Comment tout a commencé à Massabielle
Le 11 février 1858, Bernadette Soubirous avait quatorze ans. Elle ramassait du bois mort le long du gave de Pau avec sa soeur et une amie quand elle aperçut, dans une anfractuosité de la grotte de Massabielle, une dame vêtue de blanc, ceinte d’une écharpe bleue. Bernadette tomba à genoux. Personne d’autre ne vit rien.
Dix-huit apparitions se succédèrent entre février et juillet. Lors de la neuvième, la Vierge demanda à Bernadette de gratter la terre au fond de la grotte. Un filet d’eau boueux apparut. Le lendemain, une source claire coulait. Elle coule encore : cent mille litres par jour, à température constante, depuis plus de cent soixante ans.
Les guérisons commencèrent presque aussitôt. Le Bureau des constatations médicales de Lourdes, fondé en 1883 et ouvert à tout médecin quelle que soit sa confession, a examiné des milliers de dossiers. Soixante-dix miracles ont été officiellement reconnus par l’Église. Le dernier date de 2018.
Les premières années du sanctuaire
Mgr Laurence, évêque de Tarbes, reconnut les apparitions en 1862 après quatre ans d’enquête rigoureuse. La crypte, première église du sanctuaire, sortit de terre dès 1863. La Basilique de l’Immaculée Conception suivit en 1871, puis la Basilique du Rosaire en 1889. Trois édifices adossés au rocher, superposés, qui forment une silhouette reconnaissable entre toutes.
Le chemin de fer atteignit Lourdes en 1866. Les Assomptionnistes lancèrent le Pèlerinage national dans les années 1870. En deux décennies, le hameau pyrénéen devint une cité mariale capable d’accueillir des dizaines de milliers de fidèles.
Que voir et faire au sanctuaire
La grotte de Massabielle
On entre par la gauche, on longe la paroi en silence. La roche, polie par des millions de mains depuis le XIXe siècle, est lisse comme du marbre. Au-dessus de la niche où apparut la Vierge, des cierges brûlent jour et nuit. L’air sent la cire chaude. À la sortie, des fontaines distribuent l’eau de la source. Certains pèlerins s’en lavent le visage, d’autres remplissent des bidons. Personne ne vous presse. C’est le seul endroit du sanctuaire où le temps semble réellement s’arrêter.
Les basiliques
La Crypte, sobre et basse de plafond, dégage une intimité que les grandes basiliques ne peuvent pas offrir. Au-dessus, la Basilique de l’Immaculée Conception, néogothique, accueille environ 700 personnes. La Basilique du Rosaire, en contrebas, vaut le détour pour ses mosaïques vénitiennes réparties dans quinze chapelles latérales. Quant à la Basilique souterraine Saint-Pie X, inaugurée en 1958 pour le centenaire des apparitions, elle peut contenir 25 000 fidèles sous une voûte de béton en ellipse. L’acoustique y est étonnamment bonne.
Les processions
Tous les soirs d’avril à octobre, à 21 heures, la procession mariale aux flambeaux serpente sur l’esplanade du Rosaire. Des milliers de cierges protégés par des cornets de papier, des Ave Maria chantés en plusieurs langues, la basilique illuminée au fond. Difficile de ne pas avoir la gorge serrée, même pour les moins dévots. La procession eucharistique de l’après-midi, avec la bénédiction des malades, est un autre moment fort.
Les piscines
L’immersion dure quelques secondes. L’eau est à douze degrés, tirée directement de la source. Deux bénévoles vous accompagnent avec une douceur désarmante, vous enveloppent dans un drap, vous aident à descendre. C’est bref, saisissant, et beaucoup de pèlerins disent que c’est le moment qui les a le plus marqués.
Informations pratiques pour votre pèlerinage
Se rendre à Lourdes
Lourdes possède un aéroport (Tarbes-Lourdes-Pyrénées) avec des vols saisonniers depuis plusieurs villes européennes. La gare SNCF se trouve à dix minutes à pied du sanctuaire. En voiture, l’A64 relie Toulouse à Lourdes en moins de deux heures.
Où dormir
La ville compte plus de 200 hôtels, du deux étoiles familial au quatre étoiles confortable. Les accueils du sanctuaire proposent des séjours organisés, notamment pour les malades et les groupes. Réservez plusieurs mois à l’avance si vous visez le Pèlerinage national d’août : tout se remplit vite.
Le sanctuaire au quotidien
L’entrée est gratuite. Les portes ouvrent dès 5 heures du matin. Le programme des célébrations, affiché chaque jour et consultable en ligne, change selon la saison. Des confesseurs sont disponibles en permanence à la chapelle de la Réconciliation, dans plus de vingt langues. C’est l’un des rares endroits au monde où vous pouvez vous confesser en coréen ou en swahili sans rendez-vous.
Les miracles de Lourdes
Les guérisons de Lourdes sont parmi les mieux documentées de l’histoire de la médecine. Le Bureau médical applique des critères stricts : la guérison doit être soudaine, complète, durable et inexplicable selon les connaissances scientifiques actuelles. Chaque dossier passe entre les mains de dizaines de médecins avant d’être transmis à l’évêque.
Pierre de Rudder, en 1875, avait un tibia brisé depuis huit ans. Les deux fragments d’os étaient séparés de trois centimètres. Après son passage à Lourdes, les os se ressoudèrent instantanément. En 1987, Jean-Pierre Bély fut guéri d’une sclérose en plaques avancée qui le laissait paralysé depuis des années. Ces cas n’ont jamais reçu d’explication naturelle satisfaisante.
Visiter le sanctuaire : parcours conseillé
Le sanctuaire est vaste (52 hectares). Sans repères, on tourne en rond. Voici un parcours qui couvre l’essentiel en une journée.
Commencez par la grotte de Massabielle, tôt le matin. Avant 8 heures, la file est courte. On entre par la rive gauche du gave de Pau, on longe la paroi rocheuse en silence. La roche est noire, polie par les mains de millions de pèlerins. Au-dessus de la niche, la statue de la Vierge (sculptée par Joseph-Hugues Fabisch en 1864) est plus petite qu’on ne l’imagine : 1,88 mètre. Les cierges brûlent à gauche dans de grands brûloirs métalliques. L’odeur de cire chaude est permanente. Prenez le temps de toucher la paroi. Sortez par la droite et arrêtez-vous aux fontaines pour boire ou remplir une bouteille.
Montez ensuite vers les basiliques. La Crypte (1866), au premier niveau, est la plus ancienne et la plus intime. Soixante-dix places assises, des ex-voto sur les murs, un silence épais. Au-dessus, la Basilique de l’Immaculée Conception (1871) est néogothique, étroite, haute de plafond. Les vitraux racontent les apparitions. Redescendez par l’escalier extérieur et entrez dans la Basilique du Rosaire (1889), au niveau du sol. Les quinze chapelles latérales, chacune dédiée à un mystère du rosaire, sont tapissées de mosaïques vénitiennes sur fond d’or. La chapelle de la Visitation (deuxième à gauche) est la plus réussie.
Après les basiliques, traversez l’esplanade vers la Basilique souterraine Saint-Pie X. L’entrée se fait par une rampe bétonnée. L’intérieur surprend : une ellipse de 201 mètres de long et 81 de large, capable d’accueillir 25 000 personnes. L’architecte Pierre Vago l’a conçue en 1958 avec une structure de 29 arcs en béton précontraint. L’espace est brut, dépouillé. Quand elle est vide, l’acoustique renvoie le moindre murmure. Quand elle est pleine, lors des grandes célébrations, la voûte basse amplifie les voix de manière saisissante.
L’après-midi, traversez le gave par la passerelle et rendez-vous à la Prairie, côté rive droite. Le chemin de croix monumental, inauguré en 1912, occupe la colline des Espélugues. Les cent quinze personnages de fonte grandeur nature, répartis en quatorze stations, grimpent entre les arbres sur un sentier de 1 500 mètres. Comptez 45 minutes à une heure. La montée est progressive, jamais raide. Au sommet, la vue porte sur le sanctuaire en contrebas, le gave, et la chaîne des Pyrénées au sud. Par temps clair, le Pic du Midi de Bigorre (2 877 m) se découpe à l’horizon.
Ce que le pèlerin retient de Lourdes
Lourdes divise. Certains n’y voient qu’un commerce de pacotille (les boutiques de la rue de la Grotte vendent des Vierges lumineuses en plastique et des bouteilles en forme de Bernadette). D’autres y vivent l’expérience religieuse la plus intense de leur existence. Les deux ont raison. Les deux réalités coexistent à cinquante mètres l’une de l’autre.
Ce qui frappe en premier, ce sont les malades. Lourdes est le seul grand sanctuaire où les personnes en fauteuil roulant, en brancard, sous perfusion, sont au premier rang. Pas au fond, pas à l’écart. Au premier rang. La procession eucharistique de l’après-midi place les malades face au Saint-Sacrement, et la bénédiction leur est adressée directement. Cinq mille brancardiers bénévoles, chaque année, portent, poussent, accompagnent. Ce spectacle-là n’a rien de commercial.
Le deuxième choc est la procession aux flambeaux. Vingt mille cierges dans la nuit pyrénéenne. L’esplanade du Rosaire se remplit lentement, les Ave Maria montent en plusieurs langues (le couplet en français, le refrain repris par tous), la basilique s’illumine au fond. On est pris dans un courant humain lent. On ne décide plus de rien. On avance, on chante, on porte sa flamme. Des pèlerins pleurent. D’autres sourient. Certains se taisent, le regard fixé sur la statue de la Vierge au sommet de la basilique.
Le troisième souvenir, plus intime, est l’eau. Que l’on passe aux piscines ou que l’on boive simplement à la fontaine, le contact avec l’eau de la source crée un moment à part. Douze degrés. Le froid saisit. Les bénévoles des piscines enveloppent chaque pèlerin dans un drap bleu, l’accompagnent dans le bassin, récitent une prière. L’immersion dure trois secondes. Trois secondes qui marquent une vie, si l’on en croit les témoignages qui s’accumulent depuis 1858.
On repart de Lourdes fatigué. Les journées sont longues, les distances à pied conséquentes, les émotions fortes. Mais on repart aussi avec la certitude d’avoir vu quelque chose que l’on ne voit nulle part ailleurs : un lieu où la souffrance humaine et la foi se rencontrent sans détour, sans filtre, sans gêne.
FAQ
Combien de temps faut-il pour un pèlerinage à Lourdes ?
Deux jours pleins sont un minimum pour découvrir le sanctuaire, assister à la procession aux flambeaux et visiter les lieux liés à Bernadette dans la ville. Trois à quatre jours permettent de participer aux offices, de prendre le temps des piscines et de visiter le Pic du Jer pour voir Lourdes d’en haut.
Le sanctuaire de Lourdes est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?
Entièrement. Des voiturettes gratuites sont à disposition, et les brancardiers bénévoles accompagnent les pèlerins malades partout dans le sanctuaire. Lourdes est probablement le lieu de pèlerinage le plus accessible d’Europe.
Peut-on rapporter de l’eau de Lourdes chez soi ?
Oui. Des fontaines près de la grotte permettent de remplir vos propres récipients. Des bidons sont aussi en vente dans les boutiques du sanctuaire. L’eau est gratuite, seul le contenant est payant.
Quelle est la meilleure période pour aller à Lourdes ?
La saison des pèlerinages s’étend d’avril à octobre, avec un pic en août pour le Pèlerinage national. Le mois de mai et le début d’octobre offrent un bon compromis : moins de monde, temps encore agréable dans les Pyrénées, et programme liturgique complet.



