Qui était Charles de Foucauld ?
Charles de Foucauld est l’une des figures spirituelles les plus fascinantes du catholicisme contemporain. Né le 15 septembre 1858 à Strasbourg dans une famille aristocratique, cet officier de cavalerie mena d’abord une vie dissolue avant de connaître une conversion fulgurante à l’âge de vingt-huit ans. Il abandonna progressivement les honneurs mondains, devint moine trappiste, puis prêtre et ermite au coeur du Sahara algérien, parmi les Touaregs du Hoggar.
Sa vie extraordinaire, marquée par un dépouillement radical et une fraternité universelle vécue au quotidien, s’acheva tragiquement le 1er décembre 1916. Il fut assassiné devant son ermitage de Tamanrasset. Béatifié par le pape Benoît XVI le 13 novembre 2005, Charles de Foucauld a été canonisé par le pape François le 15 mai 2022, devenant ainsi saint Charles de Foucauld.
Son héritage spirituel a donné naissance à plus d’une vingtaine de familles religieuses et associations. Elles perpétuent son idéal de fraternité universelle et de présence silencieuse auprès des plus pauvres et des plus éloignés de l’Évangile.
Contexte historique : la France coloniale et le Sahara au tournant du XXe siècle
Un monde en pleine expansion coloniale
La vie de Charles de Foucauld s’inscrit dans le contexte de l’expansion coloniale française en Afrique du Nord et au Sahara. Après la conquête de l’Algérie à partir de 1830, la France étend progressivement son influence vers le sud, dans les immenses étendues sahariennes habitées par les populations touarègues. Cette entreprise coloniale, avec toutes ses ambiguïtés morales et politiques, constitue la toile de fond indispensable pour comprendre le parcours de Foucauld.
La France de la fin du XIXe siècle est aussi une nation profondément divisée sur la question religieuse. Les lois laïques de la IIIe République, en particulier celles de Jules Ferry sur l’enseignement et la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, créent un climat de tension entre l’Église catholique et le pouvoir politique. Paradoxalement, cette même époque voit fleurir une intense activité missionnaire. Les ordres religieux, expulsés de France métropolitaine, se tournent vers les territoires d’outre-mer pour y porter l’Évangile.
Charles de Foucauld, ancien officier colonial, connaît intimement ce monde. Son exploration du Maroc en 1883-1884, déguisé en rabbin juif, lui a valu la médaille d’or de la Société de géographie de Paris et une renommée considérable. Mais c’est au contact des populations musulmanes, par la profondeur de leur foi et de leur prière, que s’amorce en lui le questionnement spirituel qui le conduira à la conversion. Le Sahara, lieu de désolation et de beauté absolue, deviendra pour lui un espace de rencontre avec Dieu. Un « désert » au sens biblique du terme, où la voix divine se fait entendre avec une clarté saisissante dans le silence immense des dunes et des plateaux rocheux du Hoggar.
Vie et enfance de Charles de Foucauld
L’orphelin de Strasbourg
Charles Eugène de Foucauld de Pontbriand naît le 15 septembre 1858 à Strasbourg, dans une famille de vieille noblesse française. Son père, François-Édouard de Foucauld, est inspecteur des eaux et forêts. Sa mère, Élisabeth Beaudet de Morlet, est issue d’une famille aisée. L’enfance de Charles est brutalement assombrie par la mort successive de sa mère, emportée par une fausse couche en mars 1864, et de son père, qui décède six mois plus tard, rongé par le chagrin et la tuberculose. À six ans, Charles est orphelin.
Recueilli avec sa soeur Marie par son grand-père maternel, le colonel de Morlet, Charles reçoit une éducation affectueuse mais qui ne parvient pas à combler le vide laissé par la perte de ses parents. Le vieil homme, militaire à la retraite, entoure ses petits-enfants de tendresse et leur transmet les valeurs de l’honneur et du service. L’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1871, après la défaite française, oblige la famille à quitter Strasbourg pour s’installer à Nancy. Ce déracinement marque profondément le jeune Charles.
Les années de dissipation et la carrière militaire
Adolescent brillant mais indolent, Charles perd la foi à l’âge de quinze ou seize ans, sous l’influence des philosophies rationalistes de l’époque. Il entre à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr en 1876, puis à l’école de cavalerie de Saumur, où il se fait remarquer davantage par ses frasques et sa gourmandise que par son assiduité aux études. Héritier d’une fortune considérable à la mort de son grand-père en 1878, il mène une vie de plaisirs et dilapide son patrimoine dans les fêtes et les réceptions somptueuses.
Affecté au 4e régiment de hussards en Algérie, il est mis en non-activité pour « indiscipline et inconduite notoire » avant d’être réintégré pour participer à la campagne militaire contre l’insurrection de Bou Amama dans le sud oranais en 1881.
C’est en Afrique du Nord que s’opère un premier tournant. Le contact avec l’immensité du désert et la dignité des populations locales éveille en lui un intérêt passionné pour l’exploration. En 1883-1884, il entreprend une reconnaissance audacieuse et périlleuse du Maroc, alors fermé aux Européens, déguisé en rabbin juif avec l’aide du rabbin Mardochée Aby Serour. Cette expédition, d’une valeur scientifique considérable, lui vaut la reconnaissance unanime de la communauté géographique et révèle un homme capable de courage, d’endurance et de dépassement de soi.
La conversion : de l’incroyance à l’amour absolu de Dieu
La grâce de l’abbé Huvelin
De retour à Paris après ses explorations, Charles de Foucauld traverse une période de profonde inquiétude intérieure. La rencontre avec la foi musulmane au Maroc, la prière constante des croyants qu’il a côtoyés, ont ébranlé ses certitudes agnostiques. « L’islam a produit en moi un profond bouleversement, écrit-il. La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines. »
Attiré par un mouvement intérieur qu’il ne comprend pas encore, Charles fréquente l’église Saint-Augustin à Paris et rencontre l’abbé Henri Huvelin, prêtre d’une intelligence et d’une bonté extraordinaires, qui deviendra son directeur spirituel pour le reste de sa vie. En octobre 1886, Charles entre dans le confessionnal de l’abbé Huvelin avec l’intention de « prendre des leçons de religion ». L’abbé, avec une audace pastorale remarquable, lui répond : « Mettez-vous à genoux, confessez-vous, et vous croirez. »
Charles obéit, se confesse et communie aussitôt. Ce moment constitue sa conversion définitive. Il a vingt-huit ans. « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui », écrira-t-il. Cette phrase résume toute la radicalité de sa conversion : pour Charles, croire en Dieu et Lui consacrer chaque instant de sa vie ne font qu’un seul et même mouvement de l’âme.
L’ermite du Sahara : sa vie au milieu des Touaregs
De la Trappe au désert du Hoggar
Après sa conversion, Charles de Foucauld cherche la forme de vie religieuse la plus radicale possible. En 1890, il entre à la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges en Ardèche, puis est envoyé au monastère d’Akbès en Syrie, où la pauvreté est encore plus rigoureuse. Mais même la vie cistercienne ne satisfait pas sa soif d’absolu.
Il quitte la Trappe en 1897 et passe trois années comme domestique chez les clarisses de Nazareth, en Terre Sainte. Il vit dans un cabanon, partage le dénuement le plus complet et médite sans cesse sur la vie cachée de Jésus à Nazareth.
Ordonné prêtre le 9 juin 1901 à Viviers, Charles part pour l’Algérie avec un projet inédit : vivre seul parmi les populations les plus reculées du Sahara, non pas pour prêcher ou convertir, mais pour être simplement une « présence » fraternelle et priante. Un « frère universel » au milieu des Touaregs. Il s’installe d’abord à Beni Abbès, dans le sud oranais, où il construit un ermitage et une chapelle. Il accueille les voyageurs, soigne les malades, rachète des esclaves pour les libérer et passe de longues heures en adoration devant le Saint-Sacrement.
Tamanrasset et la vie parmi les Touaregs
En 1905, Charles s’enfonce encore plus profondément dans le désert et s’installe à Tamanrasset, au coeur du Hoggar, à plus de mille cinq cents kilomètres d’Alger. Il y vit dans un dénuement absolu et partage la vie quotidienne des Touaregs. Il apprend leur langue, le tamashek, compile un dictionnaire et recueille leur poésie et leurs traditions orales. Ce travail linguistique et ethnographique, d’une valeur scientifique immense, traduit son respect profond pour la culture touarègue.
Sa vie quotidienne est d’une simplicité extrême : la prière, l’adoration eucharistique, l’étude et l’accueil de quiconque frappe à sa porte. Charles ne cherche pas à convertir les musulmans par la prédication mais par le témoignage silencieux de sa vie. « Je voudrais être assez bon pour qu’on dise : si tel est le serviteur, comment donc est le Maître ? », écrit-il dans une lettre célèbre.
Sa spiritualité repose sur l’imitation de la vie cachée de Jésus à Nazareth : être le « petit frère » de tous, vivre parmi les plus pauvres et les plus oubliés, sans autre arme que l’amour et la prière. Il rêve de fonder une fraternité religieuse, mais personne ne vient le rejoindre de son vivant. Il demeure seul, fidèle à son poste, dans une solitude qui est à la fois sa croix et sa grâce, jusqu’au jour de sa mort.
La mort et la canonisation de Charles de Foucauld
L’assassinat du 1er décembre 1916
Le 1er décembre 1916, en pleine Première Guerre mondiale, une bande de pillards sénoussistes attaque l’ermitage fortifié de Tamanrasset. Charles de Foucauld est capturé, ligoté et placé sous la garde d’un jeune homme de quinze ans. Un mouvement de panique provoque un coup de feu, et Charles s’effondre, tué d’une balle dans la tempe. Il a cinquante-huit ans.
Son corps est enterré sommairement dans le sable, avant d’être exhumé et transféré à El Goléa, où il repose aujourd’hui.
Sa mort, apparemment absurde et stérile, est en réalité le grain de blé tombé en terre dont parle l’Évangile. Charles de Foucauld est béatifié par le pape Benoît XVI le 13 novembre 2005, puis canonisé par le pape François le 15 mai 2022 lors d’une cérémonie solennelle à Rome. Sa fête liturgique est fixée au 1er décembre, jour anniversaire de son martyre.
L’héritage spirituel de Charles de Foucauld
Le frère universel et la postérité spirituelle
L’héritage de Charles de Foucauld est paradoxal et magnifique. Lui qui n’a réussi à fonder aucune communauté de son vivant a inspiré, après sa mort, plus d’une vingtaine de familles spirituelles rassemblant des dizaines de milliers de membres à travers le monde. Les Petits Frères de Jésus, fondés par le père René Voillaume en 1933, les Petites Soeurs de Jésus, fondées par petite soeur Magdeleine de Jésus en 1939, la Fraternité séculière Charles de Foucauld : toutes ces communautés vivent selon son idéal de présence fraternelle et silencieuse parmi les plus pauvres.
Sa spiritualité de l’enfouissement, du « cri silencieux de l’Évangile », a profondément marqué la théologie et la pastorale du XXe siècle. Le Concile Vatican II, dans son décret Ad Gentes sur l’activité missionnaire, fait écho à sa vision d’une évangélisation par le témoignage de vie avant la prédication. Le pape François, qui l’a canonisé, voit en lui un modèle de la fraternité universelle qu’il développe dans son encyclique Fratelli Tutti.
Charles de Foucauld nous enseigne que la sainteté n’est pas réservée aux cloîtres. Elle se vit dans la rencontre quotidienne avec l’autre, dans le service humble et caché, dans l’amitié offerte sans condition ni calcul.
Prier avec Charles de Foucauld
Prière à Charles de Foucauld
Bienheureux Charles de Foucauld, frère universel, toi qui as tout quitté pour suivre Jésus dans le désert, apprends-nous le chemin du dépouillement et de l’abandon. Toi qui as vécu parmi les Touaregs comme un frère humble et silencieux, enseigne-nous à voir le visage du Christ dans chaque personne que nous rencontrons, en particulier les plus pauvres et les plus oubliés. Donne-nous la grâce de vivre notre foi non pas dans les grands discours, mais dans les gestes simples de la charité quotidienne. Intercède pour nous afin que nous sachions, comme toi, nous abandonner entre les mains du Père avec une confiance totale, quoi qu’il arrive. Amen.
Neuvaine à Charles de Foucauld
La neuvaine à Charles de Foucauld se prie pendant neuf jours consécutifs, idéalement du 22 au 30 novembre, pour s’achever la veille de sa fête liturgique le 1er décembre. Chaque jour, on récite la prière d’abandon de Charles de Foucauld, « Mon Père, je m’abandonne à Toi, fais de moi ce qu’il Te plaira… », suivie de la prière ci-dessus et d’une méditation personnelle sur un aspect de sa vie.
Le premier jour, on médite sur sa conversion. Le deuxième, sur son dépouillement. Le troisième, sur son amour de l’Eucharistie. Le quatrième, sur sa vie cachée de Nazareth. Le cinquième, sur sa fraternité universelle. Le sixième, sur sa solitude au désert. Le septième, sur sa charité envers les Touaregs. Le huitième, sur son abandon à la volonté de Dieu. Le neuvième, sur son martyre et sa fidélité jusqu’au bout. On conclut chaque jour par un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père.
Questions fréquentes
Charles de Foucauld est-il saint ou bienheureux ?
Charles de Foucauld a été béatifié par le pape Benoît XVI le 13 novembre 2005, puis canonisé par le pape François le 15 mai 2022 lors d’une cérémonie place Saint-Pierre à Rome. Il est donc officiellement reconnu comme saint par l’Église catholique. Son titre complet est saint Charles de Foucauld. Le miracle retenu pour sa canonisation est la guérison inexpliquée d’un jeune charpentier français, Charles, tombé d’un toit de quinze mètres de hauteur en 2016, à Saumur, et qui a survécu sans séquelles après que sa famille eut prié l’intercession du bienheureux.
Pourquoi Charles de Foucauld est-il appelé « frère universel » ?
Ce titre reflète l’idéal de vie de Charles de Foucauld, qui aspirait à être le frère de tous les hommes sans distinction de religion, de race ou de condition sociale. Au Sahara, il vivait parmi les Touaregs musulmans non pas pour les convertir par la prédication, mais pour manifester l’amour du Christ par sa présence fraternelle, son service désintéressé et son respect profond de leur culture. Il écrivait vouloir « habituer tous les habitants à me regarder comme leur frère, le frère universel ». Cette vision prophétique de la fraternité a inspiré l’encyclique Fratelli Tutti du pape François.
Où peut-on visiter les lieux liés à Charles de Foucauld ?
Plusieurs lieux importants de la vie de Charles de Foucauld sont accessibles aux pèlerins. En France, on peut visiter le monastère de Notre-Dame-des-Neiges en Ardèche, où il fut trappiste. À Paris, l’église Saint-Augustin, lieu de sa conversion, conserve le souvenir de l’abbé Huvelin. En Algérie, son ermitage de Tamanrasset dans le Hoggar a été partiellement préservé, et sa tombe se trouve à El Goléa. À Strasbourg, sa maison natale est également un lieu de mémoire. Enfin, à Nazareth en Israël, on peut voir le lieu où il vécut comme domestique des clarisses.
