Nevers : le corps intact de sainte Bernadette

Lieu
Nevers, Nievre
Meilleure période
Toute l'année
Durée
Demi-journée
Difficulté
Facile
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Nevers : Le Corps Incorrompu de Sainte Bernadette
Internet Archive Book Images• No restrictions

Là où Bernadette a choisi de disparaître

La plupart des pèlerins connaissent Lourdes. Peu savent que Bernadette Soubirous n’y retourna jamais après son départ en 1866. À vingt-deux ans, la voyante des apparitions quitta les Pyrénées pour entrer chez les Sœurs de la Charité de Nevers, à plus de sept cents kilomètres de la grotte de Massabielle. Elle y vécut treize années dans l’anonymat le plus complet.

Bernadette ne choisit pas Nevers par hasard. Elle voulait une congrégation qui ne la traiterait pas comme une célébrité. Elle l’écrivit elle-même : « Je suis venue ici pour me cacher. » Sa vie au couvent fut marquée par la maladie. Tuberculose osseuse, asthme sévère, de longs mois à l’infirmerie. Elle mourut le 16 avril 1879, à trente-cinq ans, après une agonie douloureuse. Ses dernières paroles furent : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheresse. »

Un corps retrouvé intact trente ans après

En 1909, dans le cadre du procès de béatification, l’Église fit ouvrir le cercueil de Bernadette. Les témoins présents (médecins, ecclésiastiques, sœurs de la communauté) découvrirent un corps intact. Ni odeur de décomposition, ni rigidité. Les muscles étaient encore souples.

Deux nouvelles exhumations suivirent, en 1919 et en 1925. Chaque fois, le constat fut le même : une conservation que la science peinait à expliquer. Depuis 1925, le corps de Bernadette repose dans une châsse de verre et de bronze, exposé dans la chapelle du couvent Saint-Gildard. Le visage et les mains sont recouverts d’une fine couche de cire pour la présentation publique. Le corps lui-même est authentiquement préservé.

Cette incorruption constitua l’un des éléments examinés lors du procès en canonisation. Bernadette fut proclamée sainte par Pie XI le 8 décembre 1933.

Le couvent Saint-Gildard aujourd’hui

Le couvent est toujours habité par les Sœurs de la Charité. Les bâtiments de brique et de pierre du XIXe siècle s’organisent autour d’un jardin calme où chantent des merles au printemps.

Les pèlerins peuvent visiter la chapelle où repose Bernadette. Ils peuvent aussi entrer dans la chambre où elle mourut, une pièce étroite au mobilier sobre, et dans l’infirmerie où elle passa ses dernières années. L’espace Bernadette, centre d’interprétation moderne aménagé dans une aile du couvent, retrace sa vie à l’aide de documents d’époque, de photographies et d’objets personnels. On y voit notamment le chapelet qu’elle tenait lors des apparitions. Des lettres de sa main aussi, d’une écriture appliquée et touchante.

Le lieu est sobre. Pas de foule, pas de file d’attente interminable comme à Lourdes. On peut rester seul devant la châsse aussi longtemps qu’on le souhaite. C’est cette intimité qui rend Nevers si particulier. Vous êtes face à Bernadette, sans intermédiaire.

Pourquoi ce pèlerinage compte

Lourdes raconte les apparitions. Nevers raconte la sainteté ordinaire, celle d’une femme malade, effacée, fidèle jusqu’au bout. Les deux lieux se complètent. Commencer par Lourdes et terminer par Nevers, c’est saisir l’arc complet d’une vie mystique. La grâce extraordinaire d’abord. Puis le long silence de la fidélité quotidienne.

Visiter Nevers : parcours conseillé

Comptez deux à trois heures pour une visite complète du couvent Saint-Gildard. Commencez par l’espace Bernadette, installé dans l’aile sud. Les panneaux chronologiques suivent la vie de la sainte depuis sa naissance à Lourdes en 1844 jusqu’à sa mort en 1879. Vous y verrez son chapelet d’origine, des lettres manuscrites et des photographies de sa dépouille lors des trois exhumations. La scénographie est sobre, sans effets numériques. C’est un musée qui fait confiance aux objets.

Passez ensuite dans la chapelle. La châsse de Bernadette se trouve dans le transept droit, protégée par une vitre. Le corps est allongé, les yeux clos, les mains jointes sur un crucifix. La lumière tamisée du vitrail tombe sur le visage de cire. On reste là cinq minutes ou une heure, selon ce qu’on porte en soi ce jour-là.

La chambre de l’infirmerie, au premier étage, est accessible par un escalier étroit. Le lit de fer, la table de nuit, un crucifix au mur. La pièce est si petite que trois visiteurs y tiennent à peine. C’est dans cette chambre que Bernadette prononça ses derniers mots. Le plancher craque sous les pas.

Terminez par le jardin du cloître. Des bancs en pierre longent les allées. Au printemps, les rosiers grimpent le long des murs de brique. L’odeur de buis mouillé après la pluie donne au lieu une atmosphère que les photographies ne restituent pas. Si vous visitez en semaine hors saison, vous serez probablement seul. C’est le meilleur moment.

Ne quittez pas Nevers sans descendre vers la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, à quinze minutes à pied du couvent. Cet édifice roman et gothique, partiellement détruit par les bombardements de 1944, conserve un baptistère du VIe siècle et des vitraux contemporains de Claude Viallat, posés en 2011. Le contraste entre le roman massif et ces couleurs abstraites vaut la marche.

Informations pratiques

Nevers se situe à 240 kilomètres au sud de Paris. Le trajet en train depuis Paris-Bercy prend environ deux heures par le TER Bourgogne, avec des départs fréquents le matin. Un aller simple coûte entre 25 et 40 euros selon la date de réservation. En voiture, prenez l’A77 depuis Paris. Le péage coûte environ 15 euros. Le stationnement est gratuit autour du couvent Saint-Gildard.

Depuis Lyon, comptez trois heures de route par l’A6 puis la N7. Aucun train direct ne relie Lyon à Nevers ; il faut une correspondance à Moulins ou à Bourges, ce qui allonge le trajet à quatre heures.

Le couvent ouvre ses portes de 7h à 19h en été (avril à octobre) et de 7h30 à 18h en hiver. L’espace Bernadette ferme à 12h et rouvre à 14h. L’entrée est gratuite pour l’ensemble du site. Les groupes de plus de vingt personnes peuvent réserver une visite guidée auprès de la communauté.

Pour dormir, la Maison d’accueil du couvent propose des chambres simples à partir de 35 euros la nuit, petit-déjeuner compris. La cuisine est fermée mais une salle commune avec réfrigérateur et micro-ondes permet de prendre ses repas. En ville, l’hôtel Clos Sainte-Marie, à dix minutes à pied, offre un bon rapport qualité-prix autour de 65 euros la nuit. Pour un budget serré, le camping municipal de Nevers, ouvert d’avril à septembre, facture 12 euros l’emplacement.

Les restaurants du centre-ville servent une cuisine bourguignonne correcte. Le marché couvert de Nevers, ouvert le samedi matin, propose des fromages de chèvre du Morvan et du vin de Pouilly-sur-Loire à emporter. Bon à savoir : la ville est calme. Trop calme pour certains. Si vous cherchez de l’animation le soir, ce n’est pas ici.

Ce que le pèlerin retient de Nevers

Ce qui surprend d’abord, c’est l’absence de commerce autour du couvent. Pas de boutiques de souvenirs alignées sur le trottoir, pas de vendeurs de médailles à la sortie. Un portail, une allée, le silence. On entre comme on entrerait chez quelqu’un. Les sœurs de la Charité vivent là, dans les mêmes bâtiments, et leur discrétion colore tout le lieu.

Le moment devant la châsse ne ressemble à rien d’autre. Bernadette est là, physiquement. Ce n’est pas une relique, un fragment d’os dans un reliquaire doré. C’est un corps entier, un visage, des mains. Cent quarante-cinq ans après sa mort, elle est reconnaissable. La réaction des visiteurs varie. Certains pleurent sans raison précise. D’autres restent immobiles, déconcertés par ce qu’ils voient. Les enfants, souvent, posent la question la plus juste : « Elle dort ? »

Nevers enseigne quelque chose que Lourdes ne peut pas montrer. À Lourdes, Bernadette avait quatorze ans et la Vierge lui apparaissait. À Nevers, elle avait vingt-deux ans, puis trente, puis trente-cinq. Elle souffrait, obéissait, priait dans l’obscurité totale de la foi. Pas de visions. Pas de consolations mystiques. Treize années de silence. C’est cette durée qui impressionne. La sainteté de Bernadette ne tient pas aux dix-huit apparitions de Lourdes. Elle tient aux treize ans de Nevers, où il ne se passa rien de visible, sinon une fidélité sans faille.

FAQ

Le couvent Saint-Gildard est-il ouvert toute l’année ?

Oui, le couvent et l’espace Bernadette accueillent les visiteurs tous les jours, sauf le 1er janvier et le 25 décembre. Les horaires varient selon la saison : vérifiez sur le site officiel avant votre visite.

L’entrée est-elle gratuite ?

Oui, l’accès au couvent, à la chapelle et à l’espace Bernadette est entièrement gratuit. Les dons sont bienvenus pour l’entretien du lieu et la vie de la communauté.

Peut-on associer Lourdes et Nevers dans un même pèlerinage ?

Oui, et c’est l’itinéraire le plus logique pour suivre la vie de sainte Bernadette du début à la fin : les apparitions à Lourdes, puis la vie religieuse et le repos final à Nevers. Comptez environ sept heures de route entre les deux villes, ou une journée de train avec correspondance.

Peut-on prier seul devant le corps de Bernadette ?

Oui. En dehors des offices et des périodes de forte affluence (été, fêtes mariales), il est fréquent de se retrouver seul ou presque dans la chapelle. Des bancs permettent de rester en prière aussi longtemps qu’on le souhaite.