Padoue : pèlerinage à la basilique Saint-Antoine

Lieu
Padoue, Venetie
Meilleure période
Juin (fête du 13)
Durée
1 jour
Difficulté
Facile
Padoue saint Antoine Italie Venetie basilique
Padoue : La Basilique de Saint Antoine
Amqui• CC BY-SA 3.0

Il Santo, le saint que Padoue tutoie

À Padoue, personne ne dit « la basilique Saint-Antoine ». On dit « il Santo ». Le Saint, tout court. Cette familiarité en dit long sur la relation que les Padouans entretiennent avec leur patron depuis près de huit siècles. Saint Antoine de Padoue (1195-1231), franciscain portugais d’origine, théologien redoutable et prédicateur dont la voix portait, dit-on, jusqu’aux bateaux dans le port, est devenu le saint le plus invoqué au monde. On le prie pour retrouver les objets perdus, mais aussi pour les causes désespérées, les mariages en difficulté et les récoltes menacées.

Sa mort, à trente-six ans seulement, provoqua une émotion populaire immense. La canonisation fut prononcée en moins d’un an, un record qui ne sera battu que par celle de saint Pierre de Vérone. Et la construction de la basilique commença dès 1232, avant même que le mortier de la première pierre ait eu le temps de sécher.

Une basilique aux huit coupoles

L’édifice surprend. On s’attend à une église italienne classique et l’on découvre une silhouette presque orientale. Huit coupoles coiffent la nef et les chapelles latérales, tandis que deux campaniles élancés évoquent davantage des minarets que des clochers vénitiens. Deux siècles de construction expliquent ce mélange de roman, de gothique et de byzantin.

L’intérieur est sombre, vaste, chargé d’œuvres d’art accumulées au fil des siècles. Les fresques de la chapelle Saint-Jacques, attribuées à Altichiero da Zevio (XIVe siècle), comptent parmi les plus belles de la pré-Renaissance italienne. Le maître-autel, œuvre de Donatello, frappe par la modernité de ses reliefs en bronze. On y reconnaît des scènes de la vie du Christ traitées avec une liberté de mouvement qui annonce déjà la Renaissance florentine.

Le tombeau de saint Antoine

C’est le cœur du pèlerinage. La chapelle du Saint, réaménagée au XVIe siècle, abrite un tombeau de marbre vert sombre devant lequel les pèlerins font la queue, parfois pendant une heure en haute saison. Chacun pose la main sur la pierre froide, murmure une intention, laisse parfois un billet plié. Les bas-reliefs de marbre blanc qui entourent le tombeau, sculptés par plusieurs artistes entre 1500 et 1577, racontent neuf miracles de saint Antoine avec une précision narrative étonnante.

L’émotion est palpable dans cette file d’attente silencieuse. Des Italiens âgés qui viennent chaque semaine côtoient des pèlerins brésiliens en larmes, des familles indiennes recueillies, des touristes d’abord curieux puis gagnés par la ferveur ambiante. Padoue est l’un des rares sanctuaires où la dévotion populaire conserve cette intensité brute, dépouillée de toute mise en scène.

La chapelle des reliques

Dans une salle adjacente, un reliquaire doré expose la langue et la mâchoire de saint Antoine, retrouvées intactes lors de l’ouverture de son tombeau en 1263, soit trente-deux ans après sa mort. Le reste du corps s’était réduit en poussière. Mais la langue, instrument de sa prédication, était intacte, rose et souple. Saint Bonaventure, présent à l’ouverture, s’agenouilla et prononça ces mots : « O langue bénie, qui as toujours loué Dieu et l’as fait louer par les autres. »

Le reliquaire contient également le menton et l’appareil vocal du saint. Pour un regard moderne, la chose peut sembler étrange. Mais replacée dans la tradition catholique de vénération des reliques, cette conservation partielle du corps fut interprétée comme un signe de la puissance surnaturelle de la parole d’Antoine.

Padoue au-delà de la basilique

Le pèlerinage à Padoue se prolonge naturellement par la découverte de la ville. La chapelle des Scrovegni, à quinze minutes à pied, abrite le cycle de fresques de Giotto (vers 1305), probablement le sommet absolu de la peinture occidentale. La réservation est obligatoire et les créneaux partent vite, surtout en été.

Le Prato della Valle, immense place ovale bordée de statues, accueille un marché le samedi matin. L’université de Padoue, fondée en 1222, conserve le théâtre anatomique le plus ancien du monde (1594) et la chaire de Galilée. La ville se parcourt agréablement à pied ou à vélo, traversée par des canaux discrets et des arcades médiévales.

Préparer son pèlerinage à Padoue

La basilique est ouverte tous les jours de 6 h 15 à 19 h 45 (horaires réduits le dimanche matin). L’entrée est gratuite, y compris pour la chapelle des reliques. La fête de saint Antoine, le 13 juin, donne lieu à des célébrations somptueuses : processions dans les rues de la vieille ville, concerts de musique sacrée, feux d’artifice au-dessus du Prato della Valle. La ville est alors bondée, mais l’ambiance vaut le déplacement.

Padoue se situe à 30 minutes de Venise en train régional, ce qui en fait une excursion facile depuis la Sérénissime. Des trains fréquents la relient aussi à Milan (2 h), Bologne (1 h 15) et Florence (2 h).

Visiter la basilique : parcours conseillé

Entrez par le portail principal, côté Piazza del Santo. Laissez vos yeux s’habituer à la pénombre. Le premier réflexe est d’aller directement au tombeau, mais résistez. Tournez à droite, longez la nef latérale. Les premières chapelles sont moins fréquentées et contiennent des oeuvres que la plupart des visiteurs ignorent.

La chapelle Saint-Jacques (troisième à droite) mérite un arrêt prolongé. Les fresques d’Altichiero da Zevio, peintes entre 1372 et 1379, couvrent les quatre murs. On y voit la crucifixion de saint Jacques, le concile du roi Ramiro, des scènes de bataille. Les visages sont individualisés, les expressions variées. Altichiero travaillait cinquante ans avant Masaccio. Certains historiens de l’art considèrent cette chapelle comme le chaînon manquant entre Giotto et la Renaissance.

Revenez vers le maître-autel. Les bronzes de Donatello (1444-1449) sont disposés sur deux niveaux. En bas, les quatre grands reliefs racontent des miracles de saint Antoine : le coeur de l’avare retrouvé dans son coffre, la mule qui s’agenouille devant le Saint-Sacrement, le nouveau-né qui parle pour innocenter sa mère. Observez les foules dans ces scènes. Donatello a sculpté des centaines de personnages minuscules avec une précision obsessionnelle. Chaque visage est différent.

Dirigez-vous ensuite vers le tombeau, dans la chapelle de l’Arca (bas-côté gauche). La file avance lentement. Les marbres de Tullio Lombardo et Antonio Lombardo (début du XVIe siècle) entourent le sarcophage. Neuf panneaux sculptés racontent des miracles. Le panneau central (la guérison du jeune homme à la jambe brisée) est le plus saisissant par la torsion des corps et la douleur visible sur les visages.

Après le tombeau, passez dans la chapelle des reliques (accès par le déambulatoire). La langue et le menton de saint Antoine sont exposés dans des reliquaires d’or et de cristal. L’éclairage est faible. Les gardiens demandent le silence. Comptez cinq minutes dans cette salle. Terminez par le cloître de la Magnolia, accessible gratuitement depuis le flanc sud de la basilique. Un magnolia centenaire occupe le centre. Les arcades gothiques filtrent la lumière. C’est l’endroit le plus calme du complexe, un bon point final avant de ressortir sur la piazza.

Durée totale de ce parcours : 1 h 30 à 2 h en prenant le temps de regarder.

Informations pratiques

Depuis Paris, le vol le plus direct atterrit à Venise Marco Polo (2 h). De l’aéroport, un bus SITA rejoint la gare de Mestre en 20 minutes, puis un train régional atteint Padoue en 25 minutes. Coût total du trajet aéroport-Padoue : environ 10 euros. Depuis Milan, le Frecciarossa met 2 h 05 (à partir de 19 euros en réservant tôt). Depuis Bologne, 1 h 15 en Intercity. Depuis Florence, 2 h en Frecciabianca.

La gare de Padoue (Padova Centrale) se trouve à 1,5 km de la basilique. Comptez vingt minutes à pied par le Corso del Popolo puis la Via del Santo, ou prenez le tram (ligne 1, arrêt Santo, 1,50 euro). Le trajet à pied traverse le centre historique sous les arcades, agréable même sous la pluie.

Pour dormir, l’Hotel Al Santo (à 50 mètres de la basilique, chambres à partir de 80 euros) offre le meilleur rapport qualité-emplacement. L’Hotel Belludi 37, dans la même rue, propose des chambres plus modernes à partir de 100 euros. Le budget serré s’orientera vers l’Ostello Città di Padova (auberge de jeunesse, 25 euros la nuit, à 3 km du centre). Pour déjeuner, la Trattoria al Prato (Via del Santo) sert un menu pèlerin à 12 euros : primo, secondo, eau et café.

Le 13 juin, jour de la fête de saint Antoine, la ville est en effervescence. La procession part de la basilique à 18 h et traverse tout le centre historique pendant deux heures. Les rues sont décorées de guirlandes lumineuses, les balcons de draps blancs. Environ 200 000 personnes participent. C’est le meilleur jour pour venir si vous supportez la foule. Le pire si vous cherchez le silence.

FAQ

L’entrée de la basilique Saint-Antoine est-elle payante ?

Non, l’accès à la basilique et à la chapelle des reliques est entièrement gratuit. Les dons sont les bienvenus mais jamais exigés.

Quand a lieu la fête de saint Antoine de Padoue ?

Le 13 juin. Les célébrations commencent plusieurs jours avant et culminent avec une grande procession dans les rues de Padoue. C’est le meilleur moment pour vivre le pèlerinage dans toute son intensité, mais la ville est alors très fréquentée.

Combien de temps faut-il pour visiter la basilique ?

Comptez une heure pour une visite attentive incluant le tombeau et la chapelle des reliques. Si vous souhaitez aussi admirer les fresques, le cloître et le musée antonien, prévoyez plutôt deux à trois heures.

Peut-on combiner Padoue avec un séjour à Venise ?

Absolument. Padoue est à 30 minutes de Venise en train, avec des départs toutes les 15 minutes environ. Une journée suffit pour le pèlerinage à la basilique et une découverte rapide de la ville.

Activités et visites guidées

Powered by Viator — une société Tripadvisor