Sainte-Anne-d'Auray : Le Grand Pèlerinage Breton

Lieu
Sainte-Anne-d'Auray, Morbihan
Meilleure période
Juillet (pardon du 26)
Durée
1 jour
Difficulté
Facile
Bretagne sainte Anne pardon basilique pèlerinage breton
Sainte-Anne-d'Auray : Le Grand Pèlerinage Breton
Wilfredor• CC0

Le sanctuaire où la Bretagne prie ensemble

Le 26 juillet, vers cinq heures du matin, les routes du Morbihan sont déjà encombrées. Des cars arrivent de Quimper, de Saint-Brieuc, de Rennes. Des familles sortent de voitures chargées de paniers de pique-nique. Des groupes de marcheurs, partis la veille de leur paroisse, entrent dans le bourg les pieds douloureux et le visage radieux. C’est le jour du Grand Pardon de sainte Anne, et Sainte-Anne-d’Auray accueille ce matin-là plus de vingt mille fidèles sur son esplanade. Aucun autre pèlerinage en Bretagne n’atteint cette ampleur.

La dévotion à sainte Anne a des racines profondes en terre bretonne. Anne est la mère de la Vierge Marie, et les Bretons l’ont adoptée très tôt comme leur patronne. Son prénom est l’un des plus portés dans la région. Quand on dit « Santez Anna » ici, on parle presque d’une grand-mère de la nation bretonne.

Les apparitions de 1624

Tout a commencé dans un champ, par une nuit de l’été 1624. Yvon Nicolazic, paysan pieux de Ker Anna, vit sainte Anne lui apparaître à plusieurs reprises. Elle lui demanda de reconstruire une chapelle qui lui avait été dédiée en ce lieu des siècles plus tôt. Nicolazic, homme simple et crédible, convainquit son curé et l’évêque de Vannes. Des fouilles dans le champ mirent au jour une ancienne statue de sainte Anne. Les pèlerinages commencèrent aussitôt, et ne se sont jamais interrompus depuis quatre siècles.

L’histoire a un parfum de miracle rural, très breton. Pas de grandes visions cosmiques, pas de secrets prophétiques. Une grand-mère sainte demande à un paysan de remettre sa maison en ordre. La Bretagne s’y est reconnue.

Les lieux du sanctuaire

La basilique actuelle, construite entre 1866 et 1877, a remplacé la chapelle originelle devenue trop étroite pour les foules. Son style néogothique, sobre et massif, s’accorde avec le granit morbihannais. À l’intérieur, un reliquaire contient un fragment de l’os frontal de sainte Anne, offert par la cathédrale d’Apt en Provence. Ce don, effectué au XVIIe siècle, a considérablement renforcé l’attrait du sanctuaire.

La Scala Sancta est l’un des éléments les plus frappants du site. Cet escalier saint, inspiré de celui de Rome, se monte à genoux en méditant les mystères de la Passion. Les marches de bois sont usées par des siècles de dévotion. La chapelle haute, au sommet, récompense l’effort par son silence.

Le mémorial de Sainte-Anne-d’Auray, adjacent au sanctuaire, rend hommage aux 240 000 soldats bretons morts pendant la Première Guerre mondiale. L’ampleur du chiffre frappe : la Bretagne a payé un tribut humain disproportionné dans ce conflit. Le mémorial mêle donc la mémoire patriotique au recueillement spirituel. On y trouve un cloître, un musée et un mur où sont inscrits les noms des morts, commune par commune.

Le Grand Pardon du 26 juillet

Le pardon est une tradition religieuse propre à la Bretagne. C’est un pèlerinage local, lié à un saint patron, qui combine une procession solennelle, une messe et souvent une fête populaire avec crêpes, cidre et musique. La Bretagne en compte des centaines chaque année. Celui de Sainte-Anne-d’Auray est le plus grand de tous.

La procession du 26 juillet est un spectacle que l’on n’oublie pas. Les bannières des paroisses, brodées d’or, avancent en rangs serrés. Des femmes portent la coiffe traditionnelle de leur pays (bigoudène, quimpéroise, vannetaise). Les cantiques en breton résonnent sur l’esplanade. En 1996, le pape Jean-Paul II présida la messe du Grand Pardon devant 150 000 personnes. C’était la seule visite d’un pape en Bretagne, et elle reste un souvenir vif pour ceux qui y ont assisté.

La veille au soir, une veillée de prière prépare les cœurs. Le 26, après la messe pontificale célébrée en plein air, les pèlerins partagent un repas sur l’herbe. L’ambiance est à la fois grave et joyeuse, recueillie et familiale. Les enfants courent entre les groupes. Les anciens retrouvent des visages qu’ils ne voient qu’une fois l’an. C’est la Bretagne qui se rassemble.

Visiter le sanctuaire : parcours conseillé

Entrez par la porte monumentale qui donne sur l’esplanade. La basilique se dresse face à vous, massive et grise sous le ciel breton. Visitez-la d’abord. La nef néogothique, haute de 23 mètres, surprend par sa luminosité malgré le granit sombre. Allez directement au reliquaire de sainte Anne, dans le chœur. Ce coffret d’argent doré, protégé par une grille, contient le fragment d’os frontal offert par la cathédrale d’Apt en 1639. Des cierges brûlent en permanence devant lui.

Sortez par le transept nord et dirigez-vous vers la Scala Sancta, à deux minutes à pied. L’escalier saint comprend vingt-huit marches de bois. Des pèlerins montent à genoux. Vous pouvez aussi emprunter les escaliers latéraux si vous préférez monter debout. La chapelle haute, au sommet, contient une statue de sainte Anne enseignant la lecture à la Vierge Marie enfant. Le silence y est remarquable, même en plein été.

Continuez vers le cloître, qui jouxte le mémorial. Ce cloître du XVIIe siècle, reconstruit après la Révolution, entoure un jardin de buis taillé. On y marche sans bruit sur les dalles de granit. Puis entrez dans le mémorial des soldats bretons. L’espace est solennel. Les murs portent les noms de 240 000 morts, classés par commune. Cherchez une commune que vous connaissez : les listes sont longues, même pour les plus petits villages. L’ampleur du sacrifice breton dans la Grande Guerre se mesure ici, nom par nom.

Terminez par la fontaine miraculeuse, à 300 mètres de la basilique en suivant les panneaux. C’est à cet emplacement qu’Yvon Nicolazic découvrit la statue de sainte Anne en 1625. L’eau de la fontaine est réputée guérisseuse. Des pèlerins remplissent des bouteilles. Le lieu est simple, entouré d’arbres. Comptez deux heures pour l’ensemble du parcours, davantage si vous vous arrêtez longuement dans chaque lieu.

Informations pratiques

Sainte-Anne-d’Auray se situe à 15 km d’Auray. La gare TGV d’Auray est desservie depuis Paris-Montparnasse en 3 heures (billets entre 39 et 89 euros selon l’anticipation). Un bus départemental relie Auray au sanctuaire (ligne 1, 2 euros, 20 minutes), mais les horaires sont limités hors saison. En voiture, la N165 (voie express gratuite Nantes-Quimper) passe à Auray. Depuis Nantes, comptez 1 h 30. Depuis Rennes, 1 h 15. Le sanctuaire dispose d’un grand parking gratuit, sauf le jour du Grand Pardon où des parkings annexes sont aménagés dans les champs environnants (navettes gratuites).

L’hébergement à Sainte-Anne-d’Auray même est limité. La Maison Sainte-Anne, gérée par le sanctuaire, accueille les pèlerins en chambre simple pour environ 45 euros la nuit (petit-déjeuner compris). L’Hôtel L’Auberge, dans le bourg, propose des chambres entre 60 et 80 euros. Auray offre un choix plus large, avec des hôtels à partir de 55 euros et plusieurs chambres d’hôtes. Le camping municipal d’Auray est à 10 km (15 euros l’emplacement).

Le jour du Grand Pardon, prévoyez d’arriver la veille ou très tôt le matin. Les routes sont encombrées dès six heures. Apportez un pique-nique : les restaurants du bourg sont vite débordés. Les familles bretonnes s’installent sur l’herbe de l’esplanade après la messe. Crêpes, cidre, saucisses grillées. On mange bien pour peu.

La météo en Bretagne est imprévisible, même en juillet. Emportez un imperméable et des chaussures qui ne craignent pas l’herbe mouillée. L’esplanade n’est pas couverte : en cas de pluie pendant la messe du Grand Pardon, vous serez trempé. Les Bretons considèrent que c’est normal.

Ce que le pèlerin garde de Sainte-Anne-d’Auray

Ce qui frappe d’abord, c’est la ferveur collective. Pas une ferveur exaltée ni bruyante. Quelque chose de tenace, d’enraciné. Les cantiques en breton chantés à pleine voix sur l’esplanade ont une force que le latin liturgique, aussi beau soit-il, ne produit pas de la même manière. Quand plusieurs milliers de voix entonnent le « Kantik Santez Anna » sous un ciel gris du Morbihan, on comprend que cette dévotion n’est pas un folklore. Elle vient de loin. Elle tient.

On retient aussi les visages. Les vieilles femmes en coiffe, de moins en moins nombreuses chaque année, qui montent la Scala Sancta à genoux avec une lenteur méthodique. Les familles avec cinq ou six enfants, venues de Quimper ou de Brest en car paroissial. Les jeunes séminaristes qui chantent les vêpres dans la basilique le soir, quand les touristes sont partis et qu’il ne reste que les vrais pèlerins.

Le mémorial laisse aussi une trace durable. Ces murs couverts de noms, commune par commune, village par village. On cherche le sien, on trouve des dizaines de morts pour un hameau de trois cents âmes. La Bretagne de 1914-1918 a envoyé ses fils au front avec une obéissance terrible. Sainte Anne veillait, mais ne pouvait pas tout.

FAQ

Qu’est-ce qu’un pardon breton ?

Un pardon est un pèlerinage local propre à la Bretagne, lié à un saint patron. Il comprend une procession avec bannières, une messe solennelle et souvent une fête populaire. Il en existe des centaines en Bretagne, du plus modeste au plus imposant. Le terme « pardon » renvoie à l’indulgence que les pèlerins venaient y obtenir.

Le sanctuaire est-il ouvert en dehors du Grand Pardon ?

Oui, toute l’année. La basilique est ouverte chaque jour et des messes y sont célébrées quotidiennement. Le mémorial et le cloître se visitent aussi hors saison. Le sanctuaire accueille environ 800 000 visiteurs par an, dont une grande partie en dehors du 26 juillet.

Comment se rendre à Sainte-Anne-d’Auray ?

Le sanctuaire est situé à 15 minutes d’Auray, qui dispose d’une gare TGV (3 heures depuis Paris-Montparnasse). En voiture, sortie Auray sur la N165 (voie express Nantes-Quimper). Le jour du Grand Pardon, des navettes et des parkings supplémentaires sont organisés.

Quel lien entre sainte Anne et la Bretagne ?

Sainte Anne est la patronne de la Bretagne depuis le XVIIe siècle. Les Bretons voient en elle une figure maternelle et protectrice, proche de leur culture. Son prénom reste l’un des plus donnés dans la région. La dévotion est antérieure aux apparitions de 1624, mais celles-ci l’ont considérablement amplifiée.