Mont Sainte-Odile : pèlerinage en Alsace

Lieu
Ottrott, Bas-Rhin
Meilleure période
Avril à octobre
Durée
Demi-journée à 1 jour
Difficulté
Modérée
Alsace sainte Odile couvent mur paien panorama
Le Mont Sainte-Odile : Haut Lieu Spirituel d'Alsace
Woehrling• CC BY-SA 3.0

Un rocher de grès rose au-dessus de la plaine

Le Mont Sainte-Odile s’élève à 764 mètres au-dessus de la plaine d’Alsace. Depuis la terrasse du couvent, on voit les toits rouges des villages, les rangées de vignes et, par temps clair, la flèche de la cathédrale de Strasbourg à plus de quarante kilomètres. L’air sent la résine des sapins. Le silence n’est brisé que par le vent et les cloches.

Ce sommet de grès vosgien, couronné par un couvent fondé au VIIe siècle, est le premier lieu de pèlerinage d’Alsace. Chaque année, près d’un million et demi de visiteurs gravissent la montagne pour prier sainte Odile, patronne de la région. Certains viennent en car depuis Strasbourg. D’autres montent à pied par les sentiers forestiers depuis Ottrott ou Barr, une ascension d’environ une heure et demie qui traverse des forêts de hêtres et de chênes.

L’histoire d’Odile, née aveugle

Odile naquit vers 662, fille du duc Etichon d’Alsace. Elle vint au monde aveugle. Son père, furieux de cette infirmité, ordonna qu’on la fasse disparaître. Sa mère la sauva en la confiant secrètement à un monastère de Bourgogne, où elle grandit loin de l’Alsace.

Lors de son baptême par l’évêque Erhard de Ratisbonne, Odile recouvra miraculeusement la vue. Cet événement transforma sa vie. Revenue en Alsace après des années d’exil, elle obtint de son père le château de Hohenbourg et le transforma en monastère. Elle y vécut dans la prière et le service des pauvres jusqu’à sa mort, vers 720. Son culte se répandit immédiatement dans toute la région.

Le couvent et le tombeau de la sainte

Le couvent actuel date principalement du XVIIe siècle, reconstruit après un incendie dévastateur. Une communauté de sœurs de la Croix y vit et y prie encore aujourd’hui.

La chapelle Sainte-Odile abrite le tombeau de la patronne de l’Alsace, un sarcophage de grès sculpté remontant au VIIIe siècle. La pierre est usée par les mains des pèlerins qui la touchent depuis plus de mille ans. Deux autres chapelles complètent l’ensemble : la chapelle de la Croix, ornée de mosaïques du XIIe siècle représentant les symboles des évangélistes, et la chapelle des Larmes, plus intime, où la tradition situe le lieu de prière personnel d’Odile.

Le cloître, les jardins et la grande terrasse panoramique s’ouvrent librement aux visiteurs. On peut y passer une heure comme une journée entière.

Le mur païen, une énigme de pierre

Autour du sommet serpente le mur païen, une enceinte mégalithique de plus de dix kilomètres. Des blocs de grès assemblés sans mortier, certains pesant plusieurs tonnes, forment un rempart dont l’origine reste disputée.

Les archéologues hésitent entre une datation celtique et romaine. Enceinte défensive, limite d’un espace sacré, ouvrage de prestige ? Aucune hypothèse ne fait consensus. Cette incertitude ajoute à la fascination du lieu. Le sentier qui longe le mur offre une belle randonnée en sous-bois, praticable en deux à trois heures.

Pourquoi y aller

Le Mont Sainte-Odile réunit ce que peu de sites offrent ensemble : une histoire de sainte profondément enracinée dans le terroir, une architecture monastique vivante, un mystère archéologique non résolu et un panorama qui porte le regard jusqu’à la Forêt-Noire. C’est un pèlerinage qui parle autant aux amateurs d’histoire qu’aux marcheurs et aux priants.

Visiter le Mont Sainte-Odile : parcours conseillé

La visite complète du site prend une demi-journée si vous incluez le mur païen, deux heures si vous vous limitez au couvent. Commencez par la terrasse panoramique, face à l’est. Le matin, la lumière rasante éclaire la plaine d’Alsace en oblique et fait briller les toits des villages comme des tessons de verre. Vous distinguerez les clochers d’Obernai à six kilomètres, le dôme de Rosheim un peu plus loin, et par temps clair la flèche de la cathédrale de Strasbourg au nord-est.

Entrez ensuite dans la chapelle Sainte-Odile. Le sarcophage du VIIIe siècle est encastré dans une niche à droite de l’autel. La pierre a une teinte rose-gris, polie par les siècles. Les pèlerins posent la main dessus pour prier, un geste qui se transmet depuis plus de mille deux cents ans. L’usure de la pierre le prouve. La chapelle est petite, basse de plafond. On y parle à voix basse par réflexe.

Passez à la chapelle de la Croix, adjacente. Les mosaïques romanes du XIIe siècle y représentent les quatre évangélistes sous forme de symboles (l’aigle de Jean, le lion de Marc, le taureau de Luc, l’ange de Matthieu). Les couleurs ont survécu à neuf siècles. Bleu profond, ocre, rouge brique. C’est l’un des ensembles de mosaïques romanes les mieux conservés d’Alsace.

La chapelle des Larmes, plus discrète, se trouve dans un renfoncement du bâtiment. La tradition y situe le lieu où Odile priait seule, la nuit. Une source y suintait autrefois. L’eau est censée soigner les maladies des yeux, en référence à la guérison d’Odile lors de son baptême. Aujourd’hui la source est tarie, mais la dévotion persiste.

Pour le mur païen, prévoyez deux à trois heures de marche en boucle. Le sentier part du parking et longe l’enceinte mégalithique sur sa section la mieux conservée, au sud-ouest du sommet. Certains blocs dépassent deux mètres de haut et pèsent plusieurs tonnes. Les assemblages en queue d’aronde (tenons de bois entre les blocs) sont visibles par endroits. Le sentier traverse une forêt de hêtres et de chênes. En automne, le sol est couvert d’un tapis de feuilles dorées qui sent la terre humide. Le balisage (anneau rouge) est fiable.

Informations pratiques

Le Mont Sainte-Odile se situe à 45 kilomètres au sud-ouest de Strasbourg, soit environ 45 minutes de route par l’A35 puis la D426 via Obernai. Le parking du couvent est gratuit et contient environ 200 places. Il se remplit vite les dimanches de mai et juin. Arrivez avant 10h ou venez en semaine.

Depuis Strasbourg, le bus CTS ligne 257 rejoint Obernai en 50 minutes. Depuis Obernai, il faut monter à pied (1h30 par le sentier des pèlerins, balisé losange bleu) ou prendre un taxi (15 minutes, environ 25 euros). Aucune navette publique ne monte au sommet.

Depuis Paris, le TGV atteint Strasbourg en 1h46. Le billet coûte entre 30 et 80 euros selon la date. Depuis Lyon, comptez 3h30 de TER via Mulhouse, ou 4h de route par l’A36.

L’hostellerie du Mont Sainte-Odile, gérée par la congrégation des sœurs de la Croix, propose des chambres à partir de 60 euros la nuit avec petit-déjeuner. Le restaurant sert des spécialités alsaciennes : tarte flambée, choucroute, kougelhopf. Le salon de thé, ouvert de 14h à 17h, propose des pâtisseries maison et un café avec vue sur la plaine. Un repas au restaurant coûte entre 15 et 25 euros.

Pour dormir à moindre coût, le village d’Ottrott, au pied du mont, dispose de plusieurs chambres d’hôtes entre 50 et 70 euros. Obernai, à dix minutes en voiture, offre un choix plus large, avec des hôtels de toutes catégories.

Le couvent est ouvert toute l’année, tous les jours, de 8h à 20h en été et de 8h à 18h en hiver. Les offices ont lieu à la chapelle à 7h15 (laudes), 11h45 (sexte), 18h (vêpres) et 20h30 (complies). Ils sont ouverts à tous. Le silence y est observé avec sérieux.

Ce que le pèlerin retient du Mont Sainte-Odile

On retient d’abord l’enracinement. Sainte Odile n’est pas une figure abstraite ici. Les Alsaciens la connaissent par son prénom. Ils baptisent leurs filles Odile. Ils montent au couvent pour la fête patronale le 13 décembre, par n’importe quel temps. Cette dévotion vivante donne au lieu une chaleur que les sites purement touristiques ne possèdent pas. Vous n’êtes pas dans un musée. Vous êtes dans un lieu habité, prié, aimé.

Le mur païen ajoute une dimension supplémentaire. Ce n’est pas seulement un site chrétien. La montagne était sacrée avant le christianisme, avant les Romains, peut-être avant les Celtes. Les blocs mégalithiques posent des questions auxquelles personne n’a répondu de manière définitive. Cette profondeur temporelle donne au pèlerinage une épaisseur rare. On prie sur un sol que d’autres, il y a trois mille ans, considéraient déjà comme sacré.

Le soir, si vous restez pour les complies, la lumière du couchant inonde la terrasse. La plaine d’Alsace rougit, puis s’assombrit. Les lumières des villages s’allument une à une. Le Rhin brille au loin. Les sœurs chantent dans la chapelle. Le chant est simple, sans accompagnement, presque murmuré. C’est un des rares endroits en France où le temps semble véritablement ralentir.

FAQ

Le Mont Sainte-Odile est-il accessible en voiture ?

Oui, une route départementale bien entretenue mène directement au parking du couvent depuis Ottrott. On peut aussi monter à pied par plusieurs sentiers balisés au départ d’Ottrott ou de Barr, à travers la forêt vosgienne.

L’accès au couvent est-il gratuit ?

Oui, l’accès au couvent, aux chapelles, au tombeau de sainte Odile et à la terrasse panoramique est entièrement gratuit, toute l’année.

Peut-on se restaurer sur place ?

Oui, une hostellerie installée dans les bâtiments du couvent propose des repas alsaciens et un salon de thé. La terrasse donne directement sur la plaine d’Alsace.

Le mur païen est-il accessible à tous ?

Le sentier du mur païen est un chemin forestier avec quelques passages rocailleux. Il convient aux marcheurs de condition moyenne, mais il n’est pas adapté aux poussettes ni aux personnes à mobilité réduite.