Padre Pio : le saint aux stigmates

Fête
23 septembre
Vie
1887 - 1968
Patron(ne) de
adolescents, confesseurs, stress, volontaires de la protection civile
saints italiens stigmates miracles capucins XXe siècle
Portrait de Padre Pio en habit de capucin montrant ses mains stigmatisées
Cayambe• CC BY-SA 4.0

Qui était Padre Pio ?

Padre Pio de Pietrelcina, né Francesco Forgione, reste l’une des figures les plus saisissantes du catholicisme du XXe siècle. Pendant cinquante ans, ce prêtre capucin italien a porté sur son corps les stigmates de la Passion du Christ. Cinq plaies ouvertes, visibles, saignantes. Le phénomène a attiré l’attention du monde entier et n’a jamais cessé de susciter des débats.

Mais les stigmates ne résument pas Padre Pio. Il était aussi un mystique doté de capacités hors du commun : bilocation, lecture des consciences, parfum surnaturel, visions, guérisons inexpliquées. Confesseur infatigable, il passait jusqu’à seize heures par jour au confessionnal, parfois dix-neuf. Des millions de pénitents sont passés entre ses mains.

Canonisé par le pape Jean-Paul II en 2002, Padre Pio demeure l’un des saints les plus populaires au monde. Son sanctuaire de San Giovanni Rotondo, dans les Pouilles, accueille chaque année des millions de pèlerins. Après la Vierge Marie, aucun saint ne reçoit autant de visiteurs.

Contexte historique : l’Italie du XIXe et XXe siècle

Une Italie en pleine mutation

Francesco Forgione naît en 1887 dans le sud de l’Italie, une région pauvre et rurale. L’unification italienne est récente (1861) et les tensions entre l’État et l’Église restent vives. Le pape Pie IX s’est déclaré « prisonnier du Vatican » après la prise de Rome en 1870.

Ces conflits politiques n’entament pas la foi du peuple, surtout dans le Mezzogiorno. Confréries, fêtes religieuses, dévotions populaires : la vie des villages s’organise encore autour de la paroisse. La piété y est concrète, quotidienne, tissée dans les gestes de chaque jour.

Les capucins, une tradition de sainteté

L’Ordre des Frères Mineurs Capucins, branche réformée des Franciscains née au XVIe siècle, est connu pour son austérité, sa vie de prière et sa proximité avec les gens simples. Reconnaissables à leur barbe et leur capuche, les capucins ont donné à l’Église de nombreux saints.

C’est dans cette tradition de pauvreté radicale et de mystique franciscaine que s’enracine la vocation de Francesco Forgione. Il prendra le nom de Frère Pio en entrant dans l’Ordre.

Vie et jeunesse de Francesco Forgione

Une enfance marquée par Dieu

Francesco Forgione naît le 25 mai 1887 à Pietrelcina, un petit village des Pouilles. Quatrième des huit enfants de Grazio Mario Forgione, paysan, et de Maria Giuseppa Di Nunzio, il grandit dans une famille pauvre mais profondément pieuse, vivant de l’agriculture et de l’élevage.

Très tôt, l’enfant se distingue par une piété inhabituelle. À cinq ans, il fait le vœu de se consacrer entièrement à Dieu. Il raconte avoir eu des visions de Jésus, de la Vierge Marie et de son ange gardien, qu’il considère comme des compagnons naturels. On pourrait sourire, mais la constance de ces témoignages frappe.

Ce qui surprend surtout, c’est son sérieux spirituel précoce. Tandis que les autres enfants jouent, Francesco se retire pour prier. Il pratique déjà des mortifications corporelles et manifeste une horreur du péché qui ne le quittera jamais. Un enfant de cet âge, habituellement, ne pense pas à ces choses-là.

L’appel à la vie religieuse

À quinze ans, Francesco entre au noviciat des Capucins à Morcone. Le 22 janvier 1903, il revêt l’habit franciscain et prend le nom de Frère Pio de Pietrelcina. Vœux temporaires en 1904, vœux perpétuels en 1907.

Sa formation est marquée par une santé fragile. Fièvres inexpliquées, troubles digestifs, faiblesse chronique : ses supérieurs s’inquiètent à plusieurs reprises pour sa vie. Il poursuit malgré tout ses études et reçoit l’ordination sacerdotale le 10 août 1910, à vingt-trois ans.

Les premières grâces mystiques

Avant même son ordination, Frère Pio connaît des phénomènes mystiques extraordinaires. Dès 1910, il reçoit des stigmates invisibles : des douleurs intenses aux mains, aux pieds et au côté, sans marques visibles. Il écrit à son directeur spirituel : « Hier soir, il m’est arrivé une chose que je ne sais ni expliquer ni comprendre. Au milieu de la paume de mes mains est apparu un peu de rouge accompagné d’une douleur vive. »

Il reçoit aussi le don de lire dans les consciences, de percevoir des événements distants ou futurs, et de saisir les réalités spirituelles avec une acuité surnaturelle. Ces dons, il cherche à les cacher. Ils finissent tout de même par être remarqués.

Les stigmates de Padre Pio

L’apparition des stigmates visibles, 20 septembre 1918

Le 20 septembre 1918, alors qu’il prie devant un crucifix dans le chœur de l’église du couvent de San Giovanni Rotondo, Frère Pio reçoit les stigmates visibles de manière définitive. Son récit est saisissant :

« J’ai vu devant moi un personnage mystérieux… Ses mains, ses pieds et son côté ruisselaient de sang. Cette vue me remplit de terreur. Je croyais en mourir. Le personnage disparut et je m’aperçus que mes mains, mes pieds et mon côté étaient percés et ruisselaient de sang. »

Les cinq plaies correspondent aux blessures du Christ crucifié : les deux mains, les deux pieds, le côté. Elles saignent régulièrement, surtout pendant la messe, et dégagent un parfum de fleurs que de nombreux témoins ont perçu.

Cinquante ans de souffrance

Padre Pio portera ses stigmates pendant exactement cinquante ans, jusqu’à sa mort en 1968. Les plaies ne s’infectent jamais malgré l’absence de traitement, et ne cicatrisent pas. Selon les estimations, il perdait chaque jour l’équivalent d’une tasse de sang.

Il offre cette souffrance permanente pour la conversion des pécheurs. « Je souffre, mais je ne souffre pas assez », dit-il. Il porte des mitaines pour cacher ses mains stigmatisées, mais les fidèles remarquent vite le sang qui traverse le tissu. Le secret est impossible à garder.

Examens médicaux et controverses

De nombreux médecins ont examiné les stigmates de Padre Pio à la demande des autorités ecclésiastiques. Les conclusions varient, mais aucune explication naturelle satisfaisante n’a été trouvée. Les plaies présentent des caractéristiques inhabituelles : elles ne s’infectent pas, ne guérissent pas, mais ne s’aggravent pas non plus.

L’Église a longtemps maintenu une attitude prudente. Padre Pio a même été interdit de célébrer la messe en public pendant plusieurs années (1931-1933), le temps d’une enquête approfondie. Il a toujours obéi à ses supérieurs, acceptant ces humiliations avec patience. Cette obéissance, pour les théologiens, plaide en sa faveur : un simulateur n’aurait pas accepté si facilement d’être mis à l’écart.

Autres phénomènes mystiques

La bilocation

De nombreux témoignages attestent que Padre Pio pouvait se trouver en deux endroits simultanément. Des personnes l’ont vu à leur chevet, parfois à des milliers de kilomètres de San Giovanni Rotondo, alors qu’il n’avait pas quitté le couvent.

Le cas le plus connu concerne le général Luigi Cadorna pendant la Première Guerre mondiale. Après une terrible défaite, le général contemplait le suicide dans sa tente quand un moine capucin apparut et le dissuada de son geste. Des années plus tard, rencontrant Padre Pio, Cadorna le reconnut immédiatement. Il n’avait aucun doute : c’était le même homme.

La lecture des cœurs

Padre Pio connaissait les péchés des pénitents sans qu’ils aient besoin de les confesser. Il lui arrivait d’interrompre une confession pour révéler un péché oublié ou délibérément caché. Cette capacité en terrifiait certains. Elle en convertissait beaucoup d’autres.

« Padre Pio savait tout de moi, raconte un pénitent. Il m’a rappelé des fautes que j’avais moi-même oubliées depuis des années. Comment pouvait-il savoir ? »

Le parfum de sainteté

De nombreux témoins rapportent avoir perçu un parfum mystérieux, de fleurs, d’encens ou d’autres senteurs agréables, en présence de Padre Pio ou en invoquant son intercession. Ce phénomène, appelé « osmogenèse », est attesté chez plusieurs mystiques dans l’histoire de l’Église.

Le plus frappant : ce parfum était souvent perçu à distance, comme un signe que Padre Pio répondait à une prière. Des milliers de témoignages concordants en attestent, émanant de personnes qui ne se connaissaient pas entre elles.

Le confesseur des âmes

Une vie au confessionnal

La plus grande œuvre de Padre Pio n’est ni ses stigmates ni ses miracles, mais son ministère de confesseur. Il passait jusqu’à seize heures par jour au confessionnal. Des files d’attente de plusieurs jours se formaient pour le rencontrer. Les gens venaient de toute l’Italie, puis de toute l’Europe, puis du monde entier.

Son style était direct, parfois brutal. Il n’hésitait pas à renvoyer des pénitents insuffisamment préparés ou à exiger une confession plus complète. Mais il savait aussi accueillir avec une tendresse infinie les âmes blessées. Ce mélange de rudesse et de douceur déroutait. Il convertissait.

« Combien d’âmes se sont transformées sous ses paroles ! raconte un confrère. Des pécheurs endurcis ressortaient en larmes. Des désespérés retrouvaient l’espérance. »

Les conversions spectaculaires

Les conversions obtenues par Padre Pio sont innombrables. Des athées, des francs-maçons, des anticléricaux sont venus par curiosité et sont repartis transformés. Il avait une capacité unique à atteindre les cœurs les plus fermés.

Un homme raconte : « Je suis venu pour me moquer de ce moine. Mais quand il m’a regardé, j’ai su qu’il voyait mon âme. Il a nommé tous mes péchés, y compris ceux que je n’avais jamais avoués à personne. Je suis ressorti de là comme un homme nouveau. »

L’héritage spirituel de Padre Pio

Les groupes de prière

Padre Pio a fondé les « Groupes de Prière » qui rassemblent aujourd’hui plus de trois millions de membres dans le monde. Ces groupes se réunissent régulièrement pour prier, méditer l’Évangile et vivre la spiritualité de Padre Pio.

« La prière est la meilleure arme que nous possédions, disait-il. C’est une clé qui ouvre le cœur de Dieu. »

La Casa Sollievo della Sofferenza

En 1956, Padre Pio inaugure la « Casa Sollievo della Sofferenza » (Maison du Soulagement de la Souffrance), un hôpital moderne construit à San Giovanni Rotondo grâce aux dons des fidèles. Toujours en activité, cet établissement est l’un des plus importants du sud de l’Italie.

Pour Padre Pio, soigner les corps et les âmes allait de pair. L’hôpital devait être un lieu où la charité chrétienne prenait une forme concrète dans le soin des malades. Ce n’était pas un projet accessoire ; c’était le prolongement logique de son ministère.

Sa mort et sa canonisation

Padre Pio meurt le 23 septembre 1968, à 81 ans. Quelques jours avant sa mort, ses stigmates disparaissent sans laisser de cicatrices, comme si sa mission était accomplie. Ce détail, peu connu, bouleverse ceux qui le découvrent.

Des centaines de milliers de personnes assistent à ses funérailles. Le processus de béatification débute en 1982. Il est béatifié par Jean-Paul II le 2 mai 1999 et canonisé le 16 juin 2002. Sa fête est célébrée le 23 septembre.

Prier avec Padre Pio

Prière de Padre Pio

Reste avec moi, Seigneur, car il est nécessaire de t’avoir présent pour ne pas t’oublier. Tu sais combien facilement je t’abandonne.

Reste avec moi, Seigneur, parce que je suis faible et j’ai besoin de ta force pour ne pas tomber si souvent.

Reste avec moi, Seigneur, parce que tu es ma vie, et sans toi je languis.

Reste avec moi, Seigneur, parce que tu es ma lumière, et sans toi je suis dans les ténèbres.

Reste avec moi, Seigneur, pour me montrer ta volonté.

Reste avec moi, Seigneur, pour que j’entende ta voix et te suive. Amen.

Neuvaine à Padre Pio

Pendant neuf jours, récitez chaque jour un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père, suivis de cette invocation : « Padre Pio, toi qui as porté les plaies du Christ, intercède pour moi auprès du Seigneur (intention). »

Questions fréquentes

Les stigmates de Padre Pio étaient-ils authentiques ?

Les stigmates de Padre Pio ont été examinés par de nombreux médecins pendant cinquante ans. Aucune explication naturelle n’a été trouvée : les plaies ne guérissaient pas, ne s’infectaient pas, et saignaient régulièrement. L’Église, après une longue enquête, a reconnu leur caractère surnaturel en canonisant Padre Pio. Les stigmates ont disparu sans laisser de trace quelques jours avant sa mort.

Combien de miracles sont attribués à Padre Pio ?

Des milliers de guérisons et de grâces sont attribuées à l’intercession de Padre Pio. Pour sa béatification et sa canonisation, l’Église a officiellement reconnu deux miracles : la guérison de Consiglia De Martino (1995) et celle de Matteo Pio Colella (2000). Les témoignages de faveurs obtenues par son intercession se comptent cependant par dizaines de milliers.

Peut-on visiter San Giovanni Rotondo ?

Oui, le sanctuaire de San Giovanni Rotondo est ouvert aux pèlerins toute l’année. On peut y visiter l’église où Padre Pio célébrait la messe, la crypte où repose son corps, et la nouvelle église conçue par Renzo Piano. C’est le deuxième lieu de pèlerinage catholique le plus visité au monde après le Vatican.