Pourquoi Vézelay marque autant les pèlerins
On aperçoit Vézelay de loin, posée sur sa colline bourguignonne comme une forteresse de prière. Le village domine les vallées du Morvan, et la basilique Sainte-Marie-Madeleine couronne l’ensemble avec une autorité tranquille. Le site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais les catégories administratives ne rendent pas justice à ce que l’on ressent en gravissant la rue principale un matin de printemps, quand l’air sent l’herbe mouillée et la pierre chaude.
Vézelay a vu passer des foules immenses. En 1146, saint Bernard de Clairvaux y prêcha la deuxième croisade. La foule était si dense qu’il dut installer une estrade à flanc de colline, hors les murs. En 1190, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste s’y retrouvèrent avant de partir pour la troisième croisade. Et c’est d’ici que part la Via Lemovicensis, l’une des quatre routes historiques du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le tympan du narthex, sommet de l’art roman
Franchir la porte de la basilique, c’est recevoir un choc visuel. Le grand tympan du narthex, sculpté vers 1125-1130, est sans doute la plus grande réussite de la sculpture romane française. Au centre, un Christ immense envoie l’Esprit Saint sur les Apôtres. Les rayons qui partent de ses mains touchent chaque figure avec une précision géométrique.
Autour de cette scène centrale, les peuples de la terre sont représentés avec une imagination qui confine au fantastique : hommes aux oreilles démesurées, pygmées montant à cheval à l’aide d’échelles, peuples à têtes de chien. Le sculpteur médiéval ne cherchait pas le réalisme. Il voulait montrer que le message du Christ s’adressait à l’humanité entière, jusqu’aux confins les plus étranges du monde connu.
La nef et ses chapiteaux
L’intérieur frappe d’abord par sa luminosité. Contrairement à beaucoup d’églises romanes, la nef de Vézelay baigne dans une clarté dorée qui varie au fil des heures. Les arcs doubleaux alternent claveaux blancs et bruns, créant un rythme visuel qui aspire le regard vers le chœur.
Les chapiteaux historiés méritent que l’on s’attarde. Il y en a plus d’une centaine, chacun racontant une scène biblique ou allégorique. Le moulin mystique, où Moïse verse le grain de l’Ancien Testament dans un moulin dont saint Paul recueille la farine du Nouveau, est un chef-d’œuvre de théologie sculptée. David terrassant Goliath, la mort d’Absalon accroché par les cheveux à un arbre, le combat de Jacob avec l’ange : chaque chapiteau récompense celui qui lève les yeux.
Au solstice d’été, vers midi, des taches de lumière s’alignent le long de l’axe central de la nef. Ce phénomène, redécouvert au XXe siècle, prouve que les bâtisseurs du XIIe siècle maîtrisaient l’orientation astronomique de leur édifice.
La crypte et les reliques de Marie-Madeleine
Sous le chœur gothique, un escalier étroit descend vers la crypte. Cette petite salle voûtée, éclairée par quelques cierges, conserve les reliques attribuées à sainte Marie-Madeleine. L’atmosphère y est radicalement différente de la nef lumineuse : on entre dans un espace de recueillement dense, presque souterrain. Beaucoup de pèlerins considèrent ce moment comme le cœur de leur visite.
La montée et les offices des Fraternités de Jérusalem
Le pèlerinage à Vézelay se prête à la marche contemplative. On monte par la rue principale du village, bordée de maisons médiévales aux façades de pierre blonde. Les boutiques d’artisanat et les librairies religieuses alternent avec des porches ouvrant sur des jardins secrets. L’arrivée sur le parvis, après dix minutes de montée, récompense l’effort par un panorama somptueux sur les collines du Morvan.
Derrière l’abside, un jardin offre une vue dégagée vers le sud. C’est l’endroit idéal pour s’asseoir et laisser le silence faire son travail.
Les Fraternités monastiques de Jérusalem assurent la prière liturgique dans la basilique. Leurs offices, rythmés par des chants polyphoniques d’une pureté remarquable, attirent des visiteurs bien au-delà du cercle des pratiquants. L’office des vêpres, en fin d’après-midi, est particulièrement recommandé.
Informations pratiques
Vézelay se trouve à 220 kilomètres au sud-est de Paris. En voiture, prenez l’A6 jusqu’à Auxerre-Sud, puis la D951 direction Avallon et Vézelay. Comptez deux heures trente. Le stationnement est interdit dans le village haut, sauf pour les résidents. Garez-vous sur le parking gratuit au pied de la colline, côté est (parking des Champs de Foire), et montez à pied. La montée prend dix à quinze minutes par la rue principale.
Pas de gare à Vézelay. La gare SNCF la plus proche est celle de Sermizelles-Vézelay, à 10 kilomètres, desservie par le TER depuis Paris-Bercy via Auxerre (environ deux heures trente de trajet, 30 euros). Un service de navette relie la gare au village en été (juillet-août, 2 euros). Le reste de l’année, il faut prendre un taxi (comptez 20 euros) ou louer une voiture à Avallon. Depuis Lyon, le trajet est plus long : trois heures trente par l’A6, sortie Avallon.
La basilique est ouverte tous les jours de 8h à 20h en été, 8h à 19h en hiver. L’entrée est gratuite. Des visites guidées sont proposées par l’office de tourisme (7 euros par adulte, durée 1h15). Les guides connaissent chaque chapiteau et leur explication transforme la visite. C’est le meilleur investissement que vous puissiez faire ici.
Pour dormir, la Maison du Visiteur, attenante à la basilique, propose des chambres individuelles et des dortoirs pour les pèlerins. Les tarifs commencent à 30 euros la nuit. L’hôtel de la Poste et du Lion d’Or, sur la place du Champ-de-Foire, est le plus ancien du village et offre des chambres entre 80 et 130 euros avec vue sur la vallée. Pour les budgets serrés, le gîte d’étape communal accueille les marcheurs de Compostelle pour 15 euros la nuit.
Côté restauration, Le Bougainville, rue Saint-Étienne, sert une cuisine bourguignonne solide (escargots, bœuf bourguignon, époisses rôti) pour 22 euros le menu. Évitez les terrasses attrape-touristes de la rue principale aux heures de pointe estivales : les prix grimpent et les portions diminuent. Le meilleur rapport qualité-prix se trouve souvent dans les villages voisins, à Asquins ou Saint-Père-sous-Vézelay. Le restaurant L’Espérance, à Saint-Père, a porté trois étoiles Michelin sous Marc Meneau. Aujourd’hui reconverti, le lieu reste un repère gastronomique de la région.
Les alentours : prolonger le pèlerinage
Vézelay se prête aux excursions. Le village d’Asquins, en contrebas (1,5 kilomètre), possède une église romane Saint-Jacques-le-Majeur qui servait de point de rassemblement aux pèlerins de Compostelle avant la montée vers la basilique. L’intérieur est sobre, presque nu, avec des fresques médiévales partiellement effacées sur le mur nord.
Saint-Père-sous-Vézelay, à 3 kilomètres, abrite l’église Notre-Dame, un chef-d’œuvre du gothique bourguignon du XIIIe siècle. Le portail sculpté, couvert de feuillages et de figures grimaçantes, est d’une virtuosité technique peu commune pour un édifice de cette taille. Le site archéologique des Fontaines Salées, à 500 mètres de l’église, révèle des bains gallo-romains et des captages d’eau salée qui remontent à l’âge du bronze. Ouvert d’avril à novembre, 5 euros l’entrée.
Pour les marcheurs, la première étape de la Via Lemovicensis mène de Vézelay à Asquins puis à La Charité-sur-Loire, à environ 80 kilomètres. Le premier tronçon jusqu’à Tannay (25 kilomètres) traverse le Morvan par des chemins forestiers et des hameaux endormis. La balisage est excellent, jaune et bleu, avec le logo de la coquille Saint-Jacques. Même si vous ne partez pas pour Compostelle, marcher trois ou quatre heures sur ce sentier donne un avant-goût de ce que vivent les pèlerins au long cours.
Avallon, à 15 kilomètres, mérite un arrêt. La vieille ville fortifiée surplombe la vallée du Cousin avec ses remparts du XIIe siècle encore debout. La collégiale Saint-Lazare, contemporaine de la basilique de Vézelay, possède un portail roman mutilé par les guerres de Religion mais dont les fragments restants montrent une finesse comparable aux sculptures du Tepeyac. Le musée de l’Avallonnais, installé dans un ancien collège, expose une collection inattendue d’art brut réunie par l’artiste Jean-Hubert Martin.
Ce que le pèlerin retient de Vézelay
Le souvenir le plus persistant est souvent le plus simple : la lumière. Cette clarté dorée qui baigne la nef, qui change d’heure en heure, qui transforme les murs de pierre en surfaces vivantes. Le matin, les rayons obliques découpent des colonnes de poussière entre les arcs. À midi, en été, les taches lumineuses s’alignent sur l’axe de la nef comme une procession fantôme. Le soir, tout vire à l’ambre. Les bâtisseurs du XIIe siècle savaient ce qu’ils faisaient.
L’autre souvenir, c’est le son. Les offices des Fraternités de Jérusalem, trois fois par jour, remplissent la nef d’une polyphonie qui semble sortir des murs. Les voix montent dans les voûtes, rebondissent sur la pierre, reviennent en écho légèrement décalé. L’acoustique de Vézelay est l’une des meilleures de France pour le chant sacré. Aux vêpres, vers 18h, quand la lumière décline et que les chants s’élèvent, il est difficile de ne pas être saisi par quelque chose qui dépasse l’esthétique.
On emporte aussi l’image de la montée. Ce village accroché à sa colline, cette rue unique qui grimpe vers la basilique comme un chemin de pèlerinage en miniature, cette arrivée sur le parvis avec le Morvan qui s’ouvre devant vous. Vézelay est un lieu vertical. On monte. Et en montant, on laisse quelque chose en bas.
FAQ
Vézelay est-il un point de départ vers Compostelle ?
Oui, Vézelay est le point de départ de la Via Lemovicensis, l’une des quatre routes historiques vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins y reçoivent leur crédencial avant de prendre la route.
L’entrée de la basilique est-elle gratuite ?
L’entrée est libre et gratuite toute l’année. Des visites guidées payantes sont proposées par l’office de tourisme.
Peut-on dormir à Vézelay ?
Plusieurs hôtels, gîtes et chambres d’hôtes accueillent les pèlerins dans le village et aux alentours. La Maison du Visiteur propose des hébergements et des programmes spirituels.
Quel est le meilleur moment pour visiter ?
Le printemps et l’été offrent la meilleure lumière dans la basilique. Le 22 juillet, fête de sainte Marie-Madeleine, donne lieu à un grand pèlerinage avec procession des reliques.
