Lisieux : pèlerinage sur les pas de sainte Thérèse

Lieu
Lisieux, Calvados
Meilleure période
Juin à octobre
Durée
1-2 jours
Difficulté
Facile
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Lisieux : Sur les Pas de Sainte Therese de l'Enfant-Jesus
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Une carmélite de vingt-quatre ans qui a changé l’Église

Lisieux n’a rien de spectaculaire. Vingt mille habitants, des rues calmes, des maisons normandes à colombages, une cathédrale gothique que l’on traverse sans lever la tête. Pourtant, deux millions de pèlerins viennent ici chaque année. C’est le deuxième lieu de pèlerinage de France, juste après Lourdes. Tous viennent pour la même personne : une jeune femme morte de tuberculose en 1897, à vingt-quatre ans, dans le Carmel d’à côté.

Thérèse Martin est née à Alençon en 1873, dernière d’une fratrie de neuf enfants dont quatre moururent en bas âge. Sa mère, Zélie, mourut quand elle avait quatre ans. La famille s’installa à Lisieux. À quinze ans, Thérèse voulait entrer au Carmel. Trop jeune, refusée par l’évêque, elle alla jusqu’à Rome demander une dispense au pape Léon XIII en personne. Elle l’obtint.

Sa vie au couvent dura neuf ans. Rien de flamboyant. Pas de visions, pas de lévitations, pas de stigmates. Elle lavait le linge, balayait les couloirs, supportait le froid normand dans une cellule sans chauffage. Mais elle écrivait. Son autobiographie, Histoire d’une âme, publiée un an après sa mort, révéla une profondeur spirituelle qui bouleversa des millions de lecteurs. Sa « petite voie » — faire les choses ordinaires avec un amour extraordinaire — toucha des gens que les grands mystiques laissaient froids.

Pie XI la canonisa en 1925 et la proclama patronne des missions, elle qui n’avait jamais quitté la Normandie. Jean-Paul II en fit un docteur de l’Église en 1997. Ses parents, Louis et Zélie Martin, furent canonisés en 2015 : le premier couple de l’histoire de l’Église à recevoir cet honneur ensemble.

Les lieux thérésiens

La basilique Sainte-Thérèse

On la voit de loin. Son dôme s’élève à cinquante mètres au-dessus du sol, et sa silhouette romano-byzantine domine la ville. Inaugurée en 1954, elle est l’un des plus grands édifices religieux construits au XXe siècle. À l’intérieur, 8 000 m2 de mosaïques tapissent les murs et la voûte. Les couleurs sont intenses : or, bleu profond, rouge sang. Les scènes retracent la vie de Thérèse avec une richesse de détails qui demande plusieurs visites pour être pleinement appréciée.

La crypte, revêtue de marbre, abrite les reliques de Louis et Zélie Martin. L’éclairage tamisé et la taille modeste du lieu créent un contraste saisissant avec l’immensité de la basilique supérieure. C’est souvent dans la crypte que les pèlerins trouvent le plus de recueillement.

Le Carmel

C’est ici que Thérèse vécut du 9 avril 1888 jusqu’à sa mort le 30 septembre 1897. Le parloir, la chapelle, le petit jardin où elle aimait se promener. Tout est simple. Derrière la grille de la chapelle, la châsse contient ses reliques. Le silence est réel : une communauté de carmélites vit toujours ici, séparée des visiteurs par la clôture. On perçoit parfois le murmure d’un office derrière les murs.

Les Buissonnets

La maison familiale des Martin à Lisieux, où Thérèse vécut de quatre à quinze ans. La chambre où elle eut sa « grâce de Noël » en 1886 — le moment où, selon elle, elle cessa d’être une enfant pleurnicharde et devint elle-même. Le jardin est petit, le mobilier sobre. On touche du doigt la vie quotidienne d’une famille catholique de la bourgeoisie normande à la fin du XIXe siècle. L’émotion vient de là : cette sainteté a germé dans un décor absolument ordinaire.

La cathédrale Saint-Pierre

Gothique, XIIIe siècle, remaniée au XVIIe. C’est ici que la famille Martin assistait à la messe. Une chapelle latérale est dédiée à sainte Thérèse, ornée de vitraux modernes qui racontent sa vie. L’édifice mérite une visite pour lui-même, indépendamment du pèlerinage thérésien : les arcs-boutants sont élégants, et la lumière qui filtre par les verrières du choeur a cette qualité douce propre à la Normandie.

Vivre le pèlerinage à Lisieux

Lisieux se prête à un pèlerinage lent. Pas de foule immense, pas de procession de dix mille personnes. On marche d’un lieu à l’autre dans les rues de la ville, on s’assoit dans la basilique, on relit un passage d’Histoire d’une âme sur un banc du jardin des Buissonnets. Le sanctuaire propose des parcours thématiques et des temps de prière guidés. Les guides connaissent leur sujet sur le bout des doigts.

La fête de sainte Thérèse, le 1er octobre, est le sommet de l’année. Des milliers de pèlerins convergent pour la procession des reliques dans les rues de Lisieux. Les célébrations liturgiques s’étalent sur plusieurs jours. La dernière semaine de septembre est souvent la plus animée.

Informations pratiques

Lisieux est à deux heures de Paris par le train depuis la gare Saint-Lazare (ligne Paris-Caen, arrêt Lisieux). En voiture, l’autoroute A13 depuis Paris ou Caen mène directement à la ville. Le sanctuaire se situe à quinze minutes à pied de la gare.

Côté hébergement, la ville propose des hôtels, des chambres d’hôtes et un accueil pèlerin au sanctuaire. Les prix restent raisonnables, même en haute saison. Réservez tout de même pour la semaine du 1er octobre.

Visiter Lisieux : parcours conseillé

Le meilleur point de départ est la basilique, en haut de la ville. Si vous arrivez par la gare SNCF, le sanctuaire est à quinze minutes à pied en montant par l’avenue Sainte-Thérèse. Un petit train touristique fait aussi la navette en saison (2 euros).

Commencez par la basilique supérieure. Prenez le temps de lever les yeux. Les 8 000 m2 de mosaïques représentent des scènes de la vie de Thérèse, mais aussi de la vie de la Vierge et de grands saints du Carmel. Le dôme central, à cinquante mètres de hauteur, est entièrement recouvert d’or et de bleu. L’effet est saisissant quand le soleil du matin traverse les verrières hautes. Comptez trente à quarante minutes pour un tour complet, davantage si vous lisez les inscriptions latines qui courent le long des arcs.

Descendez ensuite à la crypte. L’escalier se trouve au fond de la nef, côté gauche. La crypte abrite les reliques de Louis et Zélie Martin dans deux châsses de marbre. L’espace est bas, intime, revêtu de marbre de Carrare. Les murs portent des mosaïques plus sombres que celles de la basilique supérieure. Quinze minutes suffisent, mais c’est souvent ici que les pèlerins s’attardent.

En sortant de la basilique, descendez vers le centre-ville par la rue de la Chaussée. Dix minutes de marche vous amènent à la cathédrale Saint-Pierre (XIIIe siècle). Entrez par le portail ouest. La nef gothique est sobre, presque austère après l’exubérance de la basilique. Dans le bas-côté droit, la chapelle Sainte-Thérèse contient six vitraux modernes (1960) qui racontent sa vie avec une palette de bleus et de violets. Le banc où la famille Martin s’asseyait chaque dimanche est signalé par une plaque discrète, dans la nef centrale, côté gauche.

Du parvis de la cathédrale, prenez la rue du Carmel (cinq minutes). Le Carmel se visite partiellement : la chapelle, le parloir reconstitué, et une exposition permanente sur la vie de Thérèse derrière le cloître. La châsse contenant ses reliques se trouve dans la chapelle, derrière une grille. Les carmélites chantent l’office de Laudes à 7 h 30 et les Vêpres à 17 h 30. Assister à l’un de ces offices ajoute une dimension que la visite seule ne donne pas.

Les Buissonnets sont à dix minutes à pied du Carmel, en remontant vers le nord. La visite guidée dure environ vingt minutes. On parcourt la salle à manger, le salon, la chambre de Thérèse. Le jardin, petit et clos de murs, conserve quelques rosiers. C’est ici que Thérèse, à treize ans, vit tomber la neige un jour de Noël et décida de « sortir de l’enfance ». La maison ferme à 12 h et rouvre à 14 h. Prévoyez votre passage en conséquence.

Parcours complet : 3 à 4 heures en marchant tranquillement, sans compter le temps de prière.

Ce que le pèlerin retient de Lisieux

Lisieux n’impressionne pas. C’est sa force. On ne vient pas ici pour une grotte miraculeuse, une source qui guérit ou une colline d’apparitions. On vient pour une jeune femme qui n’a rien fait de visible. Pas de miracles de son vivant. Pas de prédications devant les foules. Neuf ans dans un couvent normand, à balayer, à tousser, à écrire dans un cahier d’écolière.

Le choc, quand il vient, est un choc de proximité. La cellule du Carmel fait trois mètres sur deux. Le jardin des Buissonnets tiendrait dans un salon. La chambre où Thérèse dormait enfant est plus petite qu’une chambre d’hôtel. Tout est à portée de main. On touche les murs, on voit les objets, on mesure l’espace. Et on comprend, physiquement, que la sainteté de Thérèse s’est jouée dans un périmètre de quelques centaines de mètres carrés.

Les pèlerins qui connaissent Histoire d’une âme relisent souvent des passages sur place. Dans le jardin des Buissonnets, le chapitre sur la grâce de Noël prend une autre dimension. Au Carmel, les pages sur le froid, la fatigue, les petites humiliations quotidiennes deviennent concrètes. On voit le couloir qu’elle balayait. On sent l’humidité normande qui transperce les murs. La lecture change quand le lieu est là, sous les pieds.

Beaucoup repartent avec un livre de poche glissé dans le sac. Pas un souvenir pieux, pas une médaille. Un livre. C’est peut-être ce qui distingue Lisieux des autres pèlerinages : on en revient avec l’envie de lire, de comprendre, de creuser cette pensée qui tient en trois cents pages et qui a bouleversé la théologie du XXe siècle.

FAQ

Combien de temps prévoir pour un pèlerinage à Lisieux ?

Une journée suffit pour parcourir les principaux lieux thérésiens : basilique, Carmel, Buissonnets, cathédrale. Deux jours permettent de participer aux offices, de prendre le temps de la prière et de visiter le musée du sanctuaire.

L’entrée aux sites de Lisieux est-elle payante ?

La basilique, le Carmel et la cathédrale sont gratuits. Les Buissonnets demandent une participation modique (quelques euros). Les visites guidées du sanctuaire sont également gratuites.

Comment venir à Lisieux depuis Paris ?

Train direct depuis la gare Saint-Lazare, comptez environ deux heures. En voiture, suivez l’A13 direction Caen et sortez à Lisieux : environ 190 km, soit un peu moins de deux heures hors embouteillages.

Pourquoi sainte Thérèse est-elle si populaire ?

Sa « petite voie » a rendu la sainteté accessible. Thérèse n’a accompli aucun exploit visible. Elle a montré que la vie spirituelle la plus profonde pouvait se vivre dans les gestes les plus banals : sourire à une soeur qu’on n’aimait pas, accepter le froid sans se plaindre, offrir les petites contrariétés du quotidien. Ce message a touché des millions de personnes qui ne se reconnaissaient pas dans les grandes figures mystiques.