleur. Un bateau de pêche passe au loin. On lit le chapitre 21 de Jean, celui de la pêche après la Résurrection, et les mots collent au paysage avec une exactitude troublante. C’est pour ces moments-là qu’on vient en Terre Sainte.
FAQ
Le pèlerinage en Terre Sainte est-il sûr ?
La situation sécuritaire évolue. Consultez les recommandations du ministère des Affaires étrangères avant de réserver. Les pèlerinages organisés par des agences spécialisées offrent un encadrement solide et adaptent les itinéraires en fonction du contexte. Les lieux saints eux-mêmes sont en général bien sécurisés.
Combien de temps dure un pèlerinage en Terre Sainte ?
Huit à dix jours pour un itinéraire classique couvrant Jérusalem, Bethléem, Nazareth et la Galilée. Certains circuits de douze à quatorze jours ajoutent le désert du Néguev, la mer Morte et le Jourdain.
Faut-il un visa pour se rendre en Terre Sainte ?
Les ressortissants français n’ont pas besoin de visa pour Israël dans le cadre d’un séjour touristique de moins de trois mois. Un passeport valide au moins six mois après la date de retour suffit. Pour les territoires palestiniens (Bethléem, Jéricho), l’accès se fait depuis Israël sans formalité supplémentaire dans le cadre d’un pèlerinage organisé.
Peut-on faire le pèlerinage seul ou faut-il un groupe ?
On peut voyager seul, mais un pèlerinage organisé est fortement recommandé. La présence d’un guide francophone et d’un accompagnateur spirituel enrichit considérablement l’expérience. La logistique des déplacements entre Jérusalem, Bethléem et la Galilée est aussi nettement plus simple en groupe.




