Le Puy-en-Velay : Départ du Chemin de Compostelle

Lieu
Le Puy-en-Velay, Haute-Loire
Meilleure période
Avril à octobre
Durée
1-2 jours
Difficulté
Facile
Compostelle Vierge Noire Auvergne Via Podiensis cathédrale
Le Puy-en-Velay : Départ du Chemin de Compostelle
Clément Bardot• CC BY-SA 4.0

Le premier pas vers Compostelle

Il est six heures du matin au Puy-en-Velay. La brume accroche encore les pitons volcaniques. Dans les ruelles qui montent vers la cathédrale, des dizaines de silhouettes convergent, sac sur le dos, coquille au cou. À sept heures, le prêtre prononce la bénédiction des pèlerins sous les voûtes romanes. Certains pleurent. D’autres serrent la main d’un inconnu qui marchera à leurs côtés pendant les 1 500 kilomètres jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce rituel se répète chaque matin d’avril à octobre, et il n’a rien perdu de sa force depuis le Moyen Âge.

Le Puy n’est pas seulement un point de départ. C’est un paysage qui prépare l’âme au voyage. Trois pitons de lave durcie percent la ville comme des vertèbres géologiques. Sur le plus haut, le rocher Corneille (757 mètres), une statue colossale de Notre-Dame de France surveille le bassin vellave. Elle a été fondue en 1860 à partir de 213 canons pris à Sébastopol. Sur le plus étroit, l’aiguille Saint-Michel porte une chapelle du Xe siècle à laquelle on accède par 268 marches taillées dans le basalte. L’effort de la montée vaut chaque souffle.

La cathédrale et la Vierge Noire

La cathédrale du Puy est un édifice que l’on découvre par en dessous, ce qui est très rare. Un escalier monumental de 134 marches débouche directement sous la nef : le pèlerin entre dans l’église en passant sous les travées, comme s’il naissait au sacré par le sol. L’architecture mélange influences romanes et mozarabes, avec des arcs polylobés, des coupoles sur trompes et des pierres polychromes qui rappellent Cordoue autant que Cluny.

La Vierge Noire du Puy trône au-dessus du maître-autel. La statue actuelle date du XIXe siècle ; l’originale, probablement rapportée d’Orient par Saint Louis, a été brûlée pendant la Révolution. Mais la dévotion, elle, n’a jamais cessé. Le Puy est l’un des quatre grands sanctuaires mariaux de France, avec Lourdes, Chartres et Fourvière. Chaque 15 août, la fête du Vœu Louis XIII attire des milliers de fidèles qui portent la Vierge en procession dans les rues.

La Via Podiensis : un itinéraire exigeant et magnifique

Le GR 65, ou chemin du Puy, est la plus célèbre des quatre voies françaises vers Compostelle. L’évêque Godescalc du Puy l’inaugura en 951, devenant le premier pèlerin non espagnol connu à atteindre Santiago. Depuis, des millions de marcheurs ont suivi ses pas.

La première étape, jusqu’à Saint-Privat-d’Allier, donne le ton : 24 kilomètres à travers des plateaux battus par le vent, puis une descente vertigineuse dans les gorges de l’Allier. Les étapes suivantes traversent l’Aubrac, ses immensités de granit et de genêts, avant d’atteindre la vallée du Lot et Conques, étape majeure où l’abbatiale Sainte-Foy accueille les marcheurs épuisés et émerveillés. Plus loin, Moissac, Lectoure, puis les Pyrénées et l’Espagne. Au total, environ 750 kilomètres sur le sol français, entre quatre et six semaines de marche.

Que voir au Puy-en-Velay au-delà du chemin

Le Puy mérite un séjour même sans projet de marche vers Compostelle. Le cloître de la cathédrale, avec ses chapiteaux historiés et sa frise de mosaïques, est l’un des plus beaux cloîtres romans de France. Le rocher Saint-Michel d’Aiguilhe, avec sa chapelle accrochée à 82 mètres de hauteur, offre un panorama sur la ville et les volcans d’Auvergne qui coupe le souffle. La vieille ville conserve des maisons Renaissance aux façades de pierre volcanique sombre. Et la dentelle du Puy, tradition artisanale vivante, se découvre au musée Crozatier.

La gastronomie locale accompagne bien le pèlerin : lentilles vertes du Puy (AOP), verveine du Velay, fromages du Mézenc. On mange bien ici, et pour un prix raisonnable.

Informations pratiques

Le Puy-en-Velay est à 130 km au sud-est de Clermont-Ferrand et à 135 km au sud-ouest de Lyon. En train, un TER depuis Lyon Part-Dieu met 2 h 45 avec un changement à Saint-Étienne. Depuis Paris, le TGV jusqu’à Lyon Part-Dieu (2 h) puis le TER porte le trajet total à 5 h. En voiture depuis Lyon, l’A47 puis la N88 traversent des paysages de gorges et de plateaux qui valent à eux seuls le déplacement. Comptez 1 h 45. Depuis Paris, la route la plus directe (A71 puis A75 jusqu’à Brioude, puis D588) prend environ 5 h 30.

Le Puy dispose d’une petite gare SNCF desservie uniquement par des TER. Pas de TGV direct, pas de liaison rapide. C’est l’un des inconvénients du lieu. L’aéroport le plus proche est Clermont-Ferrand Aulnat, à 1 h 30 de route. On peut aussi rejoindre Le Puy depuis Saint-Étienne en bus Lio (ligne 35), en 1 h 45, pour moins de 5 euros.

L’hébergement est abondant et varié. Le Gîte du Pèlerin, géré par les Frères maristes à 200 mètres de la cathédrale, propose un lit en dortoir à 15 euros la nuit, dîner compris. Il accueille surtout les marcheurs qui partent le lendemain matin. Réservation obligatoire d’avril à octobre. Pour plus de confort, l’Hôtel Le Régina (deux étoiles, à partir de 60 euros) occupe une maison Renaissance face à la cathédrale. Le Dyke Hôtel (trois étoiles, 85 euros) est le meilleur rapport qualité-prix de la ville. En saison, les chambres d’hôtes dans la vieille ville se remplissent vite : réservez au moins deux semaines à l’avance.

Pour manger, évitez les restaurants de la place du Breuil (portions chiches, prix gonflés). Tournez plutôt vers la rue Pannessac et la rue des Tables. Le restaurant François Gagnaire, dans la vieille ville, propose un menu à 28 euros avec des lentilles vertes du Puy préparées de six façons différentes. L’Écu d’Or, en face de la cathédrale, sert une truffade honnête à 14 euros. Le marché du samedi matin, place du Plot, est le meilleur endroit pour goûter les fromages du Mézenc et acheter de la verveine du Velay.

La crédencial (carnet du pèlerin) s’obtient à la cathédrale, auprès de l’Association des Amis de Saint-Jacques (bureau ouvert d’avril à octobre, 9 h-12 h et 14 h-17 h). Coût : 5 euros. Vous pouvez aussi la commander en ligne sur le site de la Société des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le premier tampon est apposé à la cathédrale, juste après la bénédiction du matin.

Ce que le pèlerin retient du Puy

Le Puy est une ville qui se mérite. On ne la comprend pas en passant en voiture. Il faut monter les 134 marches de la cathédrale, sentir le basalte sous ses pieds, lever la tête vers les arcs polylobés. Il faut grimper les 268 marches du rocher Saint-Michel d’Aiguilhe, arriver essoufflé en haut, et regarder la ville en dessous comme un plan en relief. La sueur fait partie de l’expérience.

Le matin de la bénédiction, dans la pénombre de la nef, quand le prêtre prononce les mots « Soyez des pèlerins et non des touristes », quelque chose change. Les visages se ferment, les yeux se baissent. Certains reçoivent la bénédiction à genoux. D’autres, debout, serrent la bretelle de leur sac à dos comme s’ils allaient partir au combat. Et en un sens, c’est le cas. Le GR 65, dès la première étape vers Saint-Privat-d’Allier, ne fait pas de cadeau. 24 kilomètres de montées et de descentes, un vent qui cingle les plateaux, des chemins de pierres volcaniques qui font souffrir les pieds.

Mais on revient au Puy. Ceux qui ont marché jusqu’à Compostelle reviennent souvent, des années plus tard, revoir ce point de départ. Ils montent les marches de la cathédrale, ils s’assoient sur les bancs où ils se sont assis avant de partir, et ils mesurent le chemin parcouru depuis. Le Puy est le lieu de l’élan initial. C’est là que tout commence.

Il y a aussi le silence de la ville à l’aube. Avant la bénédiction, quand les rues sont vides et que la brume enveloppe les pitons, Le Puy ressemble à une cité suspendue. Les marches de la cathédrale sont encore mouillées de rosée. On entend le clocher sonner dans le brouillard, quelque part au-dessus. Les premiers pèlerins remontent la rue des Tables, lampe frontale allumée. Leurs bâtons de marche claquent sur les pavés. Ce son-là, ce rythme régulier dans le noir, c’est le battement de cœur du chemin de Compostelle.

FAQ

Faut-il une crédencial pour partir du Puy ?

La crédencial, ou carnet du pèlerin, est délivrée par la cathédrale et les associations jacquaires locales. Elle est indispensable pour obtenir la Compostela à Santiago. On la fait tamponner à chaque étape. Elle coûte quelques euros et constitue le seul document officiel du pèlerinage.

Le Puy vaut-il le détour même sans faire Compostelle ?

Sans hésitation. La cathédrale, le cloître, le rocher Saint-Michel d’Aiguilhe et les pitons volcaniques forment un ensemble unique en Europe. Deux jours permettent de visiter la ville à un bon rythme, en ajoutant le musée Crozatier et une dégustation de lentilles vertes.

Quand a lieu la bénédiction des pèlerins ?

Chaque matin à 7 heures à la cathédrale, pendant la saison de pèlerinage, d’avril à octobre. La bénédiction est ouverte à tous, même à ceux qui ne partent pas sur le chemin. C’est un moment sobre et émouvant qui dure une quinzaine de minutes.

Combien de temps faut-il pour rejoindre Compostelle depuis Le Puy ?

Comptez entre 60 et 75 jours de marche pour les 1 500 kilomètres, à raison de 20 à 25 kilomètres par jour. Beaucoup de pèlerins choisissent de ne parcourir qu’une section chaque année.