La Salette : apparition de la Vierge en montagne

Lieu
La Salette-Fallavaux, Isere
Meilleure période
Juin à septembre
Durée
1-2 jours
Difficulté
Modérée
apparitions mariales montagne Isere Alpes penitence
La Salette : L'Apparition de la Vierge en Montagne
FredSeiller• CC0

L’apparition du 19 septembre 1846

Ce jour-là, deux jeunes bergers de Corps gardaient leurs vaches sur les pentes du mont Planeau. Mélanie Calvat avait quinze ans. Maximin Giraud, onze. En fin d’après-midi, une lumière éblouissante surgit près d’une source tarie. Une femme en pleurs, assise sur une pierre, leur adressa un message sévère. Elle parlait du repos dominical bafoué, du nom de Dieu blasphémé, de la famine qui menaçait si les hommes ne changeaient pas. Puis elle s’éleva dans la lumière et disparut.

L’événement fut reconnu par l’Église dès 1851. Ce qui frappe dans cette apparition, c’est l’absence de tout spectacle rassurant. Pas de guérisons miraculeuses, pas de source jaillissante, pas de promesse douce. Un appel à la pénitence, brut et direct. La Salette est l’apparition qui dérange, celle qui exige quelque chose du pèlerin avant même qu’il n’arrive.

Le sanctuaire à 1 800 mètres

Le sanctuaire occupe un replat à 1 787 mètres d’altitude, cerné par les sommets des Alpes du Dauphiné. L’air est vif, le silence presque total. En été, les prairies alpines tapissent les pentes d’un vert intense. En hiver, la neige recouvre tout et rend l’accès quasi impossible pendant plusieurs mois. Cette rudesse n’est pas un défaut : elle fait partie intégrante de l’expérience spirituelle du lieu.

La basilique, construite entre 1852 et 1879, adopte un style néo-roman sobre. À l’intérieur, des mosaïques retracent les événements de l’apparition avec une précision narrative remarquable. On reconnaît Mélanie et Maximin agenouillés, la Vierge assise, la lumière. L’émotion vient de la simplicité des scènes autant que de leur dorure.

Sur le lieu exact de l’apparition, une statue de la Vierge en pleurs accueille les pèlerins. C’est le cœur du sanctuaire, le point vers lequel tout converge. La source, tarie le 19 septembre 1846, coule de nouveau depuis ce jour. Les pèlerins s’y désaltèrent et remplissent des flacons qu’ils rapportent chez eux. L’eau est fraîche, pure, avec ce goût particulier des sources de montagne.

La montée depuis Corps

La route qui serpente depuis le village de Corps constitue déjà un pèlerinage à part entière. Certains la parcourent à pied : comptez deux à trois heures de marche soutenue, avec un dénivelé conséquent. Le souffle se fait court, les jambes tirent. On arrive au sanctuaire dans un état de fatigue qui ressemble à un dépouillement.

Sur place, le chemin des apparitions guide la prière entre plusieurs stations. Le vent souffle souvent, même en été. Les montagnes tout autour rappellent la petitesse de l’homme. C’est un lieu qui ne cherche pas à plaire, et c’est précisément pour cette raison qu’il touche si profondément ceux qui y montent.

Le sanctuaire de La Salette accueille chaque année des milliers de pèlerins venus de toute l’Europe. Les missionnaires de Notre-Dame de La Salette, congrégation fondée après les apparitions, assurent l’animation spirituelle du lieu. Retraites, confessions, célébrations eucharistiques rythment la saison, de mi-avril à fin octobre.

Visiter le sanctuaire : parcours conseillé

Arrivé au sanctuaire, commencez par le lieu de l’apparition. Un chemin balisé part du parvis de la basilique et descend vers la ravine du Sézia, où Mélanie et Maximin gardaient leurs vaches ce 19 septembre 1846. La statue de la Vierge en pleurs, installée en 1852, marque le point exact. À ses pieds, la source coule dans un petit bassin de pierre. L’eau est glacée, même en août. Les pèlerins s’y lavent les mains et le visage.

Le parcours passe ensuite par les stations qui reconstituent les étapes de l’apparition : l’endroit où les enfants aperçurent la lumière, la pierre sur laquelle la Vierge était assise, le chemin qu’elle emprunta avant de s’élever et de disparaître. Chaque station porte un extrait du message. La boucle complète prend quarante-cinq minutes à une heure, selon le temps que vous consacrez à la prière.

Remontez vers la basilique. À l’intérieur, les mosaïques de la nef méritent une attention prolongée. Elles furent posées entre 1870 et 1912. Celle du chœur représente la Vierge apparaissant aux deux bergers, avec un soin du détail qui restitue les costumes, la végétation alpine et la lumière de fin d’après-midi. Les orgues, restaurées en 1996, résonnent lors des offices du dimanche et des fêtes.

Le musée du sanctuaire, petit mais bien documenté, expose des objets liés aux voyants : le bâton de berger de Maximin, des lettres de Mélanie écrites depuis la Campanie où elle s’exila plus tard. Des gravures d’époque montrent l’afflux des premiers pèlerins dès 1847, un an seulement après les faits.

Après le musée, accordez-vous une marche sur le sentier du calvaire, qui grimpe au-dessus du sanctuaire. Le dénivelé est modeste (environ 150 mètres), mais le panorama en vaut la peine. Par temps dégagé, on distingue le lac du Sautet au nord et les crêtes du Dévoluy à l’est. Le vent souffle fort là-haut. Prenez un coupe-vent.

Informations pratiques

Le sanctuaire de La Salette est accessible depuis Grenoble (110 km, environ 1h40 de route) par la N85 puis la D212. Depuis Lyon, comptez 2h30 par l’A48 puis la route de Corps. Depuis Paris, le trajet le plus rapide passe par le TGV jusqu’à Grenoble (3h), puis une location de voiture. Aucun transport en commun ne dessert le sanctuaire directement. En été, des navettes partent parfois de Corps, mais leur fréquence est irrégulière : renseignez-vous auprès de l’office de tourisme du Beaumont.

Le village de Corps, à 15 kilomètres en contrebas, constitue le dernier point de ravitaillement avant la montée. Vous y trouverez une station-service, une boulangerie, deux épiceries et plusieurs restaurants. L’Hôtel du Lac, au bord du lac du Sautet, propose des chambres à partir de 55 euros la nuit. Corps compte aussi deux gîtes ruraux et un camping municipal ouvert de juin à septembre (14 euros l’emplacement).

Au sanctuaire même, l’hôtellerie Notre-Dame de La Salette accueille les pèlerins en pension complète à environ 45 euros par jour (nuit, petit-déjeuner, déjeuner et dîner). Les repas sont simples, copieux, servis à heures fixes dans un réfectoire. Réservez au moins deux semaines à l’avance pour juillet et août.

La route d’accès au sanctuaire (D212) est étroite, avec des virages serrés et aucune glissière sur certains tronçons. Elle est fermée en hiver, généralement de novembre à mi-avril. La date exacte de réouverture dépend de l’enneigement. En cas de doute, appelez le sanctuaire avant de partir. L’altitude de 1 787 mètres signifie que les nuits sont fraîches toute l’année. Même en juillet, la température tombe à 5 ou 6 degrés après le coucher du soleil. Emportez des vêtements chauds, une lampe frontale si vous restez pour un office du soir, et de bonnes chaussures de marche.

Ce que le pèlerin retient de La Salette

Le premier choc est physique. Le souffle court à 1 800 mètres, le froid, le vent qui ne cesse pas. On n’arrive pas à La Salette dans le confort. La montagne impose son rythme. Les genoux protestent dans la descente vers le lieu de l’apparition. On transpire dans la montée vers le calvaire. Cette fatigue n’est pas accessoire. Elle prépare à quelque chose.

Le message de La Salette est rude. Il ne console pas. Il reproche. La Vierge pleurait parce que les chrétiens ne priaient plus, ne respectaient plus le dimanche, blasphémaient. Ce n’est pas un message confortable à entendre, et c’est probablement pour cette raison que La Salette reste moins fréquenté que Lourdes ou Lisieux. Les pèlerins qui reviennent sont ceux qui acceptent d’être bousculés.

Le soir, si vous dormez à l’hôtellerie, sortez après l’office de nuit. Le ciel des Alpes à 1 800 mètres, loin de toute pollution lumineuse, est d’une densité sidérante. La Voie lactée traverse le firmament d’un bord à l’autre. Les étoiles sont si nombreuses qu’elles semblent grésiller. Le silence est total. Pas un moteur, pas une voix. Juste le vent sur les pierres. C’est dans ces minutes-là, seul face à la montagne, que le pèlerinage prend tout son sens.

FAQ

Le sanctuaire de La Salette est-il ouvert toute l’année ?

Non. Le sanctuaire ouvre ses portes de mi-avril à fin octobre. Durant l’hiver, la neige abondante rend la route d’accès impraticable. Les dates précises varient chaque année selon les conditions météorologiques.

Faut-il être en bonne condition physique pour visiter La Salette ?

L’altitude de 1 800 mètres demande un minimum de forme. Le site reste en partie accessible aux personnes à mobilité réduite grâce à des aménagements autour de la basilique. Pour le chemin des apparitions, prévoyez de bonnes chaussures et un vêtement chaud, même en juillet.

Où dormir au sanctuaire de La Salette ?

L’hôtellerie du sanctuaire propose des chambres simples et propres, avec une pension complète à prix modique. La réservation est fortement recommandée en juillet et août, période où l’affluence est la plus forte. Le village de Corps, en contrebas, offre également quelques hébergements.

Quelle est la meilleure période pour un pèlerinage à La Salette ?

Le mois de septembre est idéal. Les foules de l’été se sont dispersées, l’air est limpide, et le 19 septembre marque l’anniversaire de l’apparition avec des célébrations particulières. Juin offre aussi de belles conditions, avec les premières fleurs alpines sur les pentes.